Chronique sur un livre en créole Haïtien

Ecrit par Jean-François Joubert le 13 janvier 2018. dans La une, Littérature

Chronique sur un livre en créole Haïtien

Non, je ne voyage pas ailleurs que sur les ondes terrestres, le créole est pour moi comme l’espéranto, une langue extra-terrestre. Reste les traductions aléatoires du texte de monsieur Selmy Accilien, publié aux Editions Miroir ! D’ailleurs est-ce une langue ? En tous cas elle n’est pas de bois, et son caractère poétique ne fait pas dans la politique, mais dans l’amour des mots, la morsure du poète. Le Salon de Haïti est une invitation au voyage, regardez ce mot d’amour :

 

« Ti koze bò lanmè

Mwen  renmen jan vag yo

Tonbe sou pye w la cheri

Jan dwèt pye ou miyonnen plaj la…

Èske ou konnen konbyen zetwal

K ap desann nan rèv mwen

Jou ou ta di m ou renmen m ?

Èske ou konnen konbyen papiyon

K ap pèdi souf yo

Jou w ta di m ou renmen m ?

Èske ou konnen konbyen fwa m t ap mache

Fè laviwonndede

Si san w ta tounen limyè

Pou klere chimen m ?

Ou mèt kwè m cheri »

 

Ce texte traduit parle de son amour pour la mer qui lèche les pieds de son amour, du jour ou de la vie ; nous ne sommes pas sans savoir que cette île subit les affres du temps, tant d’orphelins, tant de morts par la décadence des éléments, mais peut-on parler de cette danse immense qu’est la vie, aimer la nature est en eux, aimer la vie, encore si forte plus forte que notre confort français, plus forte que notre tour penchée. Selmy rêve de La lettre Capitale, de Paris, de venir voir ce pays qui illumine sa vie. Cependant, en écrivant en créole il n’oublie pas sa langue, ses racines. J’ai chroniqué sur Reflets du Temps Et tu m’as dit, chef-d’œuvre, car ce jeune poète fait vivre ses sens mieux que personne, et ça sonne, ça swing sous son chapeau, il ne mange pas à sa faim tous les jours, mais chaque seconde, chaque nanoseconde, il traduit la vie d’un jeune homme de 24 ans qui a des rêves francophiles. Moi petit chien errant, je dois me glisser dans son univers et en tirer la quintessence de ses vers, vert, espoir, si j’écris ses lignes ici, c’est pour mieux traduire le lien universel des mots, oublier une autre nanoseconde l’espace temps, et lui répondre par la prose que je compose sur son instinct, sur cet instant de vie, sur ce qu’ici on nomme la misère, leur monnaie ne va pas en bourse, pourtant ils déboursent du temps libre pour écrire, lire, et ne jamais fuir, nomade de l’envie de voyager mais avoir le visa comment faire, eh ben gagner un prix littéraire, il sont plusieurs à mériter de voyager en ailes de feu, l’avion que je ne désire point voler, ou navire, enfin goélette, ou le nom commun bateau, car la marine est multi-genre. Je m’épuise à dire dans un de mes textes, Ouest, où sont les étoiles, au-dessus, ou en-dessous, je m’imagine une épuisette à la main chasser l’ourse la petite ou la grande, mais eux ils ont une telle maturité due à la force du vent, au feu, aux tremblements pas de leur peau, d’ébène ; nous nos bennes sont des sacs à ordures, eux ils ont de la magie dans leur texte, et je reste avide de défendre cette langue, que je ne comprends pas, mais que comprenez-vous, vous, de leur espoir universel de voyage, de voir l’Occident, sans accident de parcours, de rêve de trouver l’étincelle, celle de mon épuisette, l’inspiration fait partie de leur respiration, et Selmy est un fer de lance, je lui souhaite de vivre longtemps, car son style que je connais dans ma langue maternelle, le français, me fait dire que je délire, tant ils alignent les métaphores, accompagnés d’une étonnante facilité, tout coule comme un lac, une rivière, un ru, et j’aimerais que ce jeune garçon aille Place de l’Etoile, il aurait les yeux champagne, je l’inviterais bien dans ma campagne, mais je vis dans une ville, Brest, où tout est eau, déluge du ciel, quand j’écris mes maux (aïe, quel manque d’imagination ai-je, cette formule n’est plus magique depuis si longtemps !) ; il pleut le ciel pleure, ici quand je crie, je crise, Selmy dit :

« Mwen pa yon grenn senk tankou Leta

Èske ou konnen konbyen zanmizèl

K ap gen tèt vire

Jou w ta di m ou renmen m ?

Tanpri souple

Ti kolibrit mwen

Kite van pran gou sik li

Sou tèt dyòl ou non

Tanpri souple

Ti grenn siwèl mwen

Kite douvanjou fè lavi sekrè

Nan tche wòb ou non

Mango fransik ap toujou

Gen gou lang ou

Menm si lapli pa ta janm tonbe

Ou mèt kwè m cheri »

 

Chez eux, chez lui, chez ce poète, il ne pleure pas le ciel, c’est anti-gnomique, antinomique, anti-comique, c’est pas drôle un pays où le vent est tornade, où la Terre ravage tant elle tremble, que la mer se déchaîne alors que là à la seconde le tonnerre de Brest est là, le port vit, j’entends les cris de la ville pas rose mais grise, à la marina royale, Selmy je t’invite à boire une bière de marin qui rentre au port avant que j’en sois mort ! Merci de faire vivre l’émotion qui est intrinsèque, en toi, sur l’échelle de Richter, tu es un ouragan de force onze, alors, bravo !

A propos de l'auteur

Jean-François Joubert

Jean-François Joubert

Rédacteur

Ecrivain

Jean-François Joubert est né à Brest, une ville où l’on parle souvent des îles qui l’entourent, Ouessant, Molène, Sein… La mer le berce depuis l’enfance et elle s’invite souvent dans ses rêveries. Elle est Source d’inspiration, mais aussi de revenus, pendant longtemps il a enseigné la voile au sein de différents clubs nautiques. Désirs de voyages, de rencontres, d’océans, et ce besoin d’écrire qui s’installe, comme une évidence.

 

Commentaires (1)

  • Selmy

    Selmy

    13 janvier 2018 à 21:28 |
    Merci beaucoup Joubert. Belle plume

    Répondre

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