Le Clan Spinoza, Maxime Rovere

Ecrit par Didier Bazy le 18 novembre 2017. dans La une, Littérature

Flammarion, septembre 2017, 560 pages, 23,90 €

Le Clan Spinoza, Maxime Rovere

Le prince de la philosophie vient de trouver un chef d’orchestre. Jusqu’ici, Spinoza était réservé aux initiés. Pour le meilleur et souvent pour le pire. Spinoza ceci, Spinoza cela. De l’hermétisme à l’esprit de secte, de l’explication minutieuse jusqu’à la noyade dans le Gueroult, Spinoza aura subi tous les traitements. Maxime Rovere démontre magistralement que Bento n’a jamais été un pauvre hère traînant de meublé en meublé son manteau troué en image d’Epinal. Le chef d’orchestre ne se contente pas de diriger les instrumentistes, il a écrit une nouvelle partition.

Il y a de fortes chances pour que le maestro ait développé une courte proposition de Deleuze : « Spinoza au milieu de nous ». Et la vie du philosophe s’éclaire. Bento buvait des canons avec ses potes. C’était un bon gars. Un bon vivant et pas seulement un « grand vivant avec une petite santé ». Rovere ne se serait pas pour autant permis de mettre Spinoza en abîme. C’est tout le contraire : Bento est un rayon de lumière. Il traverse son temps et les idées de son temps. Il est loin d’avoir vécu en ermite. Il fut ce qu’on appelle aujourd’hui un grand communicant.

La composition du clan évoque une bande en étoile à plusieurs branches. Les rameaux s’appellent : Levi Morteira, Koerbagh, Van den Enden, Sténon… On les découvre et on en apprend de bien bonnes. Bien sûr, on retrouve Jellesz, Meyer, Oldenburg, Leibniz, Tschirnhaus…

On peut les trouver tous ici : http://www.leclanspinoza.com/clan/

Tous ont participé à l’élaboration de l’œuvre de Spinoza. Médecin, mathématicien, philosophe, politique, militant, rabbin, marchand, concierge. Bento ne travaillait pas seul, il confrontait, affrontait, discutait. Il vécut en marchand. Il ne polissait des lunettes que pour étudier la physique, pas pour vendre des lentilles. Des amis argentés l’ont pensionné pour qu’il ait du temps. Dans ce roman vrai, et documenté par cinq ans de travail, mythes et légendes fondent. Un creuset voit le jour, à la portée de tous. Les étudiants en philosophie auront de la chance à commencer par cette bande. Leur est désormais épargnée l’armada qui complique plus qu’elle ne fluidifie.

Ainsi l’Ethique devient œuvre collective. Et Bento, scribe génial et subtil. L’étude aurait pu le noyer. Spinoza en sort grandi, comme nous, au milieu de lui, au milieu d’eux. Le clan Spinoza : l’art au service de la philosophie. Nul doute qu’elle s’en porte mieux.

 

 

 

Maxime Rovere enseigne la philosophie à Rio. Traducteur de Darwin, de Lewis Caroll, de Virginia Woolf et de Spinoza… Auteur jeunesse, critique d’art, écrivain, philosophe. Sa biographie de Casanova est un modèle du genre. Il est le gai savoir de la nouvelle génération.

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