Recension : Atelier d'écriture ? Le tour de la question en 90 points, de Françoise Neveu

Ecrit par Cikuru Batumike le 22 septembre 2012. dans La une, Education, Culture

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Recension : Atelier d'écriture ? Le tour de la question en 90 points, de Françoise Neveu

Depuis 1996, l’ébéniste, poète et ethnologue française, Françoise Neveu enseigne son savoir-faire en matière d’écriture. Elle mène, pour des groupes restreints, des workshops d’écriture créative à Paris. L’essai Atelier d’écriture ? Le tour de la question en 90 points, publié aux éditions l’Harmattan, Paris, est le fruit de son expérience de travail et de ses recherches.

L’expression atelier d’écriture fait généralementait penser à des techniques qui permettent aux amoureux des lettres de mieux s’entraîner à l’écriture pour en maîtriser les rouages, et finalement produire un texte. D’aucuns, auteurs de romans, récits, nouvelles, théâtres, contes et autres poésies, ont recouru et recourent à un atelier d’écriture pour acquérir des éléments théoriques propres à renforcer la naissance d’une œuvre.

Des ateliers d’écriture fonctionnent dans la majeure partie des régions francophones, aussi bien d’Europe, d’Afrique que d’Amérique. Les plus actifs, plus près de nous, sont à Paris et Genève. Ils récoltent des échos favorables, à tel point que quelques universités les proposent à leurs étudiants, dans leur offre culturelle. Des livres consacrés aux ateliers d’écriture et leurs différentes approches sont disponibles dans les rayons de librairies ou de bibliothèques nationales. Ils fournissent, clé à la main, des éléments pour la rédaction d’un texte littéraire.

Certes, mais rares sont des ouvrages qui cernent le travail de personnes appelées à diriger ces ateliers. Atelier d’écriture ? Le tour de la question en 90 pointsn’est ni un cours ni une série d’exercices adressés aux personnes en quête d’une méthode pour écrire. Il s’agit d’un clin d’œil de l’auteur sur ce qu’est réellement un atelier d’écriture, dans son fonctionnement, par le biais d’une structure qui englobe non seulement des règles de travail mais également le bien-fondé de ce genre d’écoles et de l’écriture.

L’auteur souligne d’emblée que mener un atelier d’écriture c’est enseigner le travail d’écriture aux gens ; ce n’est pas animer ; c’est diriger, encadrer, accompagner, transmettre une expérience… et ne pas imposer sa façon d’écrire. Démarche inconnue du grand public, les ateliers d’écriture remontent aux années 50 lorsque, en France, des instituteurs sollicités pour intervenir dans des situations d’accompagnement des enfants en difficulté devaient s’en servir comme outil pédagogique. []Le structuralisme donne toute sa valeur aux ateliers d’écriture par le biais d’une pensée critique de la littérature dans les années 60-80. Les ateliers d’écriture Elisabeth Bing seraient à l’origine, dès 1969, des Ateliers d’écriture littéraire en France.

 

Des règles

Un atelier d’écriture se construit sur des règles, sur ce qu’il faut faire et sur ce qu’il ne faut pas faire, dans le but de favoriser de bonnes conditions de création. En général, insiste l’auteur, il n’y a pas de règles pour bien écrire, si ce n’est celle de se faire bien comprendre grâce à la maîtrise de la grammaire et de l’orthographe. Il faut compter avec le désir qui précède le travail, l’acte d’écrire. Pour l’auteur, l’atelier d’écriture est un laboratoire qui fait intervenir chaque membre du groupe par son implication, son écoute, sa production. Ici se croisent des textes issus d’essais, d’erreurs, d’expérimentations, de tentatives, mieux, de retours sur les textes. Dans une ambiance qui différencie l’auteur et sa personne. C’est un travail collectif dans lequel on découvre le singulier de chaque écriture, recherchant ce qui est différent et non ce qui se ressemble, se rapproche.

 

Dans la durée

L’auteur insiste sur le fait que l’atelier n’est pas une question de niveau mais d’apprentissage. Il y a présomption du possible : tout le monde peut écrire, peu importe sa condition, sa classe sociale, ses croyances. Chaque séance d’atelier dure environ trois heures. Une proposition d’écriture oriente et lance le désir d’écrire à travers une forme littéraire choisie, pour un groupe de six à douze personnes. L’auteur situe le travail de tout atelier d’écriture sur le court terme. Au minimum trois années correspondant à trois degrés : exploration, projet et création, qui s’appuient sur des textes d’auteurs connus ou inconnus. Exploration ou travail sur les textes ou ce va et vient entre lecture des textes des autres et ses propres textes ; apprendre à faire les retours avec ses propres mots. Projet ou écriture de fragments de textes qui embrassent tous les genres littéraires ; on passe de la fabrication à la construction du texte. Création ou la phase ultime du travail. Il y a la présomption du résultat,  une perle, un étonnement. On en arrive à constituer son propre atelier d’écriture. De procéder à la transmission de ses expériences.

 

Démarches complémentaires

Une expérience ça se renforce. L’idée, pour l’auteur, est de rester dans le domaine de l’écrit. En amont des ateliers d’écriture existent des entrées intensives. Il s’agit de stages qui portent sur le choix d’explorer davantage les différents genres littéraires. Il y a des stages d’exploration poétique, comme il existe des stages destinés à « creuser des sillons qui couvrent la facture d’un texte, sa structure, son architecture, les faits de la langue » ; il y a des stages appelés Ecriture de nouvelles. Toute une palette d’opportunités appelée à renforcer les connaissances de tout futur responsable d’atelier. Dont le rôle sera de faire respecter les règles, d’être à l’écoute, de mettre en route la machine à réfléchir, de donner des idées qui donnent des ouvertures et des suites, de contribuer à faire naître tout ce qui relève de la singularité d’un écrit.

 

Atelier d’écriture et écriture

Enfin,l’auteur souligne le bien-fondé d’un atelier d’écriture en termes d’enrichissement personnel. On n’écrit pas seulement par envie d’écrire soi-même, de remettre en question sa propre écriture ou sa vision de la littérature ; mais également pour être au fait de ses propres potentialités ; être conscient de ce qu’on peut projeter sur quelqu’un d’autre ; être capable d’imaginer d’autres possibles, d’expérimenterce qu’on peut apporter à l’autre ; de vivre l’autre que soi. Au-delà de la singularité qui est sa spécificité (prise de distance personnelle, différenciation des mots et des choses, circulation des pensées, des émotions, des sensations dans son corps), l’écriture travaille l’universalité (le rapport aux autres, par ses opinions, par la vie en commun, le partage, finalement sa propre relation à la vie).

Atelier d’écriture ? Le tour de la question en 90 points, de Françoise Neveu,est partie prenante d’un ensemble de volumes à venir, qui est la source des recherches dʼÉCLA(T), Laboratoire de Travail de lʼÉcriture, à Paris.

 

Cikuru Batumike

A propos de l'auteur

Cikuru Batumike

Cikuru Batumike

Rédacteur

Journaliste de nationalité suisse, je suis né à Bukavu (RDCongo) de parents congolais. Mes débuts à Radio Bukavu et à l’hebdo JUA du Kivu ont été suivis de diplômes en relations publiques et journalisme. Je collabore à diverses publications, suisses et françaises, aux tonalités différentes. Membre de l’Union internationale de la presse francophone, j'ai à mon actif des poèmes et essais dont le dernier en date s’intitule “Lueurs enrhumées”, poèmes aux éd. Société des Poètes français, Paris.


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