Littérature

Le Goncourt dans un bocal

Ecrit par Léon-Marc Levy le 08 novembre 2010. dans La une, Littérature

Le Goncourt dans un bocal

"Reflet du Jour"

Le prix Goncourt a été attribué à Michel Houellebecq pour "La Carte et le Territoire".

On en a plein la corbeille DU Houellebecq. Ca fait deux mois que ça a commencé et maintenant avec le Goncourt, ça va durer. Inutile de vous dire mon irritation récurrente devant le déferlement médiatique à chaque parution du bonhomme.

Je m’en pourléchais les babines d’avance. Je suis allé, en grande surface, à Géant Casino (j’y tenais beaucoup à ce que ce ne soit pas en librairie), acheter LE Houellebecq de la rentrée, « La Carte et le Territoire ». Ce n’était pas la perspective de la lecture qui me faisait saliver mais le plaisir que j’allais avoir sans aucun doute à dire tout le contraire de ce que disait la critique dominante : « magnifique » « magistral » « chef-d’œuvre »… En tout cas pour les premières salves de billets publiés, ça s’est gâté après. J’allais "me le faire" le Houellebecq et pas qu’un peu !

"La Vieille au buisson de roses"

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 novembre 2010. dans La une, Littérature


Au début des beaux jours, alors qu'elle plumait sa poule, tuée dans les règles de l'art, sous le rosier « Scarlet » qui ombrageait sa porte, s'est trouvée, tout soudain, en capacité  de parler toutes les langues ! (du grec au chinois) ; ah ! J'oubliais : la regardait son chien qui, lui, chante la messe en latin d'église !

Lionel Edouard Martin signe là un de ces petits livres bien serrés - comme on dit d'un café, à la fois dense, amer, qui étonne et trouble, pour finir par nous enchanter -.

On nous offre ainsi quelques heures étranges avec guère (la vieille qui parle une langue poitevine patoisante dirait : « guière »), plus de trois personnages :

Bleu Terre

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 octobre 2010. dans La une, Littérature

Bleu Terre

Un petit livre ; une édition soignée ; des drôles d'histoires. C'est dit, d'emblée : «  j'invite une nuée d'étourneaux, un chat volant, des nuages trop beaux, deux mouettes et un goéland » ; on va donc aller de bêtes en grain de folie, avec la mer, toujours puisque dès les premières pages - c'est une évidence « in-négociable » - «  la mer est ma passion … plus que les oiseaux de feu … »

Un livre pour ceux qui aiment la mer, donc, ou ne demandent qu'à le faire.

L'océan, beaucoup, la Bretagne et sa mer d'Iroise, mais aussi, ça et là, des voyages jusqu'en mer du Japon, et même en Arctique. A chaque page, le bruit du ressac ; on est refroidi par l'écume, nos pieds arpentent sable et galets ; odeurs d'embrun ; rêves (éveillés ?) d'oiseaux qui marchent, de femmes – ou leur souvenir – qui volent ! J'ai, quand même regretté qu'il n'y ait pas plus de « gens de mer »   ou de rivages...

"Petites morts en plein jour"

Ecrit par La Rédaction le 18 octobre 2010. dans La une, Littérature

Aimer ce livre – c'est mon cas – pour son titre un peu énigmatique, aux consonances si  belles ; pour sa forme : des Nouvelles. Or, rien de plus difficile à ficeler, pour un écrivain, que ces micro - histoires, ces quelques fines pages, qui parviennent à digérer des personnages, une action, un ou des lieux, une atmosphère, surtout. J'ai, face à la nouvelle, l'admiration qu'on porte à ces sculpteurs sur bois, qui font entrer un monde dans une bouteille !

Les personnages qu'on croise, dessinent de magnifiques portraits de femmes : Nathalie, et ce café qui scande sa journée ; la SDF des bords de la Garonne ; « la » fille qui accouche dans les toilettes de son lycée, et, qui, du coup, n'a même pas de nom ( une des plus fortes, des 18 histoires ) ; Héléna, l'écrivain qui disparaît dans son écriture … Les hommes qu'on rencontre, sont tous – presque tous, il y a aussi un beau personnage de paysan normand - des soldats, venus de l'Histoire - G.I des plages normandes - , des guerres d'Europe centrale - Balkaniques, probablement, Serbes ou Bosniaques -

Le Désespoir des Heures de Pointe

Ecrit par Léon-Marc Levy le 08 octobre 2010. dans La une, Littérature

Le Désespoir des Heures de Pointe

Le parti-pris de l’évidence pourrait servir de sous-titre au « Désespoir des heures de pointe » (*) de Rebecca Wengrow. N’y voyez surtout aucune trace  péjorative. Au contraire, je fais allusion à Francis Ponge, l’un des plus grands de nos poètes, et à son « Parti-pris des choses ». Apologie magnifique de l’ordinaire naturel pour Ponge. De l’ordinaire de la vie des hommes et des petits d’hommes pour Rebecca.

Tout relève d’une évidence qui finit par être émouvante dans ce petit recueil de nouvelles brèves : les choses de la vie, de la famille, de l’école, des enfants, de la ville, de l’amour. Et, tout doucement, sans même que lecteur n’y prête attention, s’élève une petite mélopée, comme une prière douce, dite à voix basse, sans envolée ni hymne. J’ai pensé irrésistiblement à John Coltrane que j’adore : le « Psalm » de « Love supreme » qui célèbre l’humanité dans des sons à peine sussurés.

Hommage à Denis Guedj

Ecrit par Pierre Audin, Léon-Marc Levy le 29 septembre 2010. dans Mathématiques, La une, Littérature

Hommage à Denis Guedj

A propos de « Villa des Hommes » de Denis GUEDJ (Ed. Robert Laffont)

« - Emmerdez-les le plus possible, Monsieur Matthias. Foutez-leur une belle merde ! Ne laissez pas le monde tourner rond. Quand il tourne rond, on perd la boule. »

C’est Herr Singer qui parle. C’est la fin du livre de Denis GUEDJ « Villa des Hommes ». C’est la fin de l’histoire d’une amitié improbable entre un jeune soldat français blessé dans les combats douteux de la Première Guerre Mondiale et un vieux mathématicien allemand, génial, soigné dans le même hôpital parce qu’il souffre de dépression périodique. Entre eux s’est tissé un lien de plusieurs longs mois, lien fait de silences, de discussions interminables, lien indissoluble tressé dans les mêmes rêves, les mêmes dégoûts. La haine de la guerre, le refus des cécités nationalistes, le rêve partagé d’un monde plus fraternel et plus juste.

L'Ombre de Jorge Luis Borges

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 septembre 2010. dans La une, Littérature

L'Ombre de Jorge Luis Borges

« Le miroir est habité. C'est une mémoire endormie. Il suffit de l'interroger pour qu'il nous permette de partager avec lui ses secrets, ses refus et ses sentences. » dit Tahar Ben Jelloun dans Le Monde du 27 mars 1992, rendant compte d’un livre qu’il a lu.  Aussitôt  par magie L’Enfant de sable m’a paru flâner d’un côté et de l’autre d’un miroir placé au centre d’un labyrinthe dont le secret est le temps. Exactement comme il est défini dans la nouvelle de Borges  Le Jardin aux sentiers qui bifurquent.

On sort rarement d’un labyrinthe par où on est entré, à moins de prendre ses précautions comme Ariane. Tahar Ben Jelloun sait le faire sans fil conducteur imprudent, il lui suffit de suivre Borges. D’autant qu’il s’agit d’un labyrinthe non pas à trois dimensions où le parachute suffirait en cas de péril extrême, mais à quatre dimensions, la quatrième étant le temps. Encore qu’il ne s’agit pas du temps réel, bien trop simple, mais du temps imaginaire, comme celui décrit par Stephen Hawking.

L'énigme du Troubadour aveugle

Ecrit par Jean Le Mosellan le 20 septembre 2010. dans La une, Littérature

L'énigme du Troubadour aveugle

Au milieu du récit, très loin donc du dénouement (mais y a-t-il une fin ?) de l’Enfant de sable, vous vous sentez fortement frustré, et bien sûr endeuillé par la mort soudaine du conteur, que vous avez pris jusque là pour Tahar Ben Jelloun lui-même. Heureusement que notre auteur est bien vivant. Il a l’air désolé et se met simplement en quête de successeurs capables de mener cette histoire labyrinthique d’Ahmed au-delà de la Porte des sables. Ahmed né fille, on s’en souvient, n’est qu’une usurpation d’identité montée par son père contre le destin qui ne lui a donné que des filles, dans une société où « naître fille est une calamité. »

Son conteur attitré, celui qui s’identifiait imprudemment au livre qu’il récitait, est mort de désespoir. Car le lieu où il le commentait a changé de nature. Imaginez  par exemple que la Place Jamaa El Fna de Marrakech soit vidée pour des raisons d’urbanisme de son contenu, décor et acteurs, charmeurs de serpents, bateleurs, porteurs d’eau etc. et conteurs aussi.

La Vie des hommes

Ecrit par Pierre Audin le 20 septembre 2010. dans Mathématiques, La une, Littérature

La Vie des hommes

Ma rencontre avec Denis Guedj s'est sublimée au travers d'une autre,   celle d'un mathématicien pas si fou et d'un soldat de mon quartier, plutôt désorienté. C'était aussi la rencontre de la popularisation des mathématiques avec la littérature. Denis Guedj faisait découvrir les mathématiques aux non scientifiques. Si vous ne l'avez déjà fait, lisez "Villa des hommes". C’est une œuvre d’une délicatesse sublime, dont le personnage central n’est autre que le « double » de Georg CANTOR, le génial mathématicien allemand. Il fait la rencontre, dans une chambre d’hôpital, d’un soldat français blessé dans les combats de la « boucherie » de 1917. Leur amitié est foudroyante et se tisse dans le rejet de la Guerre et de l’imbécillité.

Denis Guedj est aussi l'auteur du "théorème du perroquet" grâce auquel nombre des visiteurs du Palais de la découverte connaissent la « salle pi » avant d'y être entrés. Denis Guedj a toujours montré un soutien indéfectible au Palais de la découverte, allant jusqu'à quitter momentanément la ronde infinie des obstinés pour affirmer ce soutien.

La Porte de l'Enfant de Sable

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 septembre 2010. dans La une, Littérature

La Porte de l'Enfant de Sable

Je suis entré dans le monde de Tahar Ben Jelloun par la porte de l’Enfant de sable. J’aurais pu attendre et passer par la porte du Dernier ami, ou celle de sa Mère, mais j’aurais perdu un temps précieux et ajourné tous les plaisirs offerts à ma vue.  Aussi permettez-moi de vous parler de cette entrée, qui s’était imposée à moi depuis bien longtemps déjà.

L’Enfant de sable s’ouvre précisément par une série de portes, aussi poétiques et lumineuses les unes que les autres.  La Porte du jeudi est dite primordiale, jour de marché, de l’échange et de communication,là où tout commence,où on s’habitue peu à peu au rythme du conteur. C’est sans doute le jour où il y a le plus de monde à s’attrouper autour de lui. Alors il en profite pour mettre tout le monde dans sa poche. Suffisamment pour continuer le lendemain à la Porte du Vendredi, « la seule porte qui se déplace et avance au pas du destin », suivie dans la foulée de la Porte du samedi, porte des moments troubles de « l’espace blanc » qui fait appel à « la liberté du lecteur » pour aider le conteur à porter une histoire qu’on sent trop lourde pour lui quoiqu’il ait proclamé, trop vite sans doute « Je suis devenu le livre du secret. »

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