Jules Massenet : le centenaire

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 28 juillet 2012. dans La une, Musique

Jules Massenet : le centenaire

 

Le compositeur postromantique français Jules Massenet, né près de Saint-Etienne le 12 mai 1842, mourut à Paris le 13 août 1912. En cette année 2012, nous commémorons donc le centenaire de sa disparition. Or, il se trouve qu’il y a encore un certain « problème Massenet »… En effet, celui qui fut un des plus grands créateurs d’opéras français de la dernière partie du XIXe siècle et des tout débuts du XXe (avec Charles Gounod, Georges Bizet et quelques autres), reste encore souvent décrié, voire méprisé, dans notre pays, par un certain public de mélomanes. Ceci, alors que ce n’est le cas nulle part ailleurs chez les autres publics européens (en Allemagne, en Italie, ou en Grande-Bretagne), ni aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Latine, ou bien encore en Australie ou en Nouvelle-Zélande, voire au Japon et en Corée du Sud…

Quels sont donc les fondements de ces jugements négatifs, en France, pour le public en question ? En fait, deux points sont reprochés à Massenet : d’abord, de n’avoir su composer que des airs (on aurait dit des « arias » à l’époque baroque). Donc, à en croire ses contempteurs, il aurait été incapable de créer des ensembles et des chœurs intégrés à l’action de ses œuvres lyriques.

Ceci est évidemment faux (en partie, tout au moins), lorsqu’on se donne la peine d’approfondir les connaissances que l’on peut avoir des partitions du compositeur : il suffit, par exemple, d’écouter l’intégrale de son opéra – qui n’est certes pas (malheureusement) le plus connu – Esclarmonde (d’influence wagnérienne) pour s’en rendre compte. Ensuite, ce même public lui reproche les aspects « mièvres » des paroles des livrets de ses créations opératiques. Admettons… ! Mais alors, par exemple, est-ce si différent chez Gounod ? Le « Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps… ? » (air de Werther) est-il plus ridicule que le « Salut, demeure chaste et pure… » (air du Faust de Gounod), voire de certains airs de Carmen ? Une de mes connaissances très proches… se reconnaîtra ici… !

Il faut admettre que la valeur littéraire des livrets d’opéras français de cette période postromantique ne fut, pour aucun compositeur, de grande qualité. Tout le monde n’est pas, notamment, Richard Wagner, dont les textes étaient la plupart du temps beaucoup plus élaborés ! J’ajoute qu’en dehors même du domaine de l’opéra, et pour se limiter au théâtre classique français des XVIIe-XVIIIe siècles, ne pourrait-on pas, là aussi, trouver certains passages d’une valeur très contestable, voire, selon certains, à la limite du ridicule… Que dire, alors… ? Qui peut le plus peut le moins… ? A mon avis, pour Massenet : faux-procès… ! Il faut bien dire au passage que ce même public français, un peu snob, selon moi, méprise souvent, tout en le connaissant très mal, voire en l’ignorant totalement (ce qui me semble encore plus discutable), une grande partie de notre patrimoine lyrique romantique et postromantique. Critiquer, oui – bien sûr –, mais à condition de savoir exactement de quoi l’on parle, comme dans tous domaines, cela dit.

Mais alors, qu’est-ce-que les publics autres, à l’étranger, trouvent donc de positif, d’une grande valeur lyrique – au contraire – dans l’œuvre de Massenet ? Deux choses sans doute, essentiellement : en premier lieu, la qualité mélodique incontestable de ses créations, et notamment de ses fameux airs – et duos. Citons, par exemple, comme airs, le « O souverain, ô juge, ô père… » (du Cid), ou le « Dis-moi que je suis belle… » (« l’air du miroir », de Thaïs). Et, comme duos, celui de « Saint-Sulpice » – « N’est-ce plus ma main que cette main presse… » (de Manon), ou celui entre Werther et Charlotte à l’Acte III (deWerther). En second lieu, ces publics apprécient la valeur dramatique de ses grandes partitions (ainsi, avec WertherThaïs, ou Hérodiade, ou bien encore Le Cid, etc.). Massenet, en fait, balayait large – si l’on peut dire – puisque son univers de prédilection était celui des petits gestes, plus particulièrement attachés à ses personnages féminins, tout en donnant, à d’autres moments, des pics d’expression dramatique d’une grande intensité (ainsi pour la mort de Werther, par exemple, en présence de Charlotte, à la fin de l’œuvre).

Alors, doit-on reprocher à Massenet la « mièvrerie » des paroles de ses livrets ? Ce n’est pas l’avis de votre serviteur, comme vous l’avez bien compris. Mais, allez ! Admettons… Richard Strauss composa un opéra magnifique, créé en 1942, donc bien après la disparition de Massenet : Capriccio. Il y posa cette question, véritablement centrale dans toute l’histoire de l’art lyrique, depuis Claudio Monteverdi : « prima la musica, dopo le parole », ou bien « prima le parole, dopo la musica » ; et il couronna sa superbe partition par cette réponse : « prima la musica… » ! Et, il se trouve que la musique de Massenet est généralement superbe… tout au moins selon une partie très majoritaire du public lyricomane. En tout cas, on peut espérer que la perception de l’œuvre globale de Jules Massenet, qui a déjà, depuis longtemps, beaucoup évolué – grâce à l’Opéra de Saint-Etienne surtout – soit renforcée avec la commémoration du centenaire de sa disparition ; ceci, afin qu’il lui soit rendu entièrement justice, même s’il a toujours eu, heureusement, en France aussi, de nombreux admirateurs, parmi les mélomanes…

 

– A propos de l’ensemble des compositions de Massenet :

 

Avant tout, un nombre important d’opéras, une dizaine d’oratorios (profanes ou sacrés), des partitions de musique purement religieuse, de nombreuses pages de musique de scène, une quinzaine de partitions symphoniques, quelques ballets, de rares partitions de musique de chambre, d’assez nombreuses pièces de musique pour piano et quelques pages de musique pour orgue.

 

Jean-Luc Lamouché

 

– Deux extraits issus de youtube :

 

1. Nathalie Manfrino en enregistrement à Monte-Carlo (4’07)

 

Interviews de Nathalie Manfrino et de Michel Plasson à propos de l’album Méditations, consacré à un florilège d’airs de Massenet pour sopranos, dans le cadre du centenaire.

 

2. Werther – Jonas Kaufmann and Sophie Koch – Opéra national de Paris – medici.tv (3’)

 

Captation réalisée à l’Opéra national de Paris Bastille, le 26 janvier 2010, sous la direction de Michel Plasson, avec une mise en scène de Benoît Jacquot.

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (5)

  • Ariana Strauss

    Ariana Strauss

    09 septembre 2012 à 09:44 |
    Très honnêtement Jean-Luc, je n'ai rien à ajouter à vos réponses, si ce n'est merci à vous pour ce dialogue et que je suis absolument en faveur de la célébration de Massenet ici, même s'il est de bon ton de tout dénigrer ici.

    D'ailleurs il me faut préciser eu égard à mon commentaire précédent que non pas la France, mais le "public français", vraie différence, croyez-le bien, ne dédaigne pas l'opéra italien au profit de Wagner, mais rejette d'emblée par "théorie" l'opéra italien sans même l'entendre en se targuant d'un Wagner qu'il ne comprend pas davantage..
    De même que parce qu'il y a l'engouement de la "vérité historique sur instruments d'époque" devenue quasi extrémiste à Paris, je n'ai pas dit partout en Europe, notez bien, alors les parisiens tout à coup, n'aiment que la musique qu'ils pensent "baroque". Cela confine parfois au ridicule..
    Des poses, de la posture et rien d'autre.
    Je dis cela, je précise que bien évidemment, il existe de véritables mélomanes avertis, musiciens ou non, qui eux entendent et goûtent la musique d'opéra, baroque ou non, etc...
    Cela étant je n'ai jamais connu de vrais chanteurs qui préfèrent Wagner à Verdi, la question étant par définition idiote, insensée voire débile car inappropriée puisqu'on en parle absolument pas de la même chose mais qu'en plus, il s'agit bien toujours d'opéra.
    Ce pourquoi, lorsque l'on aime réellement l'opéra, que l'on y est relié par l'âme, si la composition d'un musicien d'opéra ne nous touche pas ou nous déplaît, on se garde bien de développer, se contentant de préciser que notre sensible n'y répond pas .. ce qui ne m'empêche pas d'en chanter par ailleurs lorsque l'on a la chance de pouvoir le faire..
    Je vais même vous dire Jean-Luc afin de conclure cette causerie amicale sur le sujet, que l'authentique compagnon d'opéra que j'ai eu en matière de Wagner, chanteur lui aussi du reste, adore Verdi et se réjouissait lorsque de temps à autre je délaissais dans mes analyses Wagner pour parler à nouveau de Verdi... parce qu'à l'opéra en réalité l'un ne va pas sans l'autre et puis un chanteur qui n'aimerait pas Verdi qui est LE compositeur de la voix, cela me paraît un aberration mathématique! :-)))
    Enfin Massenet, point de vue mélodie, je n'en démords pas, ce n'est pas ce que l'on a fait de pire dans l'histoire de notre culture et honnêtement, il mérite davantage à mon sens qu'André-Ernest-Modeste Grétry, 1741-1813 (rien que les dates je suis morte de rire.. passons), (engouement "vérité historique sinon rien") d'être mis en avant sur les scènes parisiennes, au moins autant que sur celles mondiales d'où il n'est jamais absent.

    Bien à vous!

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    05 septembre 2012 à 09:27 |
    D'abord, merci pour la richesse de votre commentaire, à propos de Massenet (et Gounod), Ariana. Je me contenterai de dire que je vous rejoins sur de nombreux points. Cela dit, ayant découvert l'opéra vers l'âge de 30 ans à partir des œuvres de Wagner, je lui dois, avec la découverte progressive du grand répertoire (allemand, italien et français essentiellement), quinze années au moins de bonheur absolu et de découvertes multiples. Moi non plus je n'écoute pas les mots dans l'opéra, sauf lorsqu'ils font corps avec la musique. Voilà pourquoi, comme vous l'avez rappelé, j'ai cité Richard Strauss et "Capriccio", avec ses subtilités mélodiques incroyables (et son livret de bonne qualité, par ailleurs). Je ne sais pas si l'opéra italien est dédaigné en France (Bellini, Donizetti, Verdi, les "véristes") au profit de Wagner, même si notre pays a toujours été "la fille aînée de l’Église wagnérienne" - comme cela a été dit... ! Enfin, pour Verdi (et Wagner, au passage), j'espère que, même s'il n'a jamais été dédaigné par nos compatriotes mélomanes, on saura lui rendre l'hommage qu'il mérite en 2013, pour le 200ème anniversaire de sa naissance... Merci encore, Ariana ; votre avis m'est toujours précieux, vous le savez... !

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  • Ariana Strauss

    Ariana Strauss

    04 septembre 2012 à 10:06 |
    Last but not least, espéré-je! ;-)

    Comme vous avez eu raison d’attirer mon attention sur votre hommage à Jules Massenet, Jean-Luc.
    Car c’est avant tout un hommage, bien évidemment.
    Vous rendez justice au-delà du compositeur sur lequel je vais revenir quasi avocat du diable, à la musique d’opéra et la musique tout court et l’amoureuse (à peine connaisseuse théorie et pratique ;-)) du genre que je suis vous en sais gré en plus d’infiniment reconnaissante.
    Devoir dithyrambique de rendu de grâce acquitté, appareillons à présent au cœur de la question double que vous mettez en lumière.
    Une question double qui évidemment relève de la Matriochka.. parce que deux, binaire, c’est trop simple en musique, vous le savez bien !
    Je dis oui quant à votre constat et analyse absolument juste quant au point fort de Massenet : la mélodie. C’est le vecteur principal de l’agrément de sa musique. Oui aussi à ce que Gounod ou Massenet, honnêtement, je ne vois pas pourquoi il faudrait préférer le second. Pour ma part je n’aime ni l’un , ni l’autre, sans les détester pour autant : ils ne me font pas vibrer, ce qui est imputable, certes, à mon sensible, mais pas seulement, là où je rejette littéralement Berlioz par exemple, que je n’aime pas du tout, dans le sens de "détester", sauf ceci ou cela bien évidemment..
    Pourquoi posé-je cela ? Tout simplement pour dire que selon moi le point faible de compositeurs d’opéra tels que Gounod et Massenet est précisément ce dont je vous parlais hier sur Orphée et la Naissance du genre : la qualité dramaturgique et la capacité narrative au processus tragique de la musique d'opéra.
    Chez Berlioz, cette qualité est présente ; il se passe donc quelque chose, que pour ma part je n’aime pas puisque ses compositions outre les miraculeuses Nuits d’Eté et quelques passages de la Fantastique m’étouffent de lourdeur "dans le narration" ou du moins son immobilisme latent et volontaire; pensez aux Troyens, honnêtement, il faut en avoir envie ! Et je peux avaler sans broncher ou presque St François d’Assises, pour rester en France, c’est vous dire..
    Mais chez Gounod (insipide pour moi) et Massenet (nettement plus intéressant), il ne se passe pas assez de choses pour que je sois happée, donc je n’ai pas de rejet. Je peux entendre sans problème, voire écouter, voire prendre plaisir précisément aux mélodies de Jules Massenet, contrairement à Gounod justement (au-delà du Veau d'or et encore en forçant, bof..).
    L’Air de Des Grieux, pur jus Massenet, pur faconde de ce qu'aime écrire le compositeur, c’est quand même quelque chose d’incroyablement beau et unique, quoique l’on en dise aujourd'hui.
    Chez Bizet, le point fort est, outre les mélodies aussi, la composition, selon moi un cran au-dessus, la dramaturgie. A ce sujet Carmen que vous citez est exemplaire. Vous savez qu’il était prévu non opéra séria lors de sa création mais le drame y était tel, j’entends toujours dans le drame la progression musicale, la narration pour le coup quasi symphonique par moments, qu’il devint instantanément à l’exécution, drame sérieux et l'opéra légendaire que l'on sait.. C’est un opéra qui réussit de par son propre échec à être ce que l’on croyait qu'il devait être ; un exemple rare dans l’histoire de la musique du reste et parlant quant à la nature du genre.
    Voici pour le premier aspect de ce que vous soulevez de la musique aboutie ou non de Massent et ma partie avocat du diable.
    Mais puisque le Diable a autant de cordes à son arc que Carmen de fleurs à jeter, je change la perspective en plébiscitant votre position quant aux critiques des livrets du compositeur et l'attitude dans notre pays en général.
    Il va bien falloir qu'un jour les gens admettent ce qu'ils ne veulent pas comprendre : le texte n’est qu’un prétexte à l’opéra, ce que, oui, Richard Strauss qui ne composait pas sur n’importe quel auteur a évidemment très bien compris. Du reste, en effet dans son ultime chef d’œuvre il le prouve car ce n’est ni plus ni moins que la musique elle-même qui répond à la question de Madeleine partagée entre la poésie et la musique : prima la musica maestro !, ce que je m’écrie d’extase à une représentation de cette pure merveille, ce joyau de finesse et architecture musico-lyrique..
    Les critiques snobes et condescendantes très en vogue à Paris, du public atteint depuis quelques années de wagnérite aigue et haendelite dominicale galopante rejettent sous prétexte divers et variés tout dénigrement de sa propre image.
    A Paris, on va à l’opéra autant pour voir qu’être vu, ce n’est pas de moi mais de Charles Garnier… et vous avez la réponse ici. Alors Massenet ou quelqu’un d’autre, s’il ne relève pas du monument ou monumental (cf : Wagner)….
    Combien de fois ai-je entendu l’hérésie que le livret était fade et ennuyeux tous compositeurs confondus excepté Wagner et Strauss aussi ? Alors même qu’on n’écoute pas la musique, on jauge les mots. Il faudrait que tout soit "comme Wagner", encore un non-sens car disant cela on n’a rien dit; qui peut prétendre décortiquer réellement Wagner sans y passer une majeure partie de sa vie ??
    Puis pourquoi devrait-on décortiquer seulement? (Cela m'évoque les gens qui vont à Disneyland pour critiquer ensuite que la parc est de conception américaine ou encore voire Batman et se plaindre que le scénario n'expose pas un traité philosophique.)
    A tel point que par exemple presque tout le monde N’entend PAS l’œillade dramaturgique musicale que forme "La Donna é Mobile" dans Rigoletto.. Les gens sont tellement à chercher "derrière" quelque chose qui n’est pas qu'ils ne comprennent pas que le texte, volontairement grivois eu égard au personnage n’est là que pour faire ressortir la grossièreté extrême et la rudesse, l’apreté du personnage du Duc, donné au premier plan par la musique par cette scansion en substance des trois mêmes notes durant tout l’air, plus les aigus pour faire le beau, effet réussi qui plus est et qui fonctionne à chaque fois, que Verdi a très délibérément créé en excellent dramaturge.
    A mon sens il faut être sourd pour écouter le texte de La Donna qui certes nous en dit un peu sur le personnage et la situation au lieu d’écouter ce que dit la musique formée par l’aria comme processus actif du drame en train de se nouer..
    Le public français est définitivement sourd à Verdi et la musique italienne en général et d’entendre dans les salles de concert que les italiens sont des compositeurs grossiers là où les mélodies s'allient à la progression par le pur biais vocal..
    C'est donc de cette cabale anti-latine que souffre aussi Massenet pour mélodiste. Puisque ses compositions ne cherchent pas à s'enorgueillir d'outre embellissements et fioritures, les français le rejettent pour manque de "raffinement intellectuel".
    Ce qui explique qu'on lui préfère Gounod : Faust c'est Goethe quand même (allemand en plus : double bénéfice)! Alors que la musique.. bref, no comment!
    Ce pourquoi aussi on joue de Massenet plus aisément Werther, tiré du même déprimant éternel poète.. :-)
    Enfin, le "pourquoi se réveiller" par Kaufmann, c'est quelque chose! Par Domingo aussi en son temps du reste.
    Thaïs a joui d'un léger regain d'intérêt ces derniers temps, en effet, sur les scènes mondiales mais aussi en France, me semble-t-il..
    Bienvenue dans le monde mélomane franco-parisien Jean-Luc! :-))
    Cependant eu égard aux italiens, au moins Massenet jouit du léger bénéfice patriotique en ces temps d’ultra-nationalisme musical et de recherche extrêmiste de Vérité Historique à grand renfort d’instruments d’époque sinon rien. Processus, vous le savez parce qu’historien, on ne peut plus dangereux d’une perspective de la pensée, car dès lors que l’on s’acharne à enfermer l’Histoire dans et par les factualités diverses et variées, niant tout processus, tout actif : on fige, on tue, et on dogme, ouvrant la porte aux pires hérésies sous prétextes de les détourner.. C’est exactement cet état des lieux qui m’a personnellement poussée à éviter de mettre les pieds quasiment toute la saison dernière à l’ONP.
    Les convictions n’est-ce-pas.. :-)
    Je m'arrête là mais pas sans avoir applaudi ouvertement la mise en relief dans votre commentaire de Sophie Koch : exceptionnelle!

    Belle journée Jean-Luc.
    Amicalement.

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  • Péchon-Pignero

    Péchon-Pignero

    01 août 2012 à 18:57 |
    Comme vous avez raison de défendre ces grands noms oubliés de l’opéra français. Paris fut le centre lyrique du monde pendant plus d’un siècle. Les compositeurs étrangers venaient y chercher la consécration au besoin en composant des opéras « français » (Don Carlos de Verdi par exemple). De Massenet, on ne connaît plus en France que Werther et Thaïs (pour sa « méditation »). Au lieu de rejouer sans cesse les mêmes opéras en les « revisitant » c’est-à-dire en les accommodant de sauces plus ou moins psychanalytiques ou en s’ingéniant à les moderniser au mépris de toute cohérence, on ferait bien de puiser dans ces trésors qui ont fait le bonheur de nos arrières-grands-parents, lesquels n’étaient pas forcément de moindres mélomanes que nos festivaliers estivaux. Je ne suis pas sûr, qu’on reproche surtout aux opéras français la médiocrité littéraire de leurs livrets. Celui de Carmen n’a pas empêché cet opéra d’être le plus joué au monde et pourtant on peut dire qu’il n’atteint pas des sommets. Mais vous avez raison de souligner le snobisme français qui veut que nous méprisions ce que le génie français a produit de plus admiré au monde. On peut éventuellement appeler ça de la modestie…

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      02 août 2012 à 12:23 |
      Nous sommes bien en accord sur le fait qu'en France on néglige - et on ignore souvent - notre patrimoine lyrique... Je voudrais simplement ajouter, même si ce phénomène a commencé de changer depuis quelques années seulement, qu'il en est de même pour nos artistes musiciens lyriques. En effet, ceux-ci sont obligés de se faire reconnaître par des publics étrangers (à Vienne, à Salzbourg, au MET, etc.), avant que le public français ne finisse par les accepter ! Allez faire une interview de la soprano Natalie Dessay, ou de la mezzo soprano Sophie Koch, et vous verrez ! Cela dit, bien évidemment sans aucun chauvinisme, qui reste - pour moi - un défaut majeur, et ceci dans tous les domaines...

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