Et encore deux médailles pour la France !

Ecrit par Pierre Audin le 27 août 2010. dans Mathématiques, La une

Et encore deux médailles pour la France !

Celles-ci nous viennent d’Inde. Comme les jeux olympiques, tous les quatre ans, les mathématiciens du monde entier se réunissent en congrès. Cette année, c’est en Inde, à Hyderabad. La communauté mathématique remet alors des « médailles Fields ». En général, il y a quatre lauréats : comme il n’y a pas de prix Nobel de mathématiques, c’est la récompense suprème pour les mathématiciens, et comme elle n’est décernée que tous les quatre ans, autant en donner quatre d’un coup. Si au début ce n’était pas le cas, la tradition semble bien établie. Et finalement, la France est plutôt bien classée dans cette compétition : sur 52 médaillés Fields, il y en a 11 Français, grâce aux deux de cette année, Ngo Bao Chau et Cédric Villani.

Contrairement aux prix Nobel, qui couronnent en général la fin d’une carrière brillante, les médailles Fields sont obligatoirement remises à des mathématiciens de moins de quarante ans. Ngo Bao Chau a 38 ans, Cédric Villani n’en a que 36. On prime certes quelqu’un qui a obtenu des résultats que la communauté mathématique reconnaît comme importants. Mais surtout on offre une belle carte de visite au lauréat : le prix n’est que de dix mille euros, mais toutes les portes s’ouvrent et permettent de poursuivre une carrière bien commencée.

Contrairement aux jeux olympiques, la nouvelle ne fait pas, habituellement, les gros titres des journaux en papier ou télévisés. Pourtant, même si le rapport de la population aux maths est plutôt conflictuel, chacun les a expérimentées, contrairement au biathlon ou au ski de bosses dont personne ne sait bien de quelles disciplines il s’agit.

Mais comme pour les jeux olympiques, ou comme pour le sport, le fait qu’une élite se dégage en maths, en biathlon, en natation, ce n’est malheureusement pas le signe que ces disciplines se portent bien dans notre pays. Les lauréats sont le fruit de filières sélectives. On pourrait rêver d’un enseignement de masse de la natation, des maths, du biathlon, qui permette une sélection positive sur l’ensemble de la population. Pour le sport, pour la science, pour les maths, ce n’est que du rêve, et ça ne semble pas en mesure de s’arranger.

La position si favorable de la France dans cette compétition (les USA ont 13 médaillés Fields, à peine 2 de plus que la France) serait pourtant mieux assurée par un enseignement de masse que par la formation d’une élite. En attendant, on se réjouit de l’obtention de ces médailles, et on se prend à rêver de la foule acclamant les deux Français descendant les Champs-Elysées, avec retransmission en direct sur toutes les chaînes de télévision, au rythme du « on a gagné ! » que les supporters de football ont espéré crier il n’y a pas si longtemps, et qui leur est resté dans la gorge.

A propos de l'auteur

Pierre Audin

Pierre Audin

Rédacteur

Pierre Audin, fils de son père, frère de sa soeur, professeur défroqué de mathématiques.

Médiateur scientifique au département de mathématiques du Palais de la découverte.

Site : http://audin.lautre.net

Commentaires (8)

  • Martine L.Petauton

    Martine L.Petauton

    29 août 2010 à 09:52 |
    Votre texte me parle à plus d'un titre! Ce parallèle entre maths et sports ; ce joyeux mélange entre médailles, médiatisées, moins médiatisées, est des plus revigorantes ; expérience personnelle : les deux "matières" qui me filent encore des cauchemars, les nuits de grand vent, étaient justement les maths et la gym !
    Plus sérieusement, vos médailles données en Inde, pays, s'il en fut, des maths de l'Antiquité au Moyen-Age! clin d'oeil!

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    28 août 2010 à 11:51 |
    Eh oui! Les mathématiques, c'est comme le sport de haut niveau : à 40 ans, on est déjà un ancêtre. Mais si le cerveau, en terme de performance pure, décline, l'expérience et l'âge facilitent des travaux comme la philosophie ou la littérature. Il y a des exceptions, bien sûr, notamment en poésie (cf.Rimbaud); mais, en général, les meilleures oeuvres sont celles de la maturité : Goethe écrivit son Faust à la soixantaine.

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    28 août 2010 à 08:00 |
    J'ai fait un appel d'urgence à notre Rédacteur pour qu'il efface la honte de mon front mais en vain, je suis confuse, comme il apparaît clairement dans les chiffres.
    Donc je reprends : j'en ai fait deux et les autres dans quatre ans, je pense que c'est juste cette fois.

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    27 août 2010 à 22:20 |
    Un d'avance, bien-sûr, pour l'an prochain.

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    • audin

      audin

      28 août 2010 à 08:58 |
      Ah, il est en avance pour 2014, puisque les médailles Fields ne sont remises que tous les quatre ans. Ce n'est cependant pas la seule distinction qui vaudrait un prix Nobel : il y a depuis 2003 le prix Abel, qui est annuel, et que déjà plusieurs Français ont reçu.

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    27 août 2010 à 22:17 |
    Sans la crête adéquate, on ne peut pas tout avoir, je m'autoriserai cependant, avant d'aller au lit, trois "Cloclorico" pour leur rendre hommage, discrets à cause du voisinage mais convaincus à cause de l'excellence.

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  • Philippe Spatafora

    Philippe Spatafora

    27 août 2010 à 19:58 |
    C'est sûr qu'on parle plus des frasques indignes de nos footeux que des succès de nos matheux. Mais la France du fric et du toc va bon train. Et je ne suis pas sûr que ça s'arrange bientôt.
    Merci en tout cas pour ce salut...salutaire !

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    27 août 2010 à 19:27 |
    Les médias devraient les acclamer bien plus que nos footballeurs de 98,ou nos nageurs du mois. Ngo est un brillant cerveau que nous piquent déjà les Américains. Normal,il est plein d'avenir comme Obama pour qui tout a commencé à Chicago. Au fait que fait l'Elysée?

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