Zlotykamien un street artist à part

Ecrit par Sabine Vaillant le 20 octobre 2012. dans La une, Arts graphiques, Culture

Ephémères, Galerie MathGoth, 103, rue Saint-Maur, 75011 Paris

Zlotykamien un street artist à part

Après dix ans d’absence, Gérard Zlotykamien sort de l’ombre et présente ses « éphémères » à la Galerie parisienne MathGoth du 13 au 25 octobre. Ce street artiste, dont les œuvres s’éclipsent au fil du temps, surprend son public en les couchant sur des feutres issus de sommiers dépecés et sur des tranches de bois de chênes centenaires.

Cet effet de matière est une évolution de taille pour Zloty. Il n’enlève rien au travail de ce précurseur de l’art éphémère et ne fige pas pour autant son œuvre dans une statique mortifère. Il apporte à ses visages, ses ombres, porteuses de cri, de souffrance, d’espoir ou de vie, un autre éclairage.

En les imprimant dans les profondeurs souples du camaïeux gris des feutres ou dans les cercles de vie d’un chêne, Zloty donne à ses éphémères nés « de la vision des photographies des ombres humaines que le souffle de l’explosion de Hiroshima a jetées sur les murs » une possible  paix sans les priver de leur puissance évocatrice.

Le trait de l’artiste à la peinture projetée sur le feutre à partir d’insolites poires à lavement est sans retouche. De même, le jet de sa bombe sur les tranches de chêne est sans appel. Le geste, précédé du temps de la concentration, prime dans tous les cas. C’est peut-être de la pratique du judo et de l’élaboration d’une technique de préparation mentale avec Yves Klein que Zloty a tiré la force de son trait. C’est en tous cas auprès de lui et dans son atelier qu’il s’imprégnera de peinture et d’art.

Dans les années 70, Zloty investit le trou béant du chantier des Halles de Paris et décline à la bombe un visage obsédant, inquiétant, puissant, changeant à chaque jet. Une tête ronde à une ou deux orbites, une bouche ouverte, parfois rouge : les « éphémères » sont nés. Ils réapparaîtront ensuite dans d’autres lieux, d’autres villes ou événements souvent symboles des tragédies récentes.

Le choix d’espaces en mutation voue ses créations à la disparition. Ce thème récurrent de la disparition n’est pas sans lien avec la biographie de Gérard Zlotykamien et son origine juive et polonaise.

Zloty tourmenté, hanté, heurté par les tragédies de la seconde guerre mondiale, offre aujourd’hui à sa trentaine d’« éphémères » davantage de sérénité aux travers de supports dont la symbolique profonde n’échappera pas à l’œil vigilent du visiteur.

 

Sabine Vaillant

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Sabine Vaillant

Rédactrice

Commentaires (4)

  • Catherine

    Catherine

    22 octobre 2012 à 12:55 |
    Vive le street-art et merci à Sabine Vaillant pour la qualité de son article

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    • Sabine Vaillant

      Sabine Vaillant

      23 octobre 2012 à 11:17 |
      Merci!

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  • Martine L

    Martine L

    21 octobre 2012 à 20:53 |
    encore un que je ne connaissais pas ! merci ! superbe, au point que l'image de votre chronique est devenue mon fond d'écran ! avis à d'autres amateurs

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    • Sabine Vaillant

      Sabine Vaillant

      22 octobre 2012 à 12:51 |
      Je transmets à l'artiste!
      Sabine

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