Reflets a lu : Scènes de vie villageoise, Amos Oz

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 février 2018. dans La une, Littérature

Reflets a lu : Scènes de vie villageoise, Amos Oz

Amos Oz, cet immense auteur aux multiples prix prestigieux en Israël et dans le monde pour son œuvre littéraire nombreuse et passionnante, qui occupe une grande place dans mon cœur et ma bibliothèque, fait partie d’un de mes auteurs israéliens favoris. J’aime cet homme, chaleureux et d’une grande bonté, dont toute l’œuvre me réjouit, et qui plus est, est co-fondateur du mouvement La Paix maintenant, pour une paix juste et durable dans le conflit israélo-palestinien.

Quelques extraits choisis de son très beau recueil de nouvelles, Scènes de vie villageoise :

 

Extraits :

« Un air froid et humide s’engouffra dans le vestibule par la porte ouverte. A mon arrivée, il y avait déjà vingt ou vingt-cinq personnes – certaines, massées dans le hall, s’aidaient mutuellement à ôter leurs manteaux. Je fus accueilli par le brouhaha des conversations, un parfum de feu de bois, de laine mouillée et de cuisine. Almozlino, un homme de haute taille portant des lunettes munies d’un cordon, se pencha pour embrasser le docteur Gili Steiner sur les deux joues en lui enlaçant la taille :

« Tu es superbe, Gili, tout simplement superbe !

– Qui est-ce qui parle ! » répliqua-t-elle.

Korman, bonhomme rondouillard, doté d’une épaule légèrement plus haute que l’autre, nous pressa sur son cœur, Gili Steiner, Almozlino et moi :

« Je suis content de vous voir ! Vous avez vu ce qui tombe dehors ? »

A côté du porte-manteau, je croisai Edna et Joël Ribak, un couple de dentistes de cinquante-cinq ans, qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau après des années de vie commune : mêmes cheveux courts grisonnants, mêmes cou fripé et lèvres serrées.

« Il y aura des absents ce soir à cause de la tempête, constata Edna. Nous-mêmes avons failli rester à la maison, d’ailleurs.

– Qu’est-ce tu veux faire à la maison ? bougonna son mari. L’hiver nous meurtrit l’âme ».

[…]

« Je jetai mon manteau sur la pile encombrant le canapé d’une pièce attenante et me frayai un chemin jusqu’au salon. Environ trente personnes – la cinquantaine et plus – se rassemblaient chez les Levine toutes les six semaines. Chacun apportait une quiche, une salade ou un plat. On s’asseyait en cercle dans le vaste salon qui résonnait de vieilles chansons hébraïques ou russes, empreintes de nostalgie. Yohaï Blum jouait de l’accordéon, accompagné à la flûte par trois femmes d’un certain âge, installées près de lui » .

[…]

« Dahlia, la maîtresse de maison, distribuait à chacun un carnet de chansons polycopié. Abraham, son mari, nous tournait le dos, occupé à alimenter le poêle. Abraham Levine avait été mon commandant à l’époque de mon service militaire, il y a des années. Sa femme Dahlia et moi avions étudié l’histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem. Abraham était aussi taciturne et renfermé que Dahlia était soupe au lait. Je connaissais l’un et l’autre avant même qu’ils se rencontrent, et notre amitié ne s’était jamais démentie après leur mariage. C’était un lien solide qui n’avait pas besoin de démonstrations superflues ni de fréquentes visites. Nos retrouvailles étaient toujours aussi chaleureuses après un an d’absence ou plus. Mais je ne sais pour quelle raison, je n’avais jamais dormi chez eux ».

[…]

« Mon esprit s’envola vers les rues désertes, détrempées par la pluie, les noirs cyprès courbés par le vent, les lumières qui s’éteignaient les unes après les autres dans les maisons, les champs inondés et les vergers aux arbres nus. Il se passait quelque chose dans l’une des cours obscures, me semblait-il, quelque chose qui me concernait et requérait ma présence. Mais quoi ? Je n’en savais rien ».

[…]

… … …

La réponse au ki-c-ki de samedi 10 février : Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick Modiano

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

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