1967 : Les Beatles et « Sgt Pepper »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 août 2017. dans La une, Musique

1967 : Les Beatles et « Sgt Pepper »

Nous sommes – au moment où j’écris ces lignes – en août 2017. Or, il y a 50 ans – eh oui… 50 ans déjà… ! – que l’année 1967 correspondit à la sortie du célèbre album des Beatles, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, qui révolutionna véritablement le domaine et les horizons de la musique pop et trôna pendant des années et des années en haut des hit-parades – ce que l’on appelle les « charts » dans les pays anglo-saxons (Grande-Bretagne et Etats-Unis). Un sacré anniversaire, donc… ! Mais, en quoi cet album – absolument pas comme les autres, voire unique pour l’époque – consistait-il et pourquoi parler à son sujet de révolution ? C’est à ces questions que je vais essayer maintenant de répondre dans le cadre de cet article.

Quelques mots tout d’abord à propos de la publication de l’album original, qui intervint précisément – pour la première édition – le 1er juin 1967 en Grande-Bretagne et en France, et le 2 juin 1967 aux Etats-Unis et au Canada. Il fut enregistré du 6 décembre 1966 au 21 avril 1967, notamment dans les studios EMI de Londres. En Grande-Bretagne et en France, la sortie en eut lieu sous le fameux label Parlophone tandis qu’aux Etats-Unis et au Canada il s’agissait de Capitol. La pochette révolutionnaire de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est l’une des plus célèbres de l’histoire de la musique. Je vais tenter maintenant de vous dire en quoi ce terme de « révolutionnaire » n’était, pour l’époque, absolument pas exagéré.

Il y avait le montage très élaboré de la photo de couverture, la photographie des Beatles s’étalant sur les deux à-plats intérieurs, le visuel du verso de la couverture avec les paroles des chansons, et enfin une planche à découper (avec une seule face) insérée dans ladite pochette. La couverture de celle-ci présentait un visuel se décomposant en trois plans. Le premier était constitué principalement d’un massif de fleurs dans lequel se trouvait inséré un assemblage d’objets (plantes vertes, instruments de musique, figurines, etc.). Le deuxième représentait la présence des quatre Beatles accompagnés de mannequins en cire, etc. Le dernier correspondait à un assemblage sur plusieurs rangées de découpes grandeur nature d’une cinquantaine de portraits de personnages plus ou moins célèbres, ainsi qu’un palmier artificiel. Au centre se trouvaient les Beatles, chacun vêtu d’un uniforme de parade d’une couleur différente, se tenant debout, réunis derrière une grosse caisse de fanfare militaire, sur la peau de laquelle figurait le titre de l’album. A leurs pieds, au milieu du massif paysager, des jacinthes rouges formaient le mot « Beatles » en lettres capitales. Cette pochette présentait une vraie rupture avec les précédents albums du groupe, car ici chaque Beatle avait sa propre coiffure, son propre costume, sa propre identité. Chacun des membres du groupe portait la moustache. Le contraste était accentué par la présence, à leurs côtés, de statues de cire en habits sombres – tels qu’on pouvait les voir dans un musée de Londres – à l’effigie des « anciens Beatles »…

Cet album avait été conçu comme étant celui du groupe du « Sergeant Pepper », et non des Beatles. Ce très fort décalage, à la fois avec ce que les Beatles avaient été, et entre les membres eux-mêmes, fut d’ailleurs vu par certains de leurs fans comme l’annonce d’une rupture proche, qui n’intervint pourtant que trois ans plus tard. Il ne s’agit pas ici d’un photomontage, mais bien de la photo du groupe au milieu d’une assemblée de silhouettes en carton découpées et imprimées grandeur nature, de statues, d’objets, etc. La réalisation de la pochette nécessita donc un travail de composition important, dû à Peter Blake (l’un des pères du pop art) et à Jann Haworth (alors son épouse), initiée indirectement aux techniques cinématographiques. La préparation du décor nécessita deux semaines de travail. Le graphiste britannique Gene Mahon procéda au montage des agrandissements photo. La session de photos elle-même dura pendant plusieurs heures, le 30 mars 1967. Le coût final de cette pochette s’éleva à environ cent fois celui habituel de ce type de productions, à cette l’époque…

Une autre particularité de ce visuel résida dans la quantité et la diversité des personnages que l’on pouvait voir aux côtés et derrière les Beatles. En effet, la pochette se présentait comme un véritable « portrait de famille » sur lequel apparaissaient les personnages à qui les Fab Four voulaient rendre un hommage particulier ; des individualités « sans qui les Beatles n’auraient pas été les Beatles »… Ainsi, on y retrouvait tout en haut le portrait d’Edgar Allan Poe (à qui il fut plus tard fait référence dans les paroles du titre I Am the Walrus), ou encore Bob Dylan (admiré par le groupe et qui leur avait fait découvrir la marijuana lors de leur tournée américaine de l’été 1964), et Lewis Carroll (dont les écrits inspirèrent la rédaction des paroles de Lucy in the Sky with Diamonds). Pourtant, John Lennon et Paul McCartney ne soumirent en tout qu’une vingtaine de personnages, George Harrison six (dont quatre furent retenus), tandis que Ringo Starr ne fit aucune proposition… Le reste des personnages avait été choisi notamment par Blake et Haworth. Assez curieusement, Elvis Presley (une présence qui aurait été jugée comme trop importante d’après McCartney), Little Richard, Chuck Berry, ou Buddy Holly, pionniers du rock’n’roll et influences majeures du groupe, n’y figuraient pas. A l’instar de celle de leur précédent album, Revolver, dont la publication avait eu lieu l’année précédente, la pochette de Sgt. Pepper’s… reçut le prix Grammy dans la catégorie arts graphiques.

Au total, le minutage des titres, souvent soudés (sans coupures) les uns aux autres (une nouveauté pour l’époque) se situait à environ 40 minutes, pour un disque 33 tours vinyle particulièrement soigné, comme je l’ai déjà montré ci-dessus. Il faut à présent rappeler quelle était la liste des titres qui avaient été retenus pour l’album original, puis signaler les nouveautés incluses pour l’édition collector liée au 50ème anniversaire de la sortie du disque en juin 1967. Pour l’édition originale, il convient d’abord de dire que toutes les chansons furent composées par John Lennon et Paul McCartney, sauf mention contraire… En Face A : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ; With a Little Help from my Friends ; Lucy in the Sky with Diamonds ; Getting Better ; Fixing a Hole ; She’s Leaving Home ; Being for the Benefit of Mr. Kite !… En Face B : Within You Without You (de George Harrison) ; When I’m Sixty-Four ; Lovely Rita ; Good Morning Good Morning ; Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (reprise) ; A day in the Life. Quant à l’édition du 50ème anniversaire, on y trouve des versions remixées 2017 des titres originaux, des versions alternatives (dans l’ordre de l’album original), les enregistrements inclus des titres Strawberry Fields Forever et Penny Lane, et enfin un DVD plus un Blu-ray de Making Of. Sgt. Pepper’s… figura ultérieurement à la première place dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps, selon le célèbre magazine consacré aux musiques rock et pop (etc.) Rolling Stone.

Il est incontestable que par son retentissement, la façon dont il révolutionna l’industrie du disque, sa durée de présence en haut des hit-parades, et par la force avec laquelle il avait su saisir l’air de son temps, Sgt. Pepper’s… reste encore à ce jour la pierre de touche de l’histoire de la musique populaire pour la seconde moitié du XXe siècle. Les créateurs les plus importants en furent John Lennon et Paul McCartney, mais aussi, au niveau des arrangements et de certaines techniques (comme le travail sur bandes magnétiques), George Martin, que l’on surnomma « le cinquième Beatle », et qui venait de la musique classique d’époque baroque…

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

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