Littérature

"Les Champs de Paris" de Yann SUTY

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 février 2011. dans La une, Littérature


Livre des plus étranges - sûr - loufoque et un peu baroque ; livre clairement inclassable ou peut-être multipoches.

On ne cesse de se dire (tout en lisant à grandes enjambées gourmandes) : mais où vont ces «  chants de Suty » ? De quoi c'est fait ?

Un jeu des 4 coins du fond de nos cours d'école - 4 personnages avançant au gré de la partie - Freddy, sorti du parvis de La Défense, peut-être trader, «  qui fait son kéké » ; Cortes, le copain-loser ; Anna, blonde Hitchcockienne ; Vanessa qui hante les salles de sport pour tester  leurs haltères. Ca peut être aussi le « mère, veux tu ? Combien de pas ? » : Freddy s'entiche d'une « femme aux dragons » d'un bar archi-banal , il est partant pour un ailleurs et  « quelque chose de plus fort » ; Cortes «  depuis longtemps, trop longtemps, le célibat imprime son quotidien », veut ressembler à Freddy et - tant qu'à faire - lui piquer sa femme, Anna ; Vanessa veut construire un autre « moi » que le souvenir du grave accident de voiture qui la hante, alors, elle veut maitriser son corps et ses désirs .

"Les Figuiers de Barbarie" de Rachid Boudjedra

Ecrit par Léon-Marc Levy le 04 février 2011. dans La une, Littérature



Nous tenons probablement le premier grand roman sur l’Algérie. Pas DE l’Algérie, ça on en avait déjà un beau rayon avec Mohamed Dib, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Malek Haddad, Tahar Djaout et la talentueuse génération actuelle (dont, entre autres, nous connaissons bien à « Reflets du Temps » Maïssa Bey, Kamel Daoud, Amin Zaoui …). Non, avec « Les Figuiers de Barbarie » de Rachid BOUDJEDRA, nous tenons le premier grand livre tricoté dans l’histoire même, la plus profonde, de l’Algérie et des Algériens. La matière même du livre, celle dont il est pétri, c’est le tissu serré de ce croisement étroit entre un pays depuis plus d’un siècle et demi et les destins intimes, surprenants, improbables, de ses habitants, du héros au salaud, du plus connu de ses intellectuels ou de ses politiques au plus obscur de ses fellahs ou de ses épiciers.


Une lecture des "Figuiers de Barbarie"

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 février 2011. dans La une, Littérature

Une lecture des



Un mot résume ce livre fascinant et si instructif : l’ambiguïté. Ambiguïté d’Omar d’abord, symbolisant l’ambiguïté du pays lui-même. Tout, en effet, est ambiguë dans sa famille : ambiguïté politique, lui pas vraiment résistant (blessé rapidement et évacué à Moscou), son père pas vraiment collabo, ambiguïté anthropologique (père aux « yeux bleus » et au « physique d’Aryen », lui « teint noiraud » et « cheveux frisés »), ambiguïté linguistique français/arabe « une langue n’est rien d’autre que l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé persister » dit-il, ambiguïté très freudienne des rapports mère/fils : Omar parle de la « relation étrange » qu’il a avec une mère dont il souligne la « sensualité affolante ». Finalement ambiguïté de la révolution elle-même. Le narrateur, en pleine déréliction, conclut : « toutes les révolutions aboutissent au même ratage, mais il faut les faire quand même ».

"Une Fille occupée" de Dominique Conil

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 janvier 2011. dans La une, Littérature

 

« une fille occupée », ne l'achetez surtout pas dans une gare ; ce n'est pas un livre qu'on lit dans le train, pour passer le temps … il lui faut le silence - occupé lui aussi - d'un coin de cheminée crépitante, qu'il fasse un peu sombre et que le soir s'annonce … c'est un livre qu'on ouvre et qui vous prend par tous les bouts - je n'ai pas dit : enveloppe ; pas assez mielleux pour ça  - il vous secoue, vous emporte à la « hussarde » en elle, Ka - Dominique ? En vous aussi, pour suivre tous les cahots vraiment peu confortables de la route de cette fille là.

Est-ce un livre sur l'enfance ? Sûrement, mais pas à la Pagnol, et sa gloire de … et son château de ... Ka et son Felix de frère, ont grandi dans leur bulle à eux, à l'ombre de ce père qui écrivait des romans noirs, comme d'autres montent des murs : «  nos yeux étaient encore à la hauteur des poignées de porte, mais nous connaissions dix façons d'assassiner proprement » ; la mère - un personnage ample, au goût aigre, aux senteurs mystérieuses - elle, ne finit jamais ses phrases. Mais, dans cette enfance là - et dans la vie d'après - traîne un outil, un passe-malheur : le livre : « le bruit ancien des pages tournées sous le drap ; mots traversants et chocolat » et toutes nos enfances, de se reconnaître !

Homo Homini Lupus

Ecrit par Sana Guessous le 28 janvier 2011. dans Ecrits, La une, Société, Littérature

Homo Homini Lupus


Du fin fond d’un lit de poupée, Soha examine le calepin bleu céruléen qu’elle trimballe partout depuis plus de trois semaines, comme une patte de lapin. Rabattu, cet accordéon en papier a quelque chose de tendre, de chatouilleux. Mais dès qu’elle le déplie, les feuilles laiteuses, striées de vives rayures, se dressent, l’air presque menaçant. Lasse de se faire admonester par ces pages à la blancheur martiale, Soha agrippe un crayon et trace un mot. Spontanéité. Six siècles plus tôt, Thomas Hobbes conceptualisait l’Etat de nature.

Moralité : L’Humanité sombre dans la déliquescence la plus absolue.

***

« Les hostilités sont comme les huîtres, on les ouvre. « Les hostilités sont ouvertes », il semble qu’il n’y a plus qu’à se mettre à table. » Gustave Flaubert, Dictionnaires des idées reçues.

Haïti, terre d'écritures ... exilées ? (2)

Ecrit par Christian Massé le 21 janvier 2011. dans La une, Littérature

Haïti, terre d'écritures ... exilées ? (2)

Alexis marque durablement Marie Chauvet qui publie en 1947 à Port-au-Prince La Légende des fleurs, conte allégorique dans lequel elle explore le rêve de fraternité et de solidarité qui motive son écriture. Plusieurs romans suivront, tous marqués par la question de l'égalité et de la justice en Haïti. Fille d'un sénateur-ambassadeur à vie, Marie Chauvet est née en 1916. Dans les années 60, elle fait figure de proue au sein d'Haïti littéraire où elle est la seule femme. Malgré le durcissement de la politique de Duvallier, elle écrit en 1968 une première version « D'Amour, colère et folie » qu'elle envoie à Simone de Beauvoir. Ce roman décrit la corruption dans la bourgeoisie de Port-au-Prince. De Beauvoir soutient le roman auprès des éditions Gallimard. Mais la famille de Marie, craignant des représailles du gouvernement haïtien, rachète tout le stock à Gallimard. Des années durant, quelques exemplaires circuleront sous le manteau. L'écrivain s'exile à New York où elle meurt en 1973, deux ans après qu'elle eut publié Les Rapaces, fable sur le rôle de l'écrivain engagé jusqu'au sacrifice de sa vie.

Haïti, terre ... d'écritures exilées ? (1)

Ecrit par Christian Massé le 17 janvier 2011. dans La une, Littérature

Haïti, terre ... d'écritures exilées ? (1)

Cette chronique consacrée à la littérature haïtienne sera publiée en deux parties.


Porter un regard sur Haïti à travers Dany Laferrière, Prix Médicis 2009 pour L'Enigme du retour, était simplement légitime. Le séisme a créé la nécessité de le faire, comme une réponse comparable à celle d'un certain 11 septembre qui, dans les temps qui ont suivi, a changé le regard du monde sur une Amérique intouchable. On a pu découvrir des écrivains newyorkais jusqu'alors dans l'ombre des tours de Manhattan. Un numéro spécial du journal Libération leur avait été consacré peu de temps après. A Haïti, il y a l'avant et l'après 12 janvier. Avant, je n'aurais parlé sans doute, et à tort, que de Dany Laferrière. Après, c'est  l'histoire - et l'histoire de leur histoire - des hommes de lettres de cette grande île clivée voisine de Cuba qui se révèle.

Les Champs de Paris de Yann SUTY (Editions Stock)

Ecrit par La Rédaction le 16 janvier 2011. dans La une, Littérature

Les Champs de Paris de Yann SUTY (Editions Stock)

Vient de paraître aux éditions Stock

"Les Champs de Paris", c’est un bar où se retrouvent régulièrement Freddy et Cortès, amis de longue date que tout oppose. Freddy gagne bien sa vie, il est beau et il a une petite amie magnifique, Anna. Cortès, lui, n’a rien d’un don Juan et, malgré des études de biologie, il enchaîne les boulots alimentaires. En plus, il est fou amoureux d’Anna. Alors qu’il avait l’habitude d’évoluer dans l’ombre de Freddy, Cortès décide de prendre enfin les choses en mains.? ?Les Champs de Paris, c’est un bar que Vanessa a découvert. Depuis un grave accident de voiture dont elle est la seule rescapée, elle s’est prise de passion pour le bodybuilding. Cortès, son frère, et Freddy la taquinent souvent à ce sujet. Désormais, sa musculature a de quoi effrayer les hommes. Sauf l’écrivain Yann Suty, qui s’intéresse à la discipline qu’elle pratique.? ?Les Champs de Paris, c’est un bar où, tous les premiers mercredis du mois, des hommes en costume-cravate patientent dans un coin avant de franchir une porte occultée par un rideau. Impossible de savoir ce qui se trame derrière le molosse qui la garde ni de se faire inviter. C’est sans compter sur l’opiniâtreté de Freddy.

2010 : 4 romans, 2 funérailles et une ville ...

Ecrit par Amin Zaoui le 10 janvier 2011. dans La une, Culture, Littérature

2010 : 4 romans, 2 funérailles et une ville ...

"Souffles" (1)

Une année s’est écoulée. Je regarde dans le rétroviseur du temps et je me demande : qu’est-ce que j’ai retenu de ces 365 jours éclipsés, en matière de littérature romanesque, événements culturels et voyages ?


1-   En 2010, j’ai lu une quarantaine de textes littéraires d’écrivains algériens, peut-être un peu plus. Mais, seulement, quatre romans ont attiré mon attention. Cela n’est pas un jugement de valeur, plutôt le résultat du plaisir de la lecture. Le pouvoir du goût ! D’abord en littérature francophone, j’ai été fasciné par le nouveau roman les Figuiers de Barbarie, de Rachid Boudjedra, poids lourd de la littérature algérienne moderne, paru à Barzakh éditions. Toujours, fidèle à lui-même, Boudjedra réveille “l’histoire” ensommeillée par les conservateurs.

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