Littérature

L'Ombre de Jorge Luis Borges

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 septembre 2010. dans La une, Littérature

L'Ombre de Jorge Luis Borges

« Le miroir est habité. C'est une mémoire endormie. Il suffit de l'interroger pour qu'il nous permette de partager avec lui ses secrets, ses refus et ses sentences. » dit Tahar Ben Jelloun dans Le Monde du 27 mars 1992, rendant compte d’un livre qu’il a lu.  Aussitôt  par magie L’Enfant de sable m’a paru flâner d’un côté et de l’autre d’un miroir placé au centre d’un labyrinthe dont le secret est le temps. Exactement comme il est défini dans la nouvelle de Borges  Le Jardin aux sentiers qui bifurquent.

On sort rarement d’un labyrinthe par où on est entré, à moins de prendre ses précautions comme Ariane. Tahar Ben Jelloun sait le faire sans fil conducteur imprudent, il lui suffit de suivre Borges. D’autant qu’il s’agit d’un labyrinthe non pas à trois dimensions où le parachute suffirait en cas de péril extrême, mais à quatre dimensions, la quatrième étant le temps. Encore qu’il ne s’agit pas du temps réel, bien trop simple, mais du temps imaginaire, comme celui décrit par Stephen Hawking.

L'énigme du Troubadour aveugle

Ecrit par Jean Le Mosellan le 20 septembre 2010. dans La une, Littérature

L'énigme du Troubadour aveugle

Au milieu du récit, très loin donc du dénouement (mais y a-t-il une fin ?) de l’Enfant de sable, vous vous sentez fortement frustré, et bien sûr endeuillé par la mort soudaine du conteur, que vous avez pris jusque là pour Tahar Ben Jelloun lui-même. Heureusement que notre auteur est bien vivant. Il a l’air désolé et se met simplement en quête de successeurs capables de mener cette histoire labyrinthique d’Ahmed au-delà de la Porte des sables. Ahmed né fille, on s’en souvient, n’est qu’une usurpation d’identité montée par son père contre le destin qui ne lui a donné que des filles, dans une société où « naître fille est une calamité. »

Son conteur attitré, celui qui s’identifiait imprudemment au livre qu’il récitait, est mort de désespoir. Car le lieu où il le commentait a changé de nature. Imaginez  par exemple que la Place Jamaa El Fna de Marrakech soit vidée pour des raisons d’urbanisme de son contenu, décor et acteurs, charmeurs de serpents, bateleurs, porteurs d’eau etc. et conteurs aussi.

La Vie des hommes

Ecrit par Pierre Audin le 20 septembre 2010. dans Mathématiques, La une, Littérature

La Vie des hommes

Ma rencontre avec Denis Guedj s'est sublimée au travers d'une autre,   celle d'un mathématicien pas si fou et d'un soldat de mon quartier, plutôt désorienté. C'était aussi la rencontre de la popularisation des mathématiques avec la littérature. Denis Guedj faisait découvrir les mathématiques aux non scientifiques. Si vous ne l'avez déjà fait, lisez "Villa des hommes". C’est une œuvre d’une délicatesse sublime, dont le personnage central n’est autre que le « double » de Georg CANTOR, le génial mathématicien allemand. Il fait la rencontre, dans une chambre d’hôpital, d’un soldat français blessé dans les combats de la « boucherie » de 1917. Leur amitié est foudroyante et se tisse dans le rejet de la Guerre et de l’imbécillité.

Denis Guedj est aussi l'auteur du "théorème du perroquet" grâce auquel nombre des visiteurs du Palais de la découverte connaissent la « salle pi » avant d'y être entrés. Denis Guedj a toujours montré un soutien indéfectible au Palais de la découverte, allant jusqu'à quitter momentanément la ronde infinie des obstinés pour affirmer ce soutien.

La Porte de l'Enfant de Sable

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 septembre 2010. dans La une, Littérature

La Porte de l'Enfant de Sable

Je suis entré dans le monde de Tahar Ben Jelloun par la porte de l’Enfant de sable. J’aurais pu attendre et passer par la porte du Dernier ami, ou celle de sa Mère, mais j’aurais perdu un temps précieux et ajourné tous les plaisirs offerts à ma vue.  Aussi permettez-moi de vous parler de cette entrée, qui s’était imposée à moi depuis bien longtemps déjà.

L’Enfant de sable s’ouvre précisément par une série de portes, aussi poétiques et lumineuses les unes que les autres.  La Porte du jeudi est dite primordiale, jour de marché, de l’échange et de communication,là où tout commence,où on s’habitue peu à peu au rythme du conteur. C’est sans doute le jour où il y a le plus de monde à s’attrouper autour de lui. Alors il en profite pour mettre tout le monde dans sa poche. Suffisamment pour continuer le lendemain à la Porte du Vendredi, « la seule porte qui se déplace et avance au pas du destin », suivie dans la foulée de la Porte du samedi, porte des moments troubles de « l’espace blanc » qui fait appel à « la liberté du lecteur » pour aider le conteur à porter une histoire qu’on sent trop lourde pour lui quoiqu’il ait proclamé, trop vite sans doute « Je suis devenu le livre du secret. »

Une journée à la Bibliothèque de Babel

Ecrit par Jean Le Mosellan le 03 septembre 2010. dans La une, Littérature

Une journée à la Bibliothèque de Babel

Il est des coïncidences inquiétantes. La journée portes ouvertes de la Bibliothèque de Babel était annoncée depuis longtemps pour avoir lieu il y a moins d'une semaine, lorsqu'une rumeur se met à poindre des colonnes du Monde.fr, selon laquelle la fin de l'écriture pourrait se produire. Autant prédire aussi la fin de l'histoire qui commença, comme chacun sait, avec l'écriture. On n'en est plus heureusement à ce qu'on faisait subir aux messagers de mauvais augure de l'Antiquité.
Toute rumeur profite, du reste, de la moindre porte ouverte. Tout est affaire de momentum, comme disent les Américains grands connaisseurs en pragmatisme. Toutefois, cette rumeur a toutes les chances de se perdre dans les entrailles de la Bibliothèque, quand on sait comment elle est faite.
D’après Jorge Luis Borges *, qui l'a décrite en 1941, cette bibliothèque est composée d'un nombre incalculable, peut-être infini, de salles hexagonales, qui communiquent à un niveau donné entre elles par des couloirs intimidants peu éclairés, et par des escaliers vertigineux d'un niveau à l'autre. L'unité salle-couloir-escalier se juxtapose à d'autres indéfiniment. Selon, sans aucun doute, le même esprit d'économie conceptuelle que l'on rencontre couramment dans les plans de nos HLM ou de nos lotissements. Une orgie quasi métaphysique de duplicata, dont le nid d'abeilles ne peut donner qu'une image imparfaite.

Poé Zie

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 07 août 2010. dans Ecrits, La une, Littérature

Poé Zie

Ce texte est un manifeste d’écriture, un “trousseau de clés” des poèmes d’Elisabeth. Je me permets de le publier, dans “Des textes à la loupe” bien sûr !

LM Levy

 


Donc, il se pourrait que je me sente dans une période d’audace.

Que je doive aller et venir pour m’approprier mon dû.

Alors allons-y.

Le Roman de l'Histoire

Ecrit par Pierre Pachet le 02 août 2010. dans La une, Histoire, Littérature

L’écrivain peut faire résonner ces voix qu’on n’a pas entendues, mais il est comptable de l’usage qu’il fait du passé

Si quelque chose me dispose à réfléchir à partir de la polémique suscitée par le roman de Yannick Haenel, Jan Karski (Gallimard, 2009), c’est que lorsque j’ai éprouvé le désir urgent d’écrire sur quelqu’un que j’avais de si près tenu, et dont je m’étais senti proche, mon père décédé, je n’ai pu le faire qu’en recourant à des moyens caractéristiques de la fiction : supposer qu’il parlait de sa vie et que je l’enregistrais, qu’il me dictait un récit, que sa parole se poursuivait alors même qu’il sentait ses moyens intellectuels lui échapper.

Ecrire, faites bosser les taupes !

le 01 août 2010. dans Ecrits, Littérature

Ecrire, faites bosser les taupes !

Samedi 3 juillet, les lève-tôt pouvaient entendre sur France Inter une émission passionnante de Stéphane Cosme : "Le 3ème sous-sol", consacrée ce jour-là à un fort étrange "Déjeuner sous l'herbe" de 1983 et aux fouilles archéologiques qu'il suscita… 27 ans plus tard.

Rappel des faits (tiré du texte de présentation de Stéphane Cosme) :

"En avril 1983, dans le parc du château de Jouy-en-Josas, l'artiste Daniel Spoeri, figure majeure des Nouveaux Réalistes, organisait un gigantesque banquet auquel participait le tout-Paris artistique. À la fin du pique-nique, les 120 invités enfouissaient dans le jardin les restes du repas. Une tranchée de 60 mètres avait été creusée à cet effet, et dans la pelouse ont ainsi été enterrés aliments et ustensiles du repas. L'idée était de fixer l'instant présent.

Le vice impuni

le 31 juillet 2010. dans Littérature

Le vice impuni

En été, les journaux réduisent leur pagination. Une occasion de serrer un peu plus la ceinture et faire quelques économies. Le problème c’est que le monde se moque des saisons; les guerres continuent, les catastrophes poursuivent leur itinéraire, les hommes politiques persévèrent dans leurs ambitions et leurs erreurs, la crise ne connaît pas de pause et l’homme ne réduit en rien sa capacité de nuisance, ne met pas de limite à son égoïsme ni à son opportunisme.

L’information ne ferme qu’un oeil. Le journal lu sur la plage est souvent emporté par un coup de vent ou piétiné par des gosses qui jouent. Le lecteur renonce à s’informer, étant persuadé qu’il ne perd rien d’essentiel.

La ballade du Corbeau du Temps jadis

Ecrit par Jean Le Mosellan le 28 juillet 2010. dans Littérature

La ballade du Corbeau du Temps jadis

Le corbeau Archie, qui semait la terreur dans « les Oiseaux » d’Hitchcock, était-il un descendant du majestueux Corbeau  “digne des anciens jours de jadis” selon Baudelaire ou plus simplement “des saints jours de jadis” selon Mallarmé, tous deux subjugués par le “stately Raven of the saintely days of yore” d’Edgar Allan Poe ?

Hitchcock devait connaître l’arbre généalogique de son oiseau pour avoir préfacé en connaisseur  une édition des “Histoires extraordinaires” à Paris (Livre de Poche 1960). Archie en tout état de cause était moins démoniaque, n’ayant été que l’objet futile de commérages de coulisses, au contraire de son ancêtre qui mobilisait le talent rare d’un trio de maîtres du suspense, secteur sépulcral.

Saints étaient donc, avec quelques subtiles variantes, les jours du Corbeau, mais on doute qu’il ait voleté autour de Saint François d’Assise, pour venir en extase picorer dans ses mains.

<<  38 39 40 41 42 [4344  >>