Sidonie-Gabrielle Colette

Ecrit par Stéphanie Michineau le 20 mai 2017. dans La une, Littérature

ou la réussite stupéfiante d’une jeune Provinciale française montée à la Capitale

Sidonie-Gabrielle Colette

Bio/bibliographies sur l’auteure Colette – en deux temps – dans une perspective autofictionnelle rédigées par Stéphanie Michineau

Version courte publiée par I. Grell sur le site référencé à grande audience FB : aupiction. Org (en direct de Genève)

 

« Vie de Colette. Scandale sur scandale. Puis tout bascule et elle passe au rang d’idole. Elle achève son existence de pantomimes, d’institut de beauté, de vieille lesbienne, dans une apothéose de respectabilité… Un demi-sommeil de taupe, “une ironie lucide et profonde qu’on devine, l’espace d’un éclair dans son œil” », Jean Cocteau, extrait de Passé défini, 1953

 

La Boîte à Livres, Tours, 37

éd. centre d’étude Colette

 

Si nous avons pris le parti de citer ce fragment du journal de Jean Cocteau c’est parce que non seulement il nous semble une bonne amorce à l’ascension fulgurante d’une jeune provinciale montée à Paris, mais aussi parce qu’il laisse entendre que Colette a largement contribué à l’élaboration de sa légende.

Sidonie-Gabrielle Colette est donc née le 28 janvier 1873 dans un petit village de l’Yonne, Saint-Sauveur-en Puisaye. Elle se mariera trois fois. De sa rencontre avec son premier mari, Willy, qu’elle qualifiera plus tard de « jouteur » (1), date son installation à Paris et la parution de Claudine à L’Ecole (1900) signé du seul Willy. Le livre connut un énorme succès et sera suivi de la longue série des Claudine, toujours signé Willy. Son mariage ne tarde pas « à battre de l’aile » et Colette fréquente le milieu saphique ; elle aura une liaison avec Missy, fille du duc de Morny, marquise de Belbeuf. Leur baiser échangé et le sein dévoilé par Colette sur scène lors du mimodrame de Rêve d’Egypte suscite un scandale retentissant ! En 1907, paraît La Retraite sentimentale signé « Colette Willy », et trois ans plus tard le divorce est prononcé entre elle et Willy alors que leur mésentente est de notoriété publique.

Colette se marie une seconde fois en 1912 avec l’un des rédacteurs en chef au Matin auquel elle collabore, Henry de Jouvenel. De cette union naîtra l’année suivante Bel-gazou. Bertrand, le fils d’Henry, revient dans les années 1980 (2) sur cette période et dévoile le déniaisement sensuel auquel l’initie sa belle-mère, à l’origine de livres tels que Le Blé en herbe (1923), La Fin de Chéri (1926), mais non Chéri (1920) précédant leur rencontre.

Colette suscite l’étonnement en 1922 en revenant sur son enfance dans un très beau livre intitulé La Maison de Claudine. Il est le premier d’une trilogie rassemblant La Naissance du Jour (1928) et Sido (1930). Colette, à cette occasion, parvient au rang de classique (même si c’est un classique mineur) ; dans un premier temps, elle favorise donc la lecture pseudo-autobiographique à laquelle on réduit son œuvre…

En 1935, Colette se marie pour la troisième et dernière fois avec celui qu’elle nommera « son meilleur ami », Maurice Goudeket, alors qu’elle est progressivement immobilisée par une arthrite très douloureuse à partir de 1939.

Mais alors que les quinze dernières années de sa vie sont ponctuées par une reconnaissance unanime du public et de ses pairs (Colette est présidente de l’académie Goncourt à partir du 1er octobre 1949. Les Œuvres complètes sont publiées en quinze volumes par la maison d’édition Le Fleuron, créée par Maurice Goudeket. En 1953, elle est promue au rang de grand officier de la légion d’honneur et recevra à sa mort en 1954 des obsèques nationales), elle aura tendance à rééquilibrer la part d’imaginaire qui entre dans ses livres et notamment ceux à caractère autobiographique autrefois revendiqués comme tels, laissant le champ ouvert à un éclairage nouveau pour les lecteurs « avertis » futurs dont nous espérons faire partie !

Serge Doubrovsky qui est l’inventeur du terme d’autofiction – qu’en dernier ressort il appréhende comme une variante de l’autobiographie – considère Colette comme une pionnière illustrant sa conception : « On découvre quand même, chez Colette, un livre qui s’appelle La Naissance du jour qui a paru en 1928 et qui, à l’origine, portait sur son péritexte le sous-titre roman. Et dans le roman de Colette, La Naissance du jour, on trouve un personnage de femme âgée qui s’appelle Colette. Ensuite, on apprend qu’elle a écrit les Claudine. Bref, elle s’est mise en scène comme le personnage d’un roman écrit par Colette sur Colette » (3).

C’est dans cette perspective conceptuelle chronologiquement paradoxale que notre réflexion s’inscrit.

En effet, l’examen attentif des œuvres de Colette nous amène à les inscrire, dans leur ensemble, dans un espace autofictionnel. Ainsi, ses romans sont considérés, le plus souvent, comme des romans autobiographiques en raison d’un certain nombre de recoupements autobiographiques ; pour notre part, lorsqu’elle fait accéder les personnages féminins de premier plan au rang d’alter ego, nous y voyons des autofictions. Le cas le plus probant reste celui du cycle des Claudine où il nous semble qu’elle écrit les Claudine à l’origine comme des romans autobiographiques et que ce n’est qu’a posteriori qu’ils accèdent au rang d’autofictions. A l’inverse, les livres d’apparence autobiographique (au sens où Colette apparaît en son nom propre) ne peuvent être reconnus comme des autobiographies à part entière dans la mesure où ils reposent sur des anecdotes fictives. C’est le cas de La Naissance du Jour où le lecteur s’aperçoit à la sortie des lettres réelles de sa mère en 1953 que celles insérées dans le livre sont l’objet d’une réécriture, mais également de deux recueils Bella-Vista (1937) (4) et Chambre d’hôtel (1940). En fait, Colette n’a jamais souscrit de pacte autobiographique comme l’exige pourtant en son sein, selon Philippe Lejeune, toute autobiographie pour qu’on la reconnaisse comme telle (5).

Pourtant, des critères d’ordre structurel cette fois (tels que les topoï autobiographiques, également l’énonciation) apparentent certains textes de Colette à une autobiographie. C’est le cas pour Sido tandis qu’ils soulèvent un certain nombre de questionnements concernant La Maison de Claudine. Pourtant, Colette, c’est certain, échappe à une autobiographie au sens conventionnel du terme et pas seulement parce qu’elle est une femme et qu’eu égard au contexte social de son époque, elle écrit, à l’instar des autres femmes écrivains, des autobiographies qui diffèrent de celles des hommes. Elle fait preuve de modernité en ce qu’elle repense les codes de l’autobiographie canonique ; Trois… Six… Neuf (1944), favorisant la fragmentation et l’interstice, nous paraît de ce point de vue une « autobiographie nouvelle mouture ». Il serait donc plus juste de dire qu’elle s’inscrit dans « un espace autobiographique », n’hésitant d’ailleurs pas à souligner sa préférence pour le roman et ce pour deux raisons : elle se conforme en cela à une certaine idée de la littérature prédominante dans les années 1919-1940 avec La NRF (La Nouvelle Revue Française), mais aussi en libérant les censures, le roman lui semble plus propice à l’accession d’un moi plus authentique.

Finalement, l’originalité profonde de l’autofiction par rapport à l’autobiographie réside en ce que l’autofiction se définit essentiellement par une recherche : recherche d’un sujet presque insaisissable en son essence (à une époque où le « je » est profondément ébranlé par les théories freudiennes et ce dès le début XXe Siècle) mais aussi d’un espace-temps oscillant entre rêve et réalité, projection plus que rétrospection. Alors que Philippe Lejeune ramène dans un article récent le pacte autobiographique à la seule mention du nom propre (6), nous pensons en effet que l’autofiction a un rôle essentiel à jouer chez Colette dans la construction de soi : elle se sert de ses héroïnes comme de miroirs pour accéder à la connaissance d’elle-même voire de modèles pour se dépasser (comme Sido ou Colette-personnage dans La Naissance du Jour). Ainsi, plus que de « construction », nous proposerons le terme de « reconstruction » en ce qui la concerne. Mais cela a peu à voir avec la fictionnalisation de soi telle que V. Colonna (7) conçoit l’autofiction puisqu’elle se met à ressembler au personnage de « la grande Colette » qu’elle s’est fabriqué ! Ainsi que le supposait le principal intéressé, Serge Doubrovsky en l’occurrence, elle reste donc effectivement dans sa lignée et peut-être considérée à maints égards comme une pionnière dans ce domaine (même si elle n’est pas la seule).

 

Stéphanie Michineau

 

(1) Colette, Mes Apprentissages, Œuvres Complètes, Gallimard, Bibl. de La Pléiade, 1991, p.993.

(2) Bertrand de Jouvenel, Le Voyageur dans le siècle, Robert Laffont, 1979, pp.54-58.

(3) Alex Hugues, « Entretien avec Serge Doubrovsky, à l’occasion de la parution de Laissé pour conte, en janvier 1999 », éd. Departement of French Studies(anglais rec0mp0sé) ; 1999.

(4) sauf la nouvelle Le Rendez-vous.

(5) Philippe Lejeune, L’Autobiographie en France,  Armand Colin, 1ère édition date de 1978, la deuxième de 1998, p.17.

(6) Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, vingt-cinq ans après, in Signes vie, Paris, Le Seuil, mars 2005, p.18.

(7) Vincent Colonna, L’Autofiction (Essai sur la fictionnalisation de soi en littérature), II tomes, doctorat de l’EHESS sous la direction de Gérard Genette, 1989 (microfiches n°5650, ANRT, 1990). Cette thèse est publiée dans une version modifiée du même auteur : Autofiction & Autres mythomanies littéraires, éd. Tristam, 2004.

 

Bibliographie

Œuvres complètes

Il existe essentiellement quatre ensembles d’Œuvres :

Œuvres Complètes, en 15 volumes, Flammarion, édition dite du Fleuron, 1948-1950. Edition revue par Colette, qui rédigea un certain nombre de préfaces. En tête de chaque ouvrage, on trouve une notice bibliographique, due à Maurice Goudeket. Une bibliographie de l’œuvre de Colette et des études critiques achève le tome XV.

Œuvres Complètes, en 16 volumes, Flammarion, édition dite du Centenaire, 1973-1976. Cette édition, la plus complète à ce jour, a été augmentée de recueils posthumes rassemblés par Maurice Goudeket : Paysages et portraits, Contes des mille etun matins (tome XIII), Derniers écrits (tome XIV), et de cinq volumes de correspondance établis par Claude Pichois (Lettres à Marguerite Moreno, tome XIV), Lettresde La Vagabonde, Lettres à Hélène Picard, tome XII), Lettres au petit Corsaire et Lettres à ses pairs, tome XVI). Une version reliée de cette édition a été publiée par le Club de l’Honnête Homme.

Romans. Récits. Souvenirs, en 3 volumes, Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Françoise Burgaud.

Œuvres Complètes, en 4 volumes, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1984, 1986,1991 et 2001 sous la direction de Claude Pichois qui a préfacé chaque tome.

Textes non recueillis dans les Œuvres Complètes :

Alors qu’aucune édition ne peut à ce jour être qualifiée de vraiment « complète », nous relevons encore ces quelques ouvrages généraux regroupant un certain nombre de textes de Colette non repris dans les volumes :

– Sous le titre Au concert,Alain Galliari a édité, préfacé des chroniques musicales et dramatiques (signées Claudine en 1903, Bordeaux, éd. Le Castor Astral, Les Inattendus, 1992).

– Alain et Odette Virmaux ont publié avec Alain Brunet Colette et Le Cinéma, préface de Claude Pichois, éd. Fayard, 2004. Sont réunis dans cet ouvrage tous les textes que Colette a consacrés au cinéma : dialogues, critiques, chroniques, interviews, pendant près de quarante ans.

– La société des amis de Colette édite chaque année Les Cahiers Colette(offerts aux adhérents) regroupant des textes peu connus ou inédits de l’auteur. LesCahiers Colette sont au nombre de 30 à ce jour (nov. 2008).

Ouvrages critiques en rapport avec autobiographie/autofiction chez Colette (liste non exhaustive) :

Etudes, livres ou témoignages :

André Marie-Odile, Les Mécanismes de classification d’un écrivain, le cas de Colette, Université de Metz, Recherches Textuelles, 2000 (publication de la thèse soutenue en 1997 Comment devient-on un classique ? Le cas de Colette).

Berthu-Courtivron Marie-Françoise, Espace, demeure, écriture. La maison natale dans l’œuvre de Colette (éd Nizet, 1992) ; Mère et fille, l’enjeu du pouvoir. Essai sur les écrits autobiographiques de Colette (Genève éd. Droz, 1993) ; en collaboration avec Dugast-Portes Francine, Passion Colette, Ambivalences et paradoxes (Paris, éd. Textuel, 2004) ; Boivin Marguerite, La Maison de Claudine (plaquette), Préface de Claude Pichois (éd. Société des amis de Colette, 1999) ; Bonmariage Sylvain, Willy, Colette et moi, Colette à nu, (témoignage), réédition de 1954, avec une préface de Jean-Pierre Thiollet (éd. Anagramme, 2004) ; Caradec François, Willy, Le Père des Claudine (Fayard, 2004) ; Castillo (del) Michel, Colette, Destins de femmes, Paris, éd. Le Toit de la grande Arche, 1999 ; Colette, Une certaine France (Stock, 1999) ; Deltel Danielle, La Maison de Claudine de Colette, Une autobiographie en trompe l’œil (Université de Nanterre, thèse sous la direction de Claude Abastado, 1982) ; Dugast-Portes Francine, Colette, les Pouvoirs de l’écriture (Presses Universitaires de Rennes, 1999) ; Dupont Jacques, Colette (Hachette supérieur, coll. portraits littéraires, 1995) ; Physique de Colette, Toulouse (Presses Universitaires du Mirail, 2003) ; Hollander (d’) Paul, Colette à l’heure de Willy (éd. Klincksieck, 1988) ; Kristeva Julia, Le Génie féminin, tome III, Colette (Fayard, 2002) ; Lecarme Jacques et Lecarme-Tabone Eliane, L’Autobiographie (Armand Colin, 1999) ; Michineau Stéphanie, L’Autofiction dans l’œuvre de Colette (Publibook, 2008) ; Pichois Claude et Brunet Alain, Colette (Fallois, 1999) ; Willy, Indiscrétions et commentaires sur les Claudine (Avant propos de Pierre Varenne et Alfred Viard, éd. Pro Amicis, 1962).

Articles (idem) :

Baladier Louis, Autobiographie et fiction chez Colette (Cahiers Colette n°15, 1993) ; Berthu-Courtivron Marie-Françoise, La Mère comme dynamique de l’écriture, distanciation et identification (Cahiers Colette,n°11, 1989 ; Espace et création (Cahiers Colette, n°15, 1993) ; Castillo (del) Michel, De Jouvenel à Colette (in Avers et Revers, Cahiers Colette, n°10,1988 ; Deltel Danielle, Journal manqué, autobiographie masquée (Revue des sciences humaines,1983-4) ; La Mort dans le miroir, structure et symboles dans La Naissance du jour (in Colloque de Cerisy, Cahiers Colette, n°11, 1989 ; Assise en face de moi-même, naissance d’une écriture de soi (Cahiers Colette, n°15, 1993) ; Colette, l’autobiographie prospective (Autofictions & Cie, Cahiers RITM, 1993) ; Le Mécano du souvenir, les doublets autobiographiques chez Colette, Le Récit d’enfance (Université Paris-X, Publidix, collec. Cahiers de sémiotique textuelle, 1998) ; Ducrey Guy, Colette et la photographie (colloque Notre Colette, 2004) ; Dugast-Portes Francine, Cercles et intersections dans La Maison de Claudine (in Rétroprojections, Cahiers Colette, n°14, 1992) ; De Claudine à Gigi (in Colette, Claudine à l’Ecole et Gigi, Roman 20-50, 1997) ; Colette en images, in Agenda Colette (Mille et Une Nuits, 2001) ; Dupont Jacques, Identité et identifications dans l’œuvre de Colette, (Colette, nouvelles approches critiques, 1986) ; Naissances de Colette, (Pour Marguerite Boivin, Etudes et recherches sur Colette, 1993) ; Lecarme-Tabone Eliane, Gigi et ses sœurs, in Colette, Claudine à l’Ecole et Gigi, Roman 20-50, 1997 ; XXe siècle, existe-t-il une autobiographie des femmes ? (Magazine Littéraire, n°409, mai 2002) ; Mercier Michel, Gigi ou l’amour à sa naissance, in Colette, Claudine à l’Ecole et Gigi, Roman 20-50, 1997 ; Michineau Stéphanie, L’Autofiction dans l’œuvre de Colette, Cahiers Colette, n° 30, 2008 ; Pichois Claude, le dossier de vérité sur Chéri (Gallimard, La Pléiade, tome II, 1986) ; Rahmani-Malle Catherine, Colette en son miroir, in Le Génie Créateur (Cahiers Colette,n°15, 1995).

Site Internet sur le même sujet

http://www.amisdecolette.fr/

« Colette », « Autofiction » sur Larousse.fr

A propos de l'auteur

Stéphanie Michineau

Stéphanie Michineau

Docteure en littérature française, spécialisée dans les œuvres auto/fiction, elle est spécialiste à deux têtes : C0LETTE & Serge Doubrovsky 

 

(France ~ Amérique ). Jouissant d'être membre scientifique de nombreux colloques en France & internationaux et afin de les promouvoir (avec autres),

 

elle est actuellement auteure C. G. : Classiques Garnier, rue de la Sorbonne, à PARIS.

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