Reflets des arts : « Le Roi Lear », avec Michel Aumont, en tournée

Ecrit par Valérie Debieux le 02 avril 2016. dans La une, Théâtre

Reflets des arts : « Le Roi Lear », avec Michel Aumont, en tournée

Fin des années 20, les prémices du krach boursier créent des tensions électriques dans le ciel de la finance américaine et internationale. Octobre 29 approche, le monde économique n’est pas prêt, personne ne l’est ; le cataclysme boursier, lui, a tout prévu, les rôles sont déjà distribués, mais le monde l’ignore encore.

Patriarche imbu de sa réussite, vieillard cacochyme à l’humeur désagréable et fantasque, Lear a décidé de partager son empire cinématographique, mais le cœur n’y est pas. Abandonner le pouvoir à son âge, c’est prendre la mort par la main. Partager son royaume financier en trois, à parts égales. Opération mathématique simple : Gonéril, Régane et Cordélia. Mais au pays de Lear, rien n’est simple : si Cordélia, la cadette, est restée fidèle au respect des valeurs qui participent à la beauté et à la grandeur de l’humanité, ses deux sœurs aînées, Gonéril et Régane, n’en n’ont cure. Elles sont guidées par d’autres valeurs, d’autres règles. Elles ont fait leur, ce monde où l’amour de l’argent et l’amour du pouvoir sont devenus plus que jamais, en ces temps d’incertitude, de vraies valeurs refuges.

Le vieillard, obnubilé par l’amour de sa personne, se laisse alors duper par la fourberie de ses deux filles aînées et celui-ci, par folie, maladie, erreur ou aveuglement, déshérite Cordélia, celle dont les mots empreints d’amour et de sincérité n’ont pas trouvé droit de cité chez ce père affaibli. Le ton est donné, la tragédie peut commencer…

La scène de théâtre prend – grâce à Jean-Luc Revol – les allures d’un plateau de cinéma muet des années 20. Les décors magnifiques et éloquents glissent sur scène. Pas de temps mort, pas de longueur. Au centre de l’action, Lear, interprété par le merveilleux Michel Aumont autour duquel évolue une distribution éblouissante, sur fond musical particulièrement réussi, et ce, sans oublier ni les costumes, ni les jeux de lumière, ni les effets spéciaux qui contribuent largement à l’atmosphère originale de la pièce. Au final, une pièce d’une exceptionnelle densité, où le spectateur tombe sous le charme dès le lever du rideau… Chapeau bas !

Subtil, moderne, percutant, ce « Roi Lear » a reçu un accueil triomphal de la part du public, ce lundi 14 mars 2016 au Théâtre Équilibre à Fribourg (Suisse).

Actuellement en tournée dans toute la France, et ce jusqu’au mois de mai 2016, « Le Roi Lear » passera aussi par Genève, le 5 avril prochain, au Bâtiment des Forces Motrices.

 

Création au Théâtre de la Madeleine en septembre 2015 à Paris

En tournée de janvier à mai 2016 (Pascal Legros Productions)

Adaptation et mise en scène : Jean-Luc Revol

Avec Michel Aumont, Bruno Abraham-Kremer, Jean-Paul Farré, Anne Bouvier, Agathe Bonitzer, Sophie Tellier, José-Antonio Pereira, Denis D’Arcangelo, Eric Verdin, Olivier Breitman, Eric Guého, Frédéric Chevaux, Martin Guillaud…

Assistant mise en scène :Sébastien Fèvre

Décors : Sophie Jacob

Costumes : Pascale Bordet

Lumières :Bertrand Couderc

Son/musique : Bernard Vallery

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Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    02 avril 2016 à 14:01 |
    GLOUCESTER: “O, let me kiss that hand!

    KING LEAR: "Let me wipe it first; it smells of mortality.”

    King Lear, act IV, scene VI

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