Musique

Une formation à découvrir : la bande de hautbois

Ecrit par Sabine Vaillant le 06 juillet 2013. dans La une, Musique

Une formation à découvrir : la bande de hautbois

Fête de la musique, 18h30, audition de la classe de Hautbois du conservatoire pour les sept élèves de 7 à 13 ans. Enfin six, car Noémi a dû déclarer forfait, l’âme en peine.

En attendant pour Lucien, le plus jeune en l’absence de Noémi, Clémentine, Quentin, Justine, Arthur et Oriane, la tension augmente juste ce qu’il faut pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

La salle Berlioz, avec sa belle hauteur sous plafond, ses baies vitrées, son piano à queue fait le plein de solennité. Après une ultime vérification des anches, Gildas, leur professeur, enthousiaste, introduit le programme.

Aujourd’hui rien à voir avec une audition classique où les élèves présentent une pièce, « leur morceau ». Là, chacun jouera seul, à plusieurs, ou tous ensemble, en des combinaisons diverses à géométrie variable. La musique transportera les auditeurs d’un siècle à l’autre, du bout de la beauté de ses portées. Ils formeront l’espace de leur temps musical une « Bande de hautbois » reprenant une tradition du XVIIe siècle. Elle pouvait compter une centaine de hautbois.

Arthur a la délicate mission d’ouvrir cet éclectique programme avec Haydn, Duo en fa majeur, thème, variations et allegro avec son professeur au cor anglais. Haydn fut le professeur de Mozart… même Mozart a eu un professeur glisse Gildas en souriant.

Après le « La » traditionnel, la musique s’empare de l’espace et rebondit superbe sur tous les angles de la salle. Le hautbois et le cor anglais se répondent. Le public se détend, apprécie, les applaudissements crépitent.

Voyage entre Beauté et Beauté avec Michel-Ange et Rokia Traore

Ecrit par Luce Caggini le 29 juin 2013. dans La une, Arts graphiques, Musique

Voyage entre Beauté et Beauté avec Michel-Ange et Rokia Traore

« Opposant au plafond de la Chapelle Sixtine une sculpture négro africaine, Elie Faure en 1935 : C’est elle qui obéit le plus étroitement aux préoccupations rythmiques qui sont à l’origine même de l’œuvre d’art quelle que soit son apparence et sa destination. Elle est complémentaire de la danse de la musique et de l’architecture par sa forme, sa couleur, son décor symétrique, son groupement arbitraire des éléments naturels, son refus obstiné d’imitation pure et simple, sa facilité illimitée d’évocation de la réalité et du rêve confondus, elle dénonce une variation entièrement inédite dont le rythme seul constitue le véritable sujet. Elle reflète l’ordre cosmique sans même le discuter ».

Je me propose d’aller toujours plus avant dans la pensée de Elie Faure, cet amateur fou de l’art, des artistes…

Il m’a paru logique le citant et le re-citant de m’adresser à celui que Elie Faure met en cause, Michel-Ange lui-même souhaitant lui voir faire un saut et répondre à celui pour qui « vivre est encore trop peu ».

Je relis cette partie du texte de Elie Faure une fois de plus. Ce ne sera pas la dernière. A chaque relecture je revois l’unicité magnifique de l’Œuvre au plus haut d’un monument sacré, de chaque personnage, leur magnifique douceur ou leur pureté dans un jeu de lumières immergées dans une musique qui reste à inventer dans l’œuvre de Michel-Ange, le master des lignes de la vie dans des arts qui manipulent les corps sans les animer autrement que par les dimensions de la vie qui, à ma connaissance, ne réside que dans l’art des dynamiques via « antar » et « entar » dans le cartilage et l’initiation au plus profond des hommes et des femmes.

Le sourire de la Maréchale

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 21 juin 2013. dans La une, Musique

Le sourire de la Maréchale

Renée Fleming est incontestablement l’incarnation la plus parfaite que l’on puisse rêver de la Maréchale dans Le Chevalier à la rose de Richard Strauss. Musicalement, elle en est l’interprète idéale. Elle connaît toutes les redoutables subtilités de cette partition dont on n’imagine pas qu’elles aient pu jamais lui poser la moindre difficulté technique ou vocale. Sur le plan scénique, elle pose toutefois un assez grave problème : étant une des cantatrices les plus ravissantes de la scène lyrique, visage d’une fraîcheur radieuse et silhouette de mannequin, sourire désarmant de bonté et regard angélique, il faut, pour rendre crédible qu’Octavian, son jeune amant, la délaisse pour la petite Sophie, que celle-ci soit interprétée par une soprano d’une beauté et d’un charme capables de rivaliser avec cette prima dona de rêve.

Cette exigence de casting était moins impérative quand la Maréchale n’était abordée par des cantatrices chevronnées qu’après avoir épuisé tous les rôles de jeunes premières, à l’âge des rondeurs et des premières rides, pourvu que la voix fût encore pleine et souple. Renée Fleming a été une très jeune Maréchale, à trente-six ans, un âge auquel on chante encore Sophie, un âge où, effectivement, en 1911, une femme du monde devait commencer à songer à renoncer à la galanterie. Quelque vingt ans après sa prise de rôle, « la Fleming » est toujours irrésistible de beauté, de charme, d’intelligence et d’élégance et sa Maréchale nous laisse scandalisés devant l’inconstance de ce chenapan d’Octavian et son soudain béguin pour cette oie blanche de Sophie. Mais c’est bien ce qu’ont voulu Hofmannsthal et Strauss pour contrebalancer la grosse farce, le méchant vaudeville dont le personnage central est bien le baron Ochs. D’un côté la charge burlesque contre le hobereau jouisseur et vulgaire, de l’autre le drame tout en finesse aristocratique de l’adieu à la jeunesse et à ses illusions. La musique de Strauss se délecte de passer de l’un à l’autre des registres avec une adresse et une justesse qui donnent paradoxalement à cette lourde comédie, dans laquelle se joue une tragédie subtile, l’unité qui en fait un chef-d’œuvre.

Hallyday, une passion française…

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 juin 2013. dans La une, Actualité, Musique

Hallyday, une passion française…

Il ruisselait, sous des éclairages qui auraient tué plus d’un jeune, au milieu d’un son – impeccable, mais pas fait pour « nos » âges, et le sien… Hallyday, en concert. Pile 70 ans. Seigneur !

On se dit : et si on regardait un peu, en « souvenirs, souvenirs » de nos 15 ans, là-bas, à l’autre bout de l’Histoire, quand on avait des franges Beatles, collées de laque, un début de mini – le genre Cacharel, le lycée – de filles –, tous les jours, en 4ème, ou autour… Les 45 tours (les 33, quand on avait les sous) étaient colorés-pétants, comme les vieux films américains. On sortait à peine de nos poupées, pour embarquer dans la foire aux idoles. Le beau blond cranté du cheveu, habitait mon troupeau. Qu’est-ce qu’on lui trouvait, à Johnny ? Quelle question ! Qu’il était beau. Voyons ! pile comme il fallait pour notre âge de homard boutonneux attendant la mue (les photos qui défilaient au concert, d’ailleurs, le confirment), qu’il chantait – trop fort, disaient nos parents –, et qu’on en parlait sans fin avec les copines, collectionnant les « posters » de « Salut les cop ». Et puis, le temps aidant, on a bifurqué vers d’autres choix culturels, comme on dit dans Libé. Musique classique, ici, Rolling Stones, là. On a vibré ailleurs : Brel, Ferrat, et Goldman. Bref, on est parti, et on souriait avec condescendance attristée quand un sujet au J.T. nous montrait quelque pitre déguisé à pas d’âge, qui suivait encore le chapiteau de Johnny. Pourtant, un reste d’honnêteté intellectuelle nous faisait reconnaître qu’il valait tous les rites de passage générationnels, le Jean-Philippe ; on ne pouvait que s’insurger devant la marionnette des Guignols « ah que… », déplorable machine à démolir. Hallyday, un imbécile ? Avec la carrière qu’il faisait ! On sentait l’erreur. Tous les sociologues vous le diront : c’est pas un chanteur, c’est un lien social, un marqueur traversant les générations et le siècle ; un curieux trait d’union de Sylvie à Nathalie (avait mis ses lunettes dans les tribunes), jusqu’à la gamine Laetitia, toute en jeune blondeur de savonnette. C’est pas un simple chanteur, mais c’est peut-être bien un modèle de saltimbanque qui sait faire ses tours, un artiste, finalement.

Passerelles

Ecrit par Sabine Vaillant le 02 mars 2013. dans La une, Education, Musique

Passerelles

L’atelier passerelles crû 2012-2013 rassemble presque 60 élèves du conservatoire de Vincennes, de 11 à 19 ans, tous musiciens de second ou troisième cycle. Leur but ? Découvrir des répertoires non abordés en orchestre ou formation de chambre et ouvrir des pistes de travail différent… Vaste programme ! Le retour sur expérience se conclut par un concert public en fin de semestre.

L’orchestre est particulier, annonce Pierre Bluteau, l’initiateur de cet atelier. Ce ne sont pas tant ses musiciens mais l’inventaire… En ce soir glacial et lumineux de février, éclairé par un quartier de Lune généreux : trois violons, un alto, un violoncelle, deux contrebasses, six flûtes traversières, un hautbois, un saxophone, une trompette, six guitares, quatre harpes, pas moins de cinq pianistes et deux percussionnistes, invitent à embarquer sur les passerelles.

Pierre Bluteau, légèrement en retrait, la guitare sous le bras, en guise de baguette, donne simplement le rythme à l’orchestre qui démarre en toute confiance. Magique ! Souriant, il accompagne, porte ses musiciens, soutient de sa guitare un groupe puis un autre. Les notes de Ins’t she lovely de Stevie Wonder envahissent l’espace, les instruments se répondent. La musique ouvre des connexions dans le cerveau des auditeurs tandis que concentrés les musiciens tiennent les rythmes.

(Best of 2012) MUSIQUE: Jules Massenet : le centenaire

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 22 décembre 2012. dans La une, Musique

(Best of 2012) MUSIQUE: Jules Massenet : le centenaire

 

Le compositeur postromantique français Jules Massenet, né près de Saint-Etienne le 12 mai 1842, mourut à Paris le 13 août 1912. En cette année 2012, nous commémorons donc le centenaire de sa disparition. Or, il se trouve qu’il y a encore un certain « problème Massenet »… En effet, celui qui fut un des plus grands créateurs d’opéras français de la dernière partie du XIXe siècle et des tout débuts du XXe (avec Charles Gounod, Georges Bizet et quelques autres), reste encore souvent décrié, voire méprisé, dans notre pays, par un certain public de mélomanes. Ceci, alors que ce n’est le cas nulle part ailleurs chez les autres publics européens (en Allemagne, en Italie, ou en Grande-Bretagne), ni aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Latine, ou bien encore en Australie ou en Nouvelle-Zélande, voire au Japon et en Corée du Sud…

Quels sont donc les fondements de ces jugements négatifs, en France, pour le public en question ? En fait, deux points sont reprochés à Massenet : d’abord, de n’avoir su composer que des airs (on aurait dit des « arias » à l’époque baroque). Donc, à en croire ses contempteurs, il aurait été incapable de créer des ensembles et des chœurs intégrés à l’action de ses œuvres lyriques.

Debussy, "Claude de France"

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 octobre 2012. dans La une, Culture, Musique

Debussy,

En août dernier (plus précisément le 22 août), nous avons commémoré le 150ème anniversaire de la naissance de Claude Debussy (à Saint-Germain-en-Laye, non loin de Paris), grand compositeur français, parfois surnommé « Claude de France ». Bien sûr, il est très respecté et apprécié comme musicien, par exemple dans notre pays. Mais, il n’en reste pas moins qu’une partie du grand public, s’intéressant d’assez loin à la musique dite « classique », le considère presque comme un compositeur « difficile ». Et, il est vrai qu’il essaya de se démarquer un peu du postromantisme, et tout particulièrement de l’influence wagnérienne.

On trouve même, dans sa musique, des annonces de la future « modernité » du XXe siècle. Pensons ainsi à certains passages de La Mer, ou à son opéra Pelléas et Mélisande, dont la prosodie (inflexion, ton, accent, etc.) en langue française a fait fuir plus d’un amateur de musique lyrique (je veux parler ici à nouveau du grand public). La tendance globale de « Claude de France » resta pourtant assez largement liée au postromantisme wagnérien, par exemple, notamment au niveau de l’orchestration. On peut même dire qu’il voulut aller au-delà de Wagner, tout en s’appuyant immanquablement sur ce dernier (pour Pelléas et Mélisande avant tout).

Célébrations estivales : deux duos

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 29 juillet 2012. dans La une, Musique

Célébrations estivales : deux duos

Tout a commencé avec le duo soprano-alto de la cantate BWV 78 de Jean-Sébastien Bach. La ritournelle qu’égrène inlassablement l’orgue n’est pas étrangère à la jubilation que l’enfant éprouve quand les deux dames entament leur adorable conversation, dialogue que l’on suppose d’une courtoisie extrême, faute de comprendre l’allemand. On sait qu’il s’agit de célébrer le Sauveur mais ce que l’on entend est d’une telle grâce, d’une telle élégance que l’on retient surtout cette complémentarité des voix. Mais l’art de Bach – les chorals transcrits par le Cantor en portent la marque – invite l’auditeur à se mêler aux chœurs, à glisser sa voix, sa prière, entre celles des officiants. L’enfant s’en souviendra même si, ici, La prière s’est faite si sensuelle qu’on se croirait plutôt dans le Cantique des Cantiques que dans un office luthérien. Le père Bach ne fronçait pas toujours les sourcils ! Teresa Stich-Randall et Dagmar Hermann, et bien d’autres depuis, vous en feront la démonstration éloquente. On voudrait que ça ne s’arrête jamais et comme, justement, les couplets s’enchaînent assez nombreux, l’enfant a tout loisir de graver à jamais ce pur moment de joie musicale dans sa mémoire. Peut-être y entend-il la voix d’une toute jeune maman dialoguant avec sa propre mère. Peut-être le commerce éthéré des anges du paradis, ce qui est d’autant plus probant si les interprètes sont des enfants, dans la tradition de l’époque. En tout cas, s’instaure en lui la prédilection pour les duos et en particulier ceux où deux chanteurs dont les voix sont complémentaires, dont les tessitures se recouvrent partiellement (1), chantent à l’unisson ou parfois en canon, à la tierce, à la quinte ou à l’octave (2).

Jules Massenet : le centenaire

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 28 juillet 2012. dans La une, Musique

Jules Massenet : le centenaire

 

Le compositeur postromantique français Jules Massenet, né près de Saint-Etienne le 12 mai 1842, mourut à Paris le 13 août 1912. En cette année 2012, nous commémorons donc le centenaire de sa disparition. Or, il se trouve qu’il y a encore un certain « problème Massenet »… En effet, celui qui fut un des plus grands créateurs d’opéras français de la dernière partie du XIXe siècle et des tout débuts du XXe (avec Charles Gounod, Georges Bizet et quelques autres), reste encore souvent décrié, voire méprisé, dans notre pays, par un certain public de mélomanes. Ceci, alors que ce n’est le cas nulle part ailleurs chez les autres publics européens (en Allemagne, en Italie, ou en Grande-Bretagne), ni aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Latine, ou bien encore en Australie ou en Nouvelle-Zélande, voire au Japon et en Corée du Sud…

Quels sont donc les fondements de ces jugements négatifs, en France, pour le public en question ? En fait, deux points sont reprochés à Massenet : d’abord, de n’avoir su composer que des airs (on aurait dit des « arias » à l’époque baroque). Donc, à en croire ses contempteurs, il aurait été incapable de créer des ensembles et des chœurs intégrés à l’action de ses œuvres lyriques.

Célébrations estivales. 1 Contre-ut

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 14 juillet 2012. dans La une, Musique

Célébrations estivales. 1 Contre-ut

 

Kathleen Ferrier, dont on célèbre le centenaire de la naissance, était un contralto britannique dont les graves somptueusement moirés vous donnaient des frissons. Elle est morte d’un cancer à quarante et un ans. Mado Robin, dont on a oublié en 2010 de célébrer le cinquantenaire de la mort, était la soprano colorature dont la voix pouvait monter jusqu’à des hauteurs qu’aucun compositeur n’avait jamais osé inscrire sur une partition, des notes qu’aucune voix n’avait jamais chantées sur une scène d’opéra et n’a plus chantées depuis. Elle est morte d’un cancer à quarante et un ans. C’était en 1960 donc, sept ans après le décès de Kathleen Ferrier.

Je me suis souvent demandé d’où venait le plaisir que j’éprouve à entendre certaines voix, ce plaisir qui m’étreint d’une étrange émotion et me fait parfois venir les larmes aux yeux. J’espère bien ne jamais avoir la réponse qui ne peut être que prosaïquement décevante. De la chimie sans doute, des questions d’influx nerveux ou de réactions enzymatiques. Mais j’espère bien aussi ne jamais renoncer à m’interroger sur les mystères de l’art en général et de la musique en particulier.

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