Reflets a lu Printemps et autres saisons, Israël Joshua Singer, éditions de L’Antilope (2017)

Ecrit par Gilberte Benayoun le 20 janvier 2018. dans La une, Littérature

Reflets a lu Printemps et autres saisons, Israël Joshua Singer, éditions de L’Antilope (2017)

Un réel plaisir littéraire ce petit recueil de nouvelles de 160 pages, à lire et à déguster sans modération… traduit du yiddish par Monique Charbonnel-Grinhaus.

Israël Joshua Singer, né en 1893 en Pologne, mort à New York en 1944, est le frère de Isaac Bashevis Singer, également éminent auteur, entres autres, de romans et nouvelles en yiddish.

Extrait de la quatrième de couverture : « Sous une apparente légèreté, Israël Joshua Singer campe des personnages tiraillés entre le vieux continent et l’Amérique, le monde juif et le monde non-juif, la vie traditionnelle et l’existence moderne. Où l’on retrouve le souffle du grand Israël Joshua Singer ».

 

Extraits :

« Printemps :

Les grands froids avaient persisté tard dans la saison, emprisonnant champs, routes et rivières sous la glace jusqu’au début du mois d’avril. Brusquement, quelques jours avant Pessah, il s’était mis à pleuvoir à verse, des pluies torrentielles, ininterrompues, qui vous pénétraient jusqu’aux os. L’air était lourd, étouffant. Tout transpirait, fumait : la terre, les gens, les bêtes.

– Un vrai déluge, marmonnaient les femmes en regardant la terre détrempée à travers les vitres brouillées par la pluie.

Un châtiment divin. La joie promise par ce mois de nissan, premiers mois du printemps tant attendu, était balayée par les pluies.

Assis dans une pièce surchauffée, leurs vestes de mouton sur le dos, tirant nerveusement sur leurs pipes qui s’éteignaient à tout bout de champ, les paysans se faisaient du souci pour leurs blés d’hiver noyés sous l’eau. Dans les étables, les vaches prêtes à mettre bas laissaient échapper de profonds soupirs. Du fond de leurs nids dans les poulaillers, les couveuses paniquées poussaient des gloussements incessants. Cette atmosphère lourde, suffocante, gorgée d’humidité, pesait sur les créatures vivantes, bêtes ou humains, engendrant en chacun mélancolie et inquiétude ».

(…)

« Sur la tombe des parents :

[…] Pendant les huit jours que dura la traversée, nul parmi le bon millier de passagers ballotés sur l’Atlantique par le balancement incessant des vagues ne s’était senti aussi désespérément seul que mister Nathan Goldblum, l’horloger de Brownsville, parti d’Amérique pour se rendre sur la tombe de ses parents à Dembitsè, en Pologne.

– A quelle vitesse avance le bateau ? demandait-il à tout bout de champ au steward en tenue rose.

– Environ vingt nœuds à l’heure, répondait poliment le steward.

– C’est peu, disait mister Goldblum mécontent, puis il se penchait pour regarder le navire fendre lentement l’écume argentée des flots ».

(…)

« Bella Saradaci :

[…]

A Paris, dans tous les ateliers d’artistes du quartier Latin, du plus riche au plus misérable niché en sous-sol, dans tous les cafés, de la grande salle étincelante de lumière au bistrot le plus minable, les restaurateurs, les serveurs, les peintres, les réfugiés politiques, tout le monde connaissait Bella Saradaci, l’Italienne brune aux cheveux crépus venue d’Amérique.

Elle faisait partie intégrante du quartier, au même titre que les peintres célèbres et les sans-talent, les originaux et les bouffons. On la montrait aux touristes étrangers comme les autres curiosités de la ville. On la désignait du doigt, « Miss Bella Saradaci », sans rien ajouter.

– Ah ! faisaient les Anglaises qui n’osaient pas demander d’explications, et elles notaient ce nom italien inconnu dans leur journal de voyage ».

… …

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

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