Mes rapports difficiles avec les films et romans policiers

Ecrit par Ange Hattab le 10 février 2012. dans La une, Culture, Cinéma, Littérature

Mes rapports difficiles avec les films et romans policiers

 

Pour plusieurs raisons, je n’aime pas les films et les romans policiers.

Avant tout, parce qu’un peu Rousseauiste, j’essaie de croire que l’homme n’est pas essentiellement mauvais, qu’il peut avoir en lui une envie d’aider les autres, de contrôler et maîtriser une certaine agressivité. Mais quand les romans ou les films policiers montrent la fascination de l’homme pour le mal, décrivent des personnages plus pourris les uns que les autres, c’est un peu désespérant. Tous ces meurtres, toute cette hémoglobine, tous ces calculs pervers dans la volonté constante de nuire, toute cette intelligence pour faire du mal dans le seul intérêt égoïste, me fatiguent, et spontanément, presque dans un réflexe de survie, je les évite.

Mais, quand on considère le nombre de livres et de films policiers qui paraissent chaque année, quand des critiques renommés soulignent leurs qualités, quand, en outre, on constate la constante et fidèle adhésion du public pour ce type de production, on a le droit de se considérer comme un peu bizarre si, comme cela a toujours été mon cas, on ne les apprécie pas du tout.

Une caricature – un peu facile, j’en conviens – pourrait être la suivante : Un crime est commis quelque part. Dans la poche de la victime, on découvre une lettre de menace d’un de ses adversaires. Au chapitre 2, on apprend que l’auteur de cette si compromettante missive est, en fait, en voyage à l’étranger depuis deux mois. Chapitre 3, quelqu’un a fait nettoyer un vêtement plein de sang. Chapitre 4, c’est le sang d’un canard tué la veille. Chapitre 5, des témoins oculaires ont vu la victime avoir des propos véhéments avec un commerçant voisin. Chapitre 6, cette discussion portait sur le montant d’une facture jugée abusive. Et ainsi de suite.

On l’aura compris, il s’agit d’envoyer le lecteur pendant un certain nombre de chapitres vers de fausses pistes en faisant intervenir des personnages différents, des rebondissements plus ou moins scabreux pour, en conclusion, révéler que le coupable est finalement quelqu’un de pratiquement inconnu qui se révèle enfin quand l’auteur estime qu’il peut mettre fin à son roman.

Si, parfois, les films de Colombo trouvent parfois une certaine grâce à mes yeux, c’est que le spectateur connaît d’emblée l’assassin et c’est à lui à éviter tous les pièges que la malignité du meurtrier lui tend. Cela devient son affaire.

Certes, nous savons depuis longtemps que pour raconter une histoire, nous avons des auteurs comme Corneille qui vont s’appuyer sur des actions, des événements qui vont faire rebondir l’histoire ou ceux qui comme Racine, « avec peu de matière », vont étudier les interactions psychologiques entre les personnages pour progresser. C’est ce que je préfère. J’ai adoré récemment le film Carnage parce qu’il appartient à ce type : deux couples sont réunis suite à l’agression dont a été victime un enfant dans un terrain de jeux. On essaie de résoudre au mieux cette affaire, mais très rapidement, les quatre personnages vont se déchirer dans un huis-clos haletant.

Encore une fois, j’admets que ma critique est un peu caricaturale. Je reconnais même volontiers que quelques rares auteurs, comme Simenon, parviennent à nous immerger dans une atmosphère particulière, tandis que d’autres tentent, avec plus ou moins de bonheur, de nous attacher à la personnalité même de l’enquêteur en nous livrant des détails sur sa vie, sa famille, ses difficultés. Je sais que des écrivains réputés, souvent nord-américains ont publié des livres que la critique admire. Mais, chaque fois, quand sur le conseil d’un ami, je me lance dans ce type de lecture, au bout d’une cinquantaine de pages, je m’ennuie. Pire, quand l’auteur a réussi à m’intéresser et que je dépasse la moitié du livre, je lui en veux quand je réalise son art pour me séduire.

En fin de compte, je crois bien que ce qui m’exaspère le plus dans le genre policier, plus que le caractère répétitif et stéréotypé des intrigues, et plus encore que la médiocrité d’une grande partie des œuvres actuelles, c’est l’omniprésence de ce genre, qui découle sans doute – espérons-le, du moins – d’un banal effet de mode. Car les livres, on peut ne pas les acheter, les films, on peut s’en dispenser, mais quand, le soir, chez vous, vous vous apprêtez à regarder la télévision, c’est toujours et partout la même pollution. J’ai beau m’abonner à plusieurs chaînes, je ne trouve pas davantage mon bonheur…

Je me résignais un peu à accepter ma différence, en me posant cependant des questions sur ma si profonde inadaptation, quand je suis tombé, par hasard sur ces quelques lignes découvertes en page 68 de l’excellent livre de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, paru chez Gallimard :

« Ce soir, je finis un polar. Je sors de cette lecture comme d’un dîner chez McDo : écœuré, légèrement honteux. Le livre est trépidant. Sitôt refermé, on l’oublie. Quatre cents pages pour savoir si MacDouglas a découpé Macfarlane au couteau à beurre ou au pic de glace. Les personnages sont soumis à la toute-puissance des faits. L’abondance des détails masque le vide. Est-ce parce qu’ils ressemblent à des rapports que ces romans sont appelés « policiers ? »

Ainsi donc, je n’étais plus seul à penser cela !


Ange Hattab


A propos de l'auteur

Ange Hattab

Ange Hattab

Rédacteur

Doctorat d'État en Sciences de l'Éducation

Commentaires (2)

  • Matthieu Delorme

    Matthieu Delorme

    11 février 2012 à 16:40 |
    Eh bien cher monsieur, il ne vous reste plus qu'à découvrir la ... littérature ! La plus importante du XIXème siècle à nos jours : de Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Georges Simenon, David Goodis, Raymond Chandler, Dashiel Hammett, James Ellroy, Truman Capote (évidemment, j'en passe quelques centaines d'autres !) !! Y'a du boulot en vue !! :-)

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    11 février 2012 à 11:51 |
    Les meilleurs romans policiers changent de catégorie, ils deviennent des thrillers, les autres croupissent en gares. Ceci dit, en quittant les gares, allez voir un Hitchcock, un maître du genre. En changeant d’air, vous changerez peut-être d’avis.

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