Si vous le dites : Cosmos

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 juillet 2016. dans La une, Linguistique

Si vous le dites : Cosmos

Le κόσμος grec se distingue de l’universum latin en ce que, à la différence de ce dernier, il met moins l’accent sur l’unité (versus unum) que sur la perfection de l’organisation.

On a trop insisté sur le sens de beauté (cf. cosmétique) : celui-ci est présent, bien sûr, mais seulement en tant que conséquence de l’ordre. Ainsi le vers 187 du chant XIV de L’Iliade – αὐτὰρ ἐπεὶ δὴ πάντα περὶ χροῒ θήκατο κόσμον – se traduit-il, la plupart du temps, par « à peine Héra a-t-elle achevé sa parure ». Certes, Héra cherche ici à séduire Zeus, mais moins par sa splendeur que par l’agencement harmonieux de toutes les parties de son corps. Harmonie et ordre sont, en l’occurrence, indissolublement liés. Κατά κόσμον (litt. selon le cosmos) pouvant tout aussi bien se référer au déploiement d’une armée sur le champ de bataille, qu’à la propreté d’une table (àpokosmein signifie débarrasser les couverts !), qu’à l’exactitude des faits : kατά κόσμον se rend alors par « en vérité ».

C’est sans nul doute ce rapport intime à la vérité qui suscita la carrière cosmologique (sic !) et philosophique du mot. Pythagore (VIème siècle avant notre ère) inaugura, aux dires du doxographe Aétius, ce sens de « la totalité du tout », faisant équivaloir κόσμος et oὐρανός, le ciel. Il fut suivi par Épicure, Cléanthe, Euclide et Platon. Ce dernier faisant ultimement aboutir κόσμος à la signification actuelle de « monde » (République livre VI 509D).

Que de vertus donc attribuées à ce cosmos ! Totalité, harmonie, beauté, ordre… à partir de là, la tentation était grande d’en faire un nom propre. Chose faite, dès le XIVème siècle, avec Côme de Médicis (Cosimo il vecchio), fondateur de la dynastie. Bien sûr, il y avait eu un Saint Côme (ou Cosme) au IVème siècle ; mais comment ne pas penser que, dans cette pré-renaissance déjà néoplatonisante, le souvenir de l’antique κόσμος n’influençait pas toujours les esprits ?

Quant à moi, je vais passer deux semaines sur les bords du lac de Come, en Italie. Come, colonie romaine fondée par Jules César sous le nom de Novum Comum. Littéralement la « nouvelle commune », mais pourquoi pas – et non moins – le nouveau monde ?…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Mélisande

    Mélisande

    11 juillet 2016 à 14:59 |
    Passionnante étymologie, c'est quand même mieux que de se farcir un match de foot!
    Toute cette intelligence des choses, du verbe, et des humains encore "chercheurs" a un côté rassurant.
    Bon séjour philosophique à Côme..

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      11 juillet 2016 à 22:11 |
      Merci Mélisande de ce joli complimemt. Au sujet du football, je m`y fais à cause de mon fils; mais j`ai du mal. Pas plus tard qu`hier je dinais, à Paris, dans une pizzeria qui diffusais la finale sur grand écran. Au moment ou l`équipe chantait la Marseillaise, toute la salle a repris, certains debout. Moi, je n`ai pas pu, c`était vraiment too much...

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