Musique

Célébrations estivales. 1 Contre-ut

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 14 juillet 2012. dans La une, Musique

Célébrations estivales. 1 Contre-ut

 

Kathleen Ferrier, dont on célèbre le centenaire de la naissance, était un contralto britannique dont les graves somptueusement moirés vous donnaient des frissons. Elle est morte d’un cancer à quarante et un ans. Mado Robin, dont on a oublié en 2010 de célébrer le cinquantenaire de la mort, était la soprano colorature dont la voix pouvait monter jusqu’à des hauteurs qu’aucun compositeur n’avait jamais osé inscrire sur une partition, des notes qu’aucune voix n’avait jamais chantées sur une scène d’opéra et n’a plus chantées depuis. Elle est morte d’un cancer à quarante et un ans. C’était en 1960 donc, sept ans après le décès de Kathleen Ferrier.

Je me suis souvent demandé d’où venait le plaisir que j’éprouve à entendre certaines voix, ce plaisir qui m’étreint d’une étrange émotion et me fait parfois venir les larmes aux yeux. J’espère bien ne jamais avoir la réponse qui ne peut être que prosaïquement décevante. De la chimie sans doute, des questions d’influx nerveux ou de réactions enzymatiques. Mais j’espère bien aussi ne jamais renoncer à m’interroger sur les mystères de l’art en général et de la musique en particulier.

Le mystère Kathleen Ferrier

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 30 juin 2012. dans La une, Culture, Musique

Le mystère Kathleen Ferrier

 

Il est d’usage, lorsqu’on cite l’article publié par un ami de le qualifier d’excellent (l’article ou l’ami ou les deux si on ne craint pas les répétitions). Celui que Jean-Luc Lamouché, non moins excellent chroniqueur dans ces colonnes, consacre à Kathleen Ferrier dans Tutti-Magazine, mérite bien ce qualificatif mais je dois en outre lui reconnaître de m’avoir éclairé sur un mystère qui taraudait ma conscience de mélomane.

J’ai toujours eu des réserves quant à l’admiration universelle dont est entouré l’art de Kathleen Ferrier. Soyons plus précis : l’art de la grande contralto n’est pas en cause et, en tout cas, ce n’est pas à un simple mélomane d’en juger quand les plus grands musiciens, interprètes et compositeurs réunis, l’ont célébré comme exceptionnel. Reste la voix et là, mes préventions peuvent éventuellement avoir droit de cité. Je n’aime pas toujours, pas inconditionnellement, si vous préférez, la voix de Kathleen Ferrier. C’est scandaleux, je le sais, mais j’en revendique le droit. Je trouve cette voix somptueuse dans la Rhapsodie pour contralto de Brahms qui est, par ailleurs, un des joyaux de la musique. Je la tiens pour idéale dans le rôle d’Orphée tel que l’a conçu Gluck (quand on a la patience de savourer les très répétitives beautés de cet opéra) mais je n’aime pas Kathleen Ferrier dans Le Chant de la Terre, fût-ce là l’interprétation de référence absolue.

Le plus célèbre des barytons

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 26 mai 2012. dans La une, Musique

Le plus célèbre des barytons

La mort de Dietrich Fischer-Dieskau à l’âge de 86 ans est un de ces événements « normaux » qui vous laissent pendant quelques jours un petit pincement au cœur avant que l’on s’habitue à l’idée très banale d’un panthéon des artistes où le célèbre baryton aurait désormais sa place attitrée pour l’éternité. L’éternité ? Disons deux ou trois générations de mélomanes et puis, à terme, le privilège d’être cité par quelques spécialistes de la musique classique occidentale du vingtième siècle qui se feront mousser à bon compte avec ce nom si mélodieusement articulé. Et d’ailleurs « célèbre baryton » ? Certes, on peut même avancer qu’il est le plus célèbre des barytons mais il n’est célèbre que pour ceux qui ont une idée précise de ce qu’est un baryton. Quel pourcentage de la population ? Je n’ose avancer un nombre à deux chiffres de peur qu’il soit trop élevé. La mondialisation n’efface pas la fragmentation des cultures. On annonce aujourd’hui le décès de Robin Gibb, le célèbre chanteur des Bee Gees. Je découvre son nom sinon celui de son groupe dont j’ai probablement derrière l’oreille quelques bribes de souvenirs d’un des deux cents millions de disques qu’ils avaient vendus. Combien pour Fischer-Dieskau ? Peut-être cent fois moins ce qui est déjà énorme. En tout cas, « l’avantage » de cette disparition est que l’on va rééditer les disques épuisés, graver des bandes inédites, publier des biographies, compiler des intégrales… Voici donc une affaire classée.

Entretien avec Yves Jamait

Ecrit par Christelle Angano le 26 mai 2012. dans La une, Musique

Entretien avec Yves Jamait

 

Nous sommes en 2001 quand pour la première fois, j’entends Yves Jamait à la radio. Il interprète Dimanche. Evidemment, je rate le nom de l’auteur, et le titre de la chanson ! Et puis quelques jours plus tard, je retrouve cette voix, chez Patrick Sébastien. Et toujours cette chanson. Comme la première fois, elle me prend aux tripes et me laisse sans voix, les larmes aux yeux et au ventre aussi. Toutes ces émotions qui font se sentir vivant. Découvrir l’univers d’Yves Jamait m’a fait du bien, parce que je me sentais « orpheline » de la chanson française. Je… m’encroûtais.

Oh, bien sûr, je continuais d’aimer ceux qui m’enchantent depuis longtemps et qui n’ont jamais cessé de le faire, Le Forestier, Aznavour, Mitchell, Brel, Ferré, et tant d’autres… mais j’attendais.

Et puis Yves Jamait est arrivé, comme ça, sans s’presser !

Un coup de cœur, un coup de foudre, une révélation.

Fifteen hours in the lobby, Chaek, sans pévisions ?

Ecrit par Patrick Agostini le 20 avril 2012. dans La une, Musique

Fifteen hours in the lobby, Chaek, sans pévisions ?

L’avait-il prévu, ce retournement, ce regard inside et lointain, cet abîme revisité, cette beauté aussi spectrale que proche à l’oreille, païenne, tendue entre clair-obscur, entre pères et fils ou tous les enfants du monde… La question brûle : s’est-il surpris de cela ?

"Fifteen Hours in the Lobby".

On peut se demander ce que l’homme tentaculaire doit à sa dame araignée… Où en est l’étrange filiation ? Qui finalement a dévoré l’autre ? Et s’ils allaient de pair, alliés dans le berceau de la toile tissée, s’ils venaient à nous, simplement avec la paix dans l’âme, la paix dans l’homme ? Qu’en est-il des affres excommunicatoires hurlées à la face du monde, blessures jetées, projetées, ne lui déplaise, du double tranchant de cordes saturées, à l’extérieur, sillet tumultiforme et riffs incendiaires, à l’intérieur, glotte tendue de barbelés, âpres sanguines bouleversées bouleversantes; béances, impérieuses et vertigineuses ? Aujourd’hui Cheikh Yussufa Sylla met comme toutes les sylla…bes à son nom et dans le spectre de sa voix !

"Fifteen Hours in the Lobby"

Cet opus intime, Cheak le sort, en entrant, en lui, comme un voyage au tréfonds qu’il nous livre avec délicaresse, comme un bouquet d'pleurs du désert, un road movie pas si peinard, de Jim Jarmusch à Martin Luther King.

Quand la musique murmure au creux de l'âme

Ecrit par Sabine Vaillant le 10 février 2012. dans La une, Musique

Quand la musique murmure au creux de l'âme

 

La salle de cours est juste face au couloir, pas de doute pour Quentin. Il frappe, c’est l’heure. Après un bonjour rapide, Quentin prépare hautbois, partitions et carnet. Il attend en écoutant Oriane du coin de l’oreille calée bien au chaud sous ses cheveux bouclés. Elle termine son premier cycle de hautbois au conservatoire et joue déjà très bien.

Quand son tour arrive, ses yeux clairs et rieurs se tournent vers le professeur. Le dialogue s’instaure avec des mots de tous les jours pour saisir l’humeur du moment. Puis le test du hautbois par Gildas et le rituel : – c’est à toi, un « La » !

Le hautbois donne le « La » à l’orchestre. Quentin pourrait, pourquoi pas, sans tirer des plans sur la comète, s’acquitter de cette délicate mission un jour, comme lui rappelle en souriant son professeur. En tous cas, au moins pour l’orchestre à vents du conservatoire d’ici quelques temps.

 

D'Amédée à Mallock

Ecrit par Christelle Angano le 27 janvier 2012. dans La une, Arts graphiques, Musique

D'Amédée à Mallock

 

Partons à la rencontre d’Amédée Mallock.

Vous le présenter n’est pas chose facile.

Par quoi je commence ? C’est LA question…

Véritable autodidacte, Mallock est avant tout un personnage à facettes, multiple.

Il y a l’écrivain (A Mallock est un pseudo), le photographe, le peintre, et enfin, le musicien.

Par quoi je commence ?

Avant tout, Mallock, c’est un air des Beatles, une musique et une ambiance qui fleurent bon une certaine nostalgie, mais sans jamais tomber dans la « vieux schnock attitude ». Parce-que Mallock est aussi infiniment moderne ; il suffit de visiter son site, pour s’en persuader.

La Poissonnerie : Festival nuit d'hiver 9

Ecrit par La Rédaction le 25 novembre 2011. dans La une, Arts graphiques, Musique

La Poissonnerie : Festival nuit d'hiver 9

 

FESTIVAL NUIT D’HIVER 9

PSYCHÉ IDYLLIQUES

MARSEILLE


8-21DÉCEMBRE 2011


Concerts / Performances / Projections / Rencontres


lieu d'exposition pour l'art actuel, L'Embobineuse,

Médiathèque de Miramas, Bar Le Terminus, Galerie La Poissonnerie, GMEM - Centre national de Création Musicale, Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale L'Alcazar, La Compagnie, La Courroie...

Musique de la présence

Ecrit par Didier Ayres le 21 octobre 2011. dans La une, Musique

Musique de la présence

(allocution présentée aux 13èmes Journées poétiques de Strasbourg)


I

C'est dans la musique que la musique se trouve.


La musique, pétrifiée dans sa propre disparition. Inexistante car intangible et cependant perçue, non tactile, faite de peu de poids. Juste un emportement. Qui fait mourir l’instant. Qui l’abolit. Qui l’envahit et le sature. Justement parce qu’elle n’est faite d’aucune matière –même si l’on compte l’orchestre, les musiciens, les instruments, qui sont des points d’appui mais pas la musique. Une dilatation. Un art qui supplante le temps, l’instant, qui défait la continuité, le continuum, qui s’engendre par son propre allant. L’art musical persiste au-dedans même de ce qui le fait mourir. Il engendre le beau par sa disparition. C’est l’art inaltérable de l’écart, de l’intervalle, du saut. Il n’y a rien de tranquille, d’apaisement dans la musique ; non, elle est une anxiété, une inquiétude qui se répondant, se défait et se tarit, s’estompe. Car elle persiste au-delà du morceau, de la section de la portée.

Mélomane, Bernard Pignero

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 octobre 2011. dans La une, Littérature, Musique

Mélomane, Bernard Pignero

 

C’est une douce et belle promenade, parfois un peu mélancolique, au pays étrange et peu connu de beaucoup d’entre nous, l’opéra. Le héros – un Alain, un brin comme vous et moi, mais aussi complètement habité par sa passion – nous lance d’entrée sur la fausse piste de la Castafiore, façon Tintin de nos enfances, un poil caricature du « Faust » de Gounod, aussi : « je ris de me voir si belle… ». Piège habile, puisque, aussitôt, c’est pour mieux nous basculer dans le quotidien, tout ce qu’il y a de plus actuel d’une Aurora Bassani – ou bien dans votre imaginaire – Cecilia Bartoli ou Renée Fleming ; choix non exhaustif. Jeune, on a envie de dire, bien vivante « jeans, t-shirt, elle portait des baskets… et des cheveux courts » ; pour autant « elle est la dernière Prima Donna Assoluta de l’histoire de la musique ; des voix comme la sienne sont rarissimes, deux ou trois par siècle, tout au plus… race des Callas, Lotte Lehman ou Christa Ludwig »… et nous, du coup, de voyager dans cet univers qui intéresse, de même qu’on se passionne pour les us et coutumes des gnous et autres guépards des savanes africaines. Voyage en pays étranger ; regards curieux : Une diva, comment ça marche ?


<<  1 2 3 4 [56 7  >>