Si ce n'est pas de l'amour ...

Ecrit par Mélisande le 21 octobre 2011. dans Ecrits, La une, Amour

Si ce n'est pas de l'amour ...


Sur le rivage de la vie il y a des convergences énergétiques qui ont une voix. Ce chant jeté au ciel comme une mélopée tremblante trouve parfois écho et offre alors le sable très doux de sa plage. On y rencontre, sans avoir tant demandé, l’eau du ciel, le bleu de la terre, et cet accord parfait majeur qui fait les grands amours. Intenses, fugaces, sauvages, pas du tout gérables sur un plan terrestre. Avec l’ombre toujours, de la mort, car on ne rate jamais ceux qui ne sont même pas capables de mener une guerre. Ils se sont donnés parce qu’ils avaient faim et soif avant tout, abandonnant le ressentiment qui devient juste un luxe sophistiqué : celui des nantis parés pour le froid. Ceux qui n’ont jamais connu la nudité, le manque éperdu de l’autre… Comme l’aveugle cherche la lumière, note aigüe dans le ciel de Dieu qui n’est pas sourd, il y a un jour de gloire pour ces êtres-là, qui ont déposé les armes.

Ce sont quelques secondes échappées au néant, à la guerre, à la sécheresse des cœurs qui ne veulent que de l’amour à crédit, du gazon sous leurs cœurs meurtris, quelque chose de captif, qui n’a plus de parfum, plus de mouvement, une cage grise où chacun dort d’un sommeil trompeur… Oui il y a des différences entre l’éclair violet du désir, l’or de la rencontre et la niche triste des amours qui prennent perpétuité au détour d’un contrat pas très poétique.


Rien ni personne ne peut maîtriser ce flot de vie qui emporte l’amoureux vers son amour, même s’il est depuis des lustres enchaîné. C’est comme si on voulait arrêter un tsunami avec un cri d’effroi et de morale ; ô bienheureux Roméo qui n’a cure de la haine de leurs deux familles, et toi Tristan, sur ce navire qui mène Yseult vers Marc, dans le dessein bizarre de la vie, te voilà enchaîné comme un bienheureux à un amour absolu comme la beauté. Eclaboussé de soleil et de bonheur, tu trouves ton âme, cessant par là même ta douloureuse errance. La plénitude absolue comme un retour à la mémoire de l’origine dans ta poitrine dévastée. D’un seul coup l’unité, main de Dieu incarné, qui se tend vers toi. Adieu nostalgie, mélancolie, toutes ces maladies d’amour qui tuent dans l’œuf la vie même, mais qui l’a réveillée ? Celui, celle, qui s’est jeté pour mourir dans le vaste ciel du désir, qui s’est confondu dans le dépouillement total, avec ce désir. Bienheureux, car même s’il y a séparation, absence, ou mort, il a vu l’essentiel : la maison, le maître à l’intérieur, cette tension que personne ne pourra à présent arrêter, comme une consistance de lumière, l’amour qui attend, tapi, cette force inouïe qui saura le délivrer.


Mélisande


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Commentaires (3)

  • Emile Eymard

    Emile Eymard

    24 octobre 2011 à 16:08 |
    Il n'y a pas plus triste infirmité que d'être incapable de connaître l'amour, plus même que d'en être privé. Vous êtes chère Mélissande en parfaite santé.

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    24 octobre 2011 à 10:13 |
    Il y a comme un accompagnement au piano dans votre texte,dit comme un chant à l’amour,plus fort que l’absence,la grande absence:la mort.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    21 octobre 2011 à 22:11 |
    "Bienheureux, car même s’il y a séparation, absence, ou mort, il a vu l’essentiel : la maison, le maître à l’intérieur, cette tension que personne ne pourra à présent arrêter, comme une consistance de lumière, l’amour qui attend, tapi, cette force inouïe qui saura le délivrer". Oui Dieu est amour (1 Jean 4,8), et celui/celle qui a vu Dieu à travers l'amour (quelle qu'en soit la forme) est comme le vieillard Syméon qui meurt heureux (Luc 2, 22-32) : "maintenant, Seigneur, tu laisses aller en paix ton serviteur selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, lumière qui se révèle aux nations et gloire de ton peuple, Israël".

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