Une lecture des "Figuiers de Barbarie"

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 février 2011. dans La une, Littérature

Une lecture des



Un mot résume ce livre fascinant et si instructif : l’ambiguïté. Ambiguïté d’Omar d’abord, symbolisant l’ambiguïté du pays lui-même. Tout, en effet, est ambiguë dans sa famille : ambiguïté politique, lui pas vraiment résistant (blessé rapidement et évacué à Moscou), son père pas vraiment collabo, ambiguïté anthropologique (père aux « yeux bleus » et au « physique d’Aryen », lui « teint noiraud » et « cheveux frisés »), ambiguïté linguistique français/arabe « une langue n’est rien d’autre que l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé persister » dit-il, ambiguïté très freudienne des rapports mère/fils : Omar parle de la « relation étrange » qu’il a avec une mère dont il souligne la « sensualité affolante ». Finalement ambiguïté de la révolution elle-même. Le narrateur, en pleine déréliction, conclut : « toutes les révolutions aboutissent au même ratage, mais il faut les faire quand même ».

Ce roman est aussi une mine de renseignements – tous plus incroyables les uns que les autres – sur l’histoire : depuis les « cartes postales » de pendus que de bonnes consciences envoient, agrémentées d’un « bons baisers d’Algérie », les « enfumades » et autres « emmurades » de la conquête, jusqu’au pillage des cimetières pour fournir des ossements d’algériens (destinés à se transformer en savon !), en passant par l’improbable (mais sans doute authentique !) citation de Victor Hugo : « ce qui manque à la France en Algérie, c’est un peu de barbarie. Les Turcs allaient plus vite, plus sûrement et plus loin ; ils savaient mieux couper les têtes ».

Si l’on ajoute l’érotisme, né du désir à la fois intense et embarrassé du narrateur, qui parcourt tout le livre, on comprend sans peine le choix du jury du prix du roman arabe. En définitive, « Les figuiers de Barbarie » racontent les malaises et la culpabilité résultant d’un passé qui n’en finit pas de passer. Comme le dit le narrateur, « en fait, les guerres coloniales ne se terminent jamais ».

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Martine L

    Martine L

    05 février 2011 à 14:17 |
    Venant de commander le livre, c'est sur votre billet, JF, que je viens - laissant le texte de LML, pour après ma lecture - du coup, on a la posture étrange de l'attente, du coup d'oeil volé, par la fenêtre ; on est inquiet : vers quel ragoût va-t-on ? on est un peu excité devant ce futur cadeau ! Ce que vous me laissez imaginer, là, n'est pas mal du tout ! notamment la partie historique; j'ai bien fait de passer commande .

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  • Leon-Marc Levy

    Leon-Marc Levy

    04 février 2011 à 19:47 |
    Merci et bravo cher Jean-François pour votre billet qui complète si bien le mien. J’ai toqué Mitterrand. Vous toquez Hugo. Hugo avait sur Mitterrand une « excuse » de poids : c’était presque 100 ans avant et le colonialisme (comme l’esclavage en son temps) semblait juste un système économique !

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