Reflets des arts : L’inlassable quête du Vieux Fou de dessin

Ecrit par Jean-François Vernay le 26 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Haikus, Les paysages d’Hokusai, Collectif, Le Seuil, 2017, 128 pages, 19 €

Reflets des arts : L’inlassable quête du Vieux Fou de dessin

Les tons mordorés de l’automne donnent une tonalité nostalgique à Obuse, la ville discrète pour laquelle Katsushika Hokusai (1760-1849) nourrissait une obsession au crépuscule de sa vie. À arpenter ces routes de campagne étroites qui délimitent les vergers d’Obuse, on est tout ébaudi devant une reproduction de La Grande Vague de Kanagawa (1831) en gravure couleur bronze, qui orne discrètement une plaque d’égout. Hokusai est une telle célébrité au Japon, que son ombre est partout, même dans les plus infimes détails.

On retrouvera cette grande vague en compagnie de nombreuses autres nikuhitsu ukiyoe (autrement dit, des peintures de style ukiyo-e (1)) dans Haikus, Les paysages d’Hokusai. L’estampe japonaise est le produit d’une sculpture sur un bois de cerisier qui sera par la suite enduit de couleurs pour impression sur un papier à base de moelle de mûrier. Cet art subtil qui exige à la fois maîtrise et minutie produit des œuvres lénifiantes, dont la clarté des tons invite à la médiation Zen et à la contemplation du « mystère des choses » que le « Vieux Fou de dessin » recherchait sans relâche jusqu’à un âge très avancé. Hokusai est aussi l’auteur d’une kyrielle de croquis préparatoires à son inspiration, témoignant d’un souci de perfectibilité propre à la culture japonaise qui force l’admiration.

Faut-il voir dans ces magnifiques estampes de l’ère Edo un moyen de fixer, voire de vaincre l’impermanence d’une nature mouvante ? Il me semble qu’elles sont avant tout un tribut aux éléments et aux forces de la nature. En outre, cesœuvres d’art sont ourlées de poésie grâce à un florilège de haïkus sous les plumes de Bashō, Bosha, Buson, Chiyo-Ni, Dakotsu, Issa, Jōsō, Kyorai, Masajo, Moritake, Ryokan, Ryōta, et quelques autres écrivains. Nelly Delay nous rappelle la définition de ce genre poétique : « Par sa brièveté et son évocation de l’instant, le haïku s’apparente à l’esprit des koan. Un haïku exprime une illumination passagère dans laquelle nous voyons la réalité vivante des choses » (2).

Force est de constater que ce beau-livre d’un petit format propice à devenir un vade-mecum remplit bien son office en procurant un plaisir esthétique certain aux lecteurs. Ces derniers regretteront peut-être la désacralisation des œuvres d’art qu’opère la surimpression de haïkus sur certaines pages et l’absence du titre des nikuhitsu ukiyoe. Mais ce ne sont que des broutilles face à l’enchantement esthétique auquel nous conduisent ces artistes japonais.

 

Jean-François Vernay

 

(1) Ukiyo-e signifie Image du monde flottant, une école picturale d’estampes sous la période Edo incarnée par Katsushika Hokusai

(2) Nelly Delay, Le Japon éternel (Gallimard, 1998)

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