Si vous le dites Les accents ; bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre !

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 septembre 2014. dans La une, Linguistique

Si vous le dites Les accents ; bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre !

Les accents – drôles de drames pour les étrangers – sont une bizarrerie propre aux langues romanes (français, italien, espagnol, portugais, roumain et rhéto-romanche). Les langes germaniques (sauf l’afrikaans) n’utilisent que l’umlaut ¨ ; et le russe (pas le polonais), outre l’umlaut, ne connaît qu’un accent sur la lettre « i », й.

On se perd en conjecture sur l’intérêt – exclusivement phonétique – de ces signes, qui n’ont aucune fonction grammaticale ni morphologique. « Ecrire comme ça se prononce » est une novlangue qui devrait être réservée aux analphabètes et/ou aux accros du script texto.

Le comble du grotesque est atteint lorsque l’accent, censé reproduire le langage parlé, contredit celui-ci de manière éhontée. Ainsi l’accent circonflexe ^, supposé marquer un allongement de la voyelle, ne s’entend plus du tout. Qui donc ferait la différence entre un château (normalement châaaateau) et un chat ? ou entre un hôpital (hôooopital sic !) et une origine ?

Les fétichistes du circonflexe ne se remettraient sans doute pas de la disparition de leur cher petit chapeau ; mais il convient de se rendre à l’évidence : une langue évolue, ou alors elle se fossilise. Au XIXème siècle, dans un style déclamatoire qui n’était pas réservé qu’au théâtre, une Sarah Bernhardt, par exemple, parlait avec d’authentiques circonflexes (et moult trémolos !) dans la voix ; les enregistrements qui nous restent le montrent amplement.

Mais la langue a évolué : indépendamment des circonflexes, les voyelles se sont d’une manière générale raccourcies. Ainsi « lundi » (normalement allongé) se vocalise de manière identique à « brin ». La France, férue de codification orthographique, devrait procéder à un aggiornamento lexical et débarbouiller sa langue de quelques dinosaures phonologiques qui n’ont plus leur place.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    30 septembre 2014 à 10:43 |
    J'aime beaucoup les accents, qui décorent les pages des langues avec élégance et mystère ; l'arabe, ou l'espagnol, même le ¨ des allemands est plaisant. Mais c'est surtout ce qu'ils racontent sur la longue histoire de la langue qui fascine ; ces accents circonflexes enceints de ces anciens s ; un temps disparu qui nous revient. Et enfin, ces moyens de savoir orthographier : " la chapeau de cime tombe dans l'abîme" un petit régal !

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  • Bernard Péchon-Pignero

    Bernard Péchon-Pignero

    28 septembre 2014 à 11:01 |
    Pour ma part, j'ai toujours appelé accent grave celui qui est parait-il aigu et lycée de Versailles. Mais il y a tant de choses à réformer en France !

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