Musique

Vocation

Ecrit par Eric Eymard le 25 octobre 2010. dans Souvenirs, La une, Musique

Vocation

À 5 ans, j’avais pour curieuse habitude de m’intéresser aux disques en vinyle de mon père.

Je pénétrais dans l’immense bureau, m’asseyais devant les colonnes cubiques disposées un peu partout sur le sol et sortais les galettes noires de leurs emballages colorées. Libérant ainsi Frédéric Chopin ou Jean Sébastien Bach de l’étreinte pesante d’un Fats Waller ou d'un Big Sid Catlett.

Je me contentais de reconstituer les piles en disposant les disques nus les uns sur les autres, soucieux, peut-être, de retrouver la ronde apparence qui sied à toute colonne digne de ce nom.

L’exercice s’arrêtait là.

Les enfants de 5 ans ont parfois d’étranges lubies.

Hommage posthume

Ecrit par Sana Guessous le 20 octobre 2010. dans La une, Média/Web, Musique

Hommage posthume

Tête-à-tête. Ça commence plutôt mal. L’homme est hargneux. Pleurard. Diaporama de bêlements et de contorsions. Poilant.  »Immonde. Immonde, cette… pppppouffiasse. Me voir me tordre de douleur, pour elle c’est l’pied. Fais pas semblant d’comprendre. N’essaie même pas. Ecoute-moi, juste. » Adhésion métallique du menton. Pourvu qu’il ne m’entende pas grincer de la mâchoire. Éclat de rire homérique évité de justesse. J’évacue comme je peux. Un catalogue de mimiques indulgentes se déroule lentement.

« L’amour, c’est un sentiment. » Ah ouais. « J’arrête pas d’lui dire à cette salope. De m’le filer quand j’lui demande. Sans discuter. Je suis en feu, le désir monte, j’en peux plus, dis quelque chose ! » Énorme. Énormissime. Je débobine tous les clichés de l’humanité. Il hoche tristement la tête, comme pour me plaindre. Mais ma trivialité le rassure, le met en confiance. Éclat de grandiloquence sentimentale : « Pétasse, oui, mais perle tout d’même. Perle avant tout. Son amour est tellement… complet, tellement exhaustif. Une encyclopédie d’émotions ! »

Musique : Génération 1810

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 15 octobre 2010. dans La une, Musique

Musique : Génération 1810

2010 est une date importante pour l'histoire de la musique, puisque nous célébrons cette année le bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et celle de Robert Schumann. Sans oublier que 2011 nous permettra de faire de même pour Franz Liszt, et que 2009 avait placé - pour nous -  Félix Mendelssohn dans la même situation.

Le point commun entre ces quatre grands compositeurs réside en ce qu'ils ont représenté une véritable "vague Romantique", à partir des années 1830-1840, prolongeant - dans des domaines différents - le romantisme musical qui avait été inauguré par Beethoven et Schubert notamment.

Pourquoi commencer par Frédéric Chopin (1810-1849) ?

La Leçon de musique

Ecrit par Sabine Vaillant le 15 octobre 2010. dans La une, Musique

La Leçon de musique

C'est l'heure ! Une main encore petite frappe discrètement à la porte. Pas de réponses... Plus affirmée la main relance sa demande. – Entrez ! répond une voix assourdie qui semble venir de très loin. Une porte, le cœur bat, une autre, le rythme cardiaque s'accélère.

Une raie de lumière, quelques notes de musique s'échappent. La silhouette élégante et vernie d'un piano se dessine furtivement.

- Bonjour, mais entre donc !

L'élève précédente est là avec sa mère et... le nouveau professeur.

- Tu es... Quentin ?

- Oui répond l'intéressé dans un sourire lumineux.

- Alors installe toi.

Y EUT-IL UNE IDEOLOGIE WAGNERIENNE ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 24 septembre 2010. dans La une, Musique

Y EUT-IL UNE IDEOLOGIE WAGNERIENNE ?

Un premier point peu connu réside d'abord dans le fait que le jeune Wagner, jusque vers 1849-1850, était influencé par une pensée « socialiste libertaire ». Comment ne pas signaler qu'il participa au mouvement révolutionnaire allemand, à Dresde, en 1848, lors du « Printemps des Peuples », et ceci jusqu'à l'écrasement de celui-la (en 1849) par les troupes saxonnes et prussiennes ? A cette époque, il était d'ailleurs l'ami de l'anarchiste russe Bakounine. Faut-il voir là uniquement, pour lui, une façon de réagir au fait que son génie n'était pas encore, à cette époque, vraiment couronné de succès (malgré les compositions de ses premières grandes œuvres lyriques : « Le Vaisseau Fantôme », « Tannhaüser » et « Lohengrin »), après la réussite de « Rienzi » ? En tout cas, il dut s'exiler, d'abord à Paris, puis à Zurich, étant recherché comme « révolutionnaire » !

Plus connus sont évidemment les positionnements de Wagner à partir de sa maturité, puis de sa vieillesse, que ce soit l'antisémitisme ou le monarchisme nationaliste. Même si l'antisémitisme était un phénomène extrêmement répandu à cette époque (pas seulement en Allemagne), ce qui n'excuse en rien les écrits de Wagner, comment oublier, par exemple, son essai : « Le judaïsme dans la musique » ?! Comment ignorer, dans ce cadre, ses attaques contre Mendelssohn et Meyerbeer ?! Mais, comme Wagner est souvent insaisissable, il faut aussi dire que des musiciens juifs vivant à son époque, tels que Hermann Levi (chef d'orchestre), Joseph Rubinstein (pianiste), ou Arnold Schoenberg (compositeur admirateur de Wagner et principal fondateur de la musique atonale), ont toujours soutenu le « mage de Bayreuth »... ! Quant au monarchisme nationaliste du compositeur vieillissant, il se rattache davantage aux racines du pangermanisme qu'à son amitié avec Louis II de Bavière, ce dernier lui ayant surtout permis de pouvoir subvenir largement à ses besoins dispendieux et de faire construire son grand théâtre (sorte de  « temple ») pour représenter ses opéras à Bayreuth.

Traitons à présent des aspects éventuellement « idéologiques » de l'œuvre lyrique wagnérienne. Sur le plan politique, celui qui se voulait « le nouvel Eschyle » (Bayreuth équivalent, pour lui, au théâtre d'  Epidaure) considérait son œuvre - en ce lieu - comme un ensemble de cérémonies civiques de type athénien antique, à contenu philosophique, puis quasiment religieux. D'où - sans doute - son amitié/haine avec Nietzsche, qui rejeta « Parsifal », le grand philosophe reprochant au compositeur de s'être, avec cet opéra, « agenouillé devant le crucifix » (dixit), et d'avoir rompu avec leurs « fêtes dionysiaques ». L'amitié admirative pour Wagner (avec « La naissance de la tragédie ») se transforma alors en rejet, voire en haine (dans « Le cas Wagner ») ; admiration (réciproque), puis véritable rejet ! C'est essentiellement au sein de la « Tétralogie » que l'on pourrait trouver (mais pas forcément sur le plan politique) la vision d'une hiérarchie raciale (ou sociale ?), avec les Dieux, les Héros, les hommes, et les gnomes ou sortes de nains (les Nibelungen). Il ne faut pas être un grand analyste pour voir ce que les nazis purent utiliser, instrumentaliser, dans le contenu de ces mythes germaniques ; j'y reviendrai. Au niveau religieux, c'est bien avec « Parsifal » que Wagner voulut couronner son œuvre. L'évolution du « Maître » fut la suivante depuis les années 1840 : l'Histoire (« Rienzi »), les Légendes (« Le Vaisseau fantôme », « Lohengrin, « Tannhäuser, « Tristan et Isolde »), les Mythes (la « Tétralogie »), puis la Religion (« Parsifal »). Comme nous le savons, Wagner considérait « Parsifal » (son testament musical) en tant que « Festival d'art scénique sacré ». D'ailleurs, certains wagnérophiles vivent encore cette œuvre mystique comme « une messe » ! Et je voudrais rappeler que l'on ne doit pas applaudir à la fin de l'Acte I de cet opéra dans le « temple » de Bayreuth (en raison de l'initiation à venir du personnage de Parsifal). J'ajoute une précision qui me semble intéressante : avant cette oeuvre, Wagner avait envisagé de composer unepartition lyrique à caractères bouddhistes marqués, qui se serait appelée « Les Vainqueurs ».

 

De l'informel à l'informulé

Ecrit par Ariana Strauss le 20 septembre 2010. dans Philosophie, La une, Musique

De l'informel à l'informulé

Flashback

 

De l’aube de la philosophie à cette première moitié de 20ème siècle, avait-on déjà osé penser la musique ? Quand, à quel moment, où un philosophe avait-il eu outre les connaissances et l’âme suffisamment musicale, le courage de s’engager dans ces entrelacs sonores d’impensable impensé apparent à la "raison", cette chose qui ne se manifeste que par échappée et ne cesse de s’inscrire fuyante à la(p) préhension, matière, matériau, fonctionnement, architectonie, rapport à la perception au langage et à l’être, tout entendu ?

Certes, outre la transition Nietzsche qui ne pense pas encore la musique mais musicalement, il y eut bien, ici ou là, quelques balbutiements autour de la musique ou plus exactement du vague d’un sujet face à la musique, reposant sempiternellement sur les mêmes questions hors-lieu, mais jamais d’immersion et dégagement d’une véritable problématique avant TW Adorno.

Wagner, un compositeur "bruyant" ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 11 septembre 2010. dans La une, Musique

Wagner, un compositeur

Tout le monde connaît le compositeur allemand Richard Wagner (1813-1883) - dont on va célébrer le centenaire de la naissance dans moins de trois ans -, soit pour l'encenser, soit pour le rejeter avec la plus grande énergie, et ceci pour de multiples raisons. D'abord artistiques pour certaines et ensuite quasi idéologiques pour d'autres, des contempteurs n'hésitant pas à en faire même carrément le précurseur de l'esthétique nazie… !

Il y a - on le sait - des wagnérophobes, qui fuient à la première mesure de musique wagnérienne, même lorsqu'un Daniel Barenboim, grand chef d'orchestre argentin, ayant aussi les nationalités israélienne (il est juif) et espagnole, plus un passeport palestinien (!), a voulu jouer du Wagner à Bayreuth et même à Tel-Aviv ! …, au grand dam des intégristes et de certains nationalistes locaux.

De la même façon, il y a un public wagnérophile ultra, quasi pathologique, qui n'accepte, dans le domaine de l'opéra (Wagner en a composé onze), QUE les œuvres du maître de Bayreuth… !

Baroque...and Roll

Ecrit par Léon-Marc Levy le 10 juillet 2010. dans Musique

Baroque...and Roll

Je sors, « sonné » de plaisir, de l’écoute du dernier CD de Cecilia Bartoli, avec le Giardino Armonico. Ca s’appelle « Sacrificium ». C’est un récital d’œuvres réservées au XVIIIème siècle vénitien, aux castrats.

Il se passe décidément quelque chose dans la Musique Baroque. De tous les genres musicaux dits « classiques », le Baroque (période couvrant environ 1600-1750)  est celui qui a suscité, depuis quelques décennies, le plus de révolutions radicales en termes d’interprétation. Depuis les années 70. La démonstration la plus claire en est l’écoute comparative de la « scie » du genre, le sempiternel « Quatre Saisons » d’Antonio VIVALDI. Version « I Solisti Veneti » 1970, vous avez la musique d’attente de votre téléphone, ou le bruit de fond qui accompagne vos courses au supermarché. C’est mélodieux, mollasson, linéaire. Pas désagréable du tout, mais joué comme du classique ou du romantique. Ecoutez les dernières versions ! Giuliano Carmignola par exemple : le souffle de l’Enfer, les grondements du « tremoto », les flammes dévorantes, les glaces du Pôle Nord, les brumes de la Lagune. Tout y passe, de l’allégresse délirante à la plus profonde méditation sur la condition humaine.

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