Reflets a lu « Lettres à Nora », de James Joyce

Ecrit par Gilberte Benayoun le 27 septembre 2017. dans La une, Littérature

Reflets a lu « Lettres à Nora », de James Joyce

Avec un plaisir, toujours renouvelé, s’agissant de James Joyce, voici, parmi son œuvre, des extraits d’un petit livre réjouissant, composé de très belles lettres adressées par l’auteur à Nora Barnacle, qu’il rencontra en 1904, et épousa en 1931. Naissance d’une passion amoureuse, unique en son genre. Lettres remplies d’un extraordinaire romantisme. Un petit livre à goûter sans parcimonie…

 

Extraits :

« Ma chère Nora. Je me suis retrouvé à soupirer profondément ce soir tout en marchant et j’ai pensé à une chanson ancienne écrite il y a trois cents ans par le roi anglais Henry VIII – roi brutal et débauché. Cette chanson est si douce et fraîche et semble venir d’un cœur si simple et affligé que je te l’envoie, espérant qu’elle puisse te plaire. Il est étrange de voir de quelles mares boueuses les anges font naître l’âme de la beauté. Ces mots expriment très délicatement et musicalement la solitude et la lassitude que je ressens. C’est une chanson écrite pour le luth.

 

Chanson (pour accompagnement musical)

 

Ah, les soupirs qui montent de mon cœur

Ils m’affligent d’une souffrance extrême !

Puisque je dois abandonner ma bien-aimée

Adieu, ma joie, pour toujours

 

J’avais coutume de la contempler

Et de l’étreindre de mes deux bras

Et maintenant avec mille soupirs

Adieu ma joie et bienvenue la peine !

 

Et il me semble que si je pouvais encore

(Dieu, si seulement je pouvais !)

Aucune joie ne pourrait se comparer

Pour alléger mon cœur

Henry VIII »

(…)

« Ma chère petite Nora. Je pense que tu es amoureuse de moi, n’est-ce pas ? Je me plais à penser à toi en train de lire mes poèmes (bien qu’il t’ait fallu cinq ans pour les découvrir). Lorsque je les ai écrits j’étais un étrange garçon solitaire, déambulant seul la nuit et pensant qu’un jour une jeune fille m’aimerait. Mais je n’arrivais jamais à parler aux jeunes filles que je rencontrais chez des gens. Leurs manières hypocrites m’arrêtaient immédiatement. Puis tu es venue vers moi. D’une certaine façon tu n’étais pas la jeune fille dont j’avais rêvé et pour qui j’avais écrit les poèmes que tu trouves maintenant si enchanteurs. […] Mais ensuite je vis que la beauté de ton âme éclipsait celle de mes poèmes. Il y avait en toi quelque chose de plus élevé que tout ce que j’avais pu mettre en eux. Et pour cette raison le livre de poèmes t’est donc destiné. Il contient le désir de ma jeunesse et toi, ma chérie, tu as été l’accomplissement de ce désir. […] ».

(…)

« Ma petite Nora silencieuse. Des jours et des jours ont passé sans une lettre de toi mais je suppose que tu pensais que je serais déjà parti. Nous partons demain soir. D’ici la fin de la semaine ou au plus tard dimanche nous serons ensemble, j’espère.

Maintenant, Nora ma chérie, je veux que tu lises et relises sans cesse tout ce que je t’ai écrit. Certaines pages sont laides, obscènes et bestiales, certaines sont pures et sacrées et spirituelles : je suis tout cela. Et je pense que maintenant tu vois ce que je ressens pour toi. Tu ne me feras plus de reproches, n’est-ce pas, ma chérie ? Tu garderas mon amour toujours vivant. Je suis fatigué ce soir, ma chérie, et j’aimerais dormir dans tes bras, ne rien faire d’autre avec toi que simplement dormir, dormir, dormir dans tes bras. […] ».

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

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