Catastrophes ...

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 mars 2011. dans Monde, La une, Environnement, Actualité

Catastrophes ...


La triple catastrophe subie par le Japon en ce mois de mars 2011 - séisme du type "Big One", tsunami et ses conséquences au niveau de certains réacteurs de centrales nucléaires - vient de nous rappeler que l'homme n'est pas grand-chose lorsque les forces de la nature se déchaînent.

Je voudrais donc faire œuvre d'historien en remontant le temps et donner quelques exemples dramatiques de ces phénomènes face auxquels l'être humain se sent totalement désarmé, même si - aujourd'hui - les Japonais font preuve d'un courage (traditionnel) exemplaire, eu égard à ce qu'ils ont subi et subissent encore ; … en sachant que les "événements" actuels peuvent encore s'aggraver au moment où j'écris ces lignes, et que la panique pourrait s'ensuivre …


-       Dans la période antique …


D'abord, bien avant l'invention de l'écriture, et à travers des mythes, les Sumériens (au sud de la Mésopotamie) et les Hébreux (dans la Bible) nous rapportent ce qui semblerait bien s'être produit historiquement entre la Mer Noire et le Golfe Persique : à savoir une sorte de déluge. En effet, la Mer Noire a connu, il y a beaucoup plus de 5.000 ans, une montée subite du niveau des eaux. Mais, pour quelles raisons ? De même, en Mésopotamie, le Tigre et l'Euphrate ont causé des inondations catastrophiques (et sans doute plusieurs fois). Les tablettes d'écriture cunéiforme y font allusion, telle " l'épopée de Gilgamesh ". Ces différents événements doivent-ils être mis en relation avec le " Déluge " de l'Ancien testament ?

Ensuite, nous pensons tous aux volcans de l'Italie du sud et de la Sicile romaines, plus ou moins en activité (Vésuve, Stromboli, Etna). Comment ne pas citer - à ce propos - la catastrophe de Pompéi et d'Herculanum, petites villes provinciales de la péninsule italienne touchées gravement et ensevelies par l'éruption du Vésuve en 79 après J.C. ? D'ailleurs, une visite des lieux archéologiques frappe toujours - aujourd'hui encore - l'imaginaire des touristes … !


-       Au Moyen Age et à l'époque Moderne …


Au Moyen Age, on sait - par exemple - qu'un important séisme eut lieu en 1356 dans la région de Bâle, faisant de gros dégâts sur un vaste espace, notamment en Alsace. Ce séisme dit "de la Saint-Luc" frappa d'autant plus les imaginations qu'il se produisit dans un contexte particulièrement dramatique : celui de la fameuse "peste noire" (qui commença en 1348), emportant plus du quart de la population de la ville, et celui du milieu de la "guerre de 100 ans" !

Durant l'époque Moderne, l'événement naturel le plus catastrophique (en Occident) fut le fameux tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, qui provoqua la mort de 50.000 à 100.000 personnes, selon les sources. On ne connaît pas vraiment la magnitude de cet énorme séisme ; mais, les sismologues ultérieurs ont évalué indirectement celle-ci à 8,5 ou 8,7 sur l'échelle de Richter, qui compte 10 degrés ; soit à peu près comparable à celle du séisme japonais actuel. Ce tremblement de terre, suivi d'un tsunami et d'incendies, provoqua la destruction totale de la ville et de sa région. L'épicentre se trouvait - pense-t-on - dans l'Océan Atlantique, à environ 200 km des côtes portugaises (en direction du sud-ouest).

Voltaire et de nombreux philosophes de l'époque des "Lumières", frappés par un tel phénomène, en ont débattu. Voltaire en parla même dans son "Candide" et écrivit un "Poème sur le désastre de Lisbonne". Il mit en valeur également, à cette occasion, la force de "l'opinion publique". Il faut aussi dire que ce séisme traumatisa profondément le peuple portugais - très religieux -, car il se produisit le 1er novembre, fête catholique de la Toussaint ! De plus, aucune église ne fut épargnée… De là à voir dans cette catastrophe la manifestation de la colère divine, il n'y avait qu'un pas ! Encore un point : la science des tremblements de terre - ou sismologie - sortit de cet événement ayant tant frappé les esprits.


-       A l'époque contemporaine, "événement" japonais actuel exclu …


Avec le développement progressif des médias depuis le XIXe siècle - presse écrite, puis radio, télévision, internet -, la connaissance des déchaînements de la nature devint de plus en plus précise. Je vais donc, ici, me limiter à quelques exemples ayant frappé l'imaginaire de l'espèce humaine.

De mémoire d'homme, un des cataclysmes les plus terribles fut l'explosion du volcan Krakatoa, situé en Indonésie, dans l'aire de la fameuse "Ceinture de feu du Pacifique", en 1883. Il y eut plusieurs dizaines de milliers de victimes et un énorme tsunami (perceptible même jusqu'en Europe).

Un autre choc se produisit en Californie, en 1906, dans la région de San Francisco. Il s'agissait d'un séisme de 8,2 sur l'échelle de Richter, qui incendia et rasa la ville et tua plus de 3.000 personnes. L'épicentre concerna essentiellement la célèbre faille de San Andreas. On peut considérer cette catastrophe comme la plus tragique à avoir touché les Etats-Unis. Les américains qualifièrent désormais ce type de séisme de "Big One".

Avec le XXe siècle, nous entrons dans des drames connus de nous tous, ceci en raison de l'hyperpuissance médiatique : Three Mile Island aux Etats-Unis, Tchernobyl en Ukraine, le séisme et le tsunami de 2004 dans l'Océan Indien, le séisme d'Haïti en 2010 et les terribles événements cataclysmiques japonais actuels (mars 2011). Dans cette liste, nous percevons l'importance prise par les questions liées au nucléaire (radioactivité, irradiations).

A la centrale de Three Mile Island (en Pennsylvanie), l'année 1979 fut celle d'un important accident nucléaire, le cœur d'un réacteur ayant en partie fondu. Cet "événement" a été alors classé au niveau 5 de gravité (sur une échelle en comptant 7).

Qui a pu oublier la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, dont l'ampleur apparut comme bien plus grave, puisque le réacteur entra en fusion et finit par exploser, avec les conséquences que l'on sait pour la population et l'environnement. L'effroyable nuage radioactif qui s'ensuivit fit classer ce drame du nucléaire au niveau 7 (soit le maximum jusqu'à aujourd'hui), et fit trois fois le tour de la Terre !

L'impact médiatique télévisuel et la présence de nombreux touristes occidentaux parmi les victimes expliquent sans aucun doute le traumatisme mondial provoqué par le séisme et le tsunami qui touchèrent l'Océan Indien (notamment l'Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka et le sud de l'Inde) en 2004. Mais, il faut aussi dire que la magnitude du tremblement de terre atteignit un niveau record, avec 9,1 ou 9,3 sur l'échelle de Richter ! De même, le tsunami provoqua des vagues de l'ordre de 30 à 35 m de haut (mais sur une distance maritime considérable) ! Soit un des dix séismes les plus forts de toute l'histoire et le tsunami le plus important à ce jour… Selon les sources, on put dénombrer de 220.000 à 230.000 victimes !

Un autre séisme - très médiatisé - toucha Haïti en 2010, d'une magnitude située entre 7 et 7,3. Ceci sans compter les répliques - nombreuses - allant de 5,0 à 5,9.

L'épicentre en était situé pas très loin de la capitale (Port-au-Prince). On évalua le bilan humain à environ 230.000 victimes et 300.000 blessés, sans oublier plus d'un million de sans-abris ! Enfin, on connaît - aujourd'hui encore - les difficultés de la reconstruction.


-       "L'événement" japonais en cours …


Pour ce qui concerne les événements cataclysmiques actuels au nord-est du Japon (épicentre : la région de Sendaï), nous savons que ce peuple - déjà martyr au moment où j'écris ces quelques lignes (16 mars 2011) - a été touché par la conjonction de trois catastrophes : d'abord, un séisme du type "Big One" d'une magnitude de 9,0 (beaucoup plus important que le tremblement de terre de Kobé, en 1995) ; ensuite, un énorme tsunami avec des vagues entre 10 et 15 m de haut ; et enfin, un début de drame nucléaire en rapport avec la centrale de Fukushima, dont quatre réacteurs (sur six) posent de très graves problèmes. S'ils ne sont pas refroidis afin d'empêcher la fusion des cœurs, le niveau de gravité - actuellement classé à six - pourra passer à sept, ce qui nous amènerait à une catastrophe majeure du type Tchernobyl, voire même pire ! Pour l'instant, et selon les experts, nous serions situés - en niveau de gravité - quelque part entre Three Mile Island et Tchernobyl …

Les images de ce que subissent les Japonais, retransmises dans le monde entier, peuvent contribuer - après l'horreur - à développer des solidarités humaines, et peut-être même à pousser l'humanité vers un changement de mode de développement et d'attitude envers son environnement naturel. L'homme - l'occidental surtout - finira-t-il par admettre qu'il n'est que le "locataire" de la nature ? Si c'était le cas, alors, les victimes ne seraient pas mortes pour rien …


A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (2)

  • Macée de Léodepart

    Macée de Léodepart

    19 mars 2011 à 14:15 |
    Il serait également intéressant de pouvoir mesurer l'état d'esprit des populations ; varie-t-elle fortement selon les cultures, les religions, l'état des connaissances scientifiques ? Il semble bien qu'en partie, oui ; le reste, c'est " frères humains ... ", la partie commune à tous - cultures, Histoires, connaissances et croyances mélangées .

    Répondre

  • OLIVIER EYQUEM

    OLIVIER EYQUEM

    18 mars 2011 à 17:33 |
    Un autre séisme, largement oublié, endeuilla le Japon en 123, faisant pas moins de 145 000 victimes. Il s'agit donc à l'heure actuelle, de la PLUS GRANDE catastrophe naturelle qui ait frappé ce pays. J'extrais ce passage du NY TIMES, et le lien correspondant :

    "The date was Sept. 1, 1923, and the event was the Great Kanto Earthquake, the worst calamity in Japan’s history. Largely forgotten, even by most Japanese, the quake leveled the great port city of Yokohama — home to a population of 5,000 expatriates — and burned down more than sixty percent of Tokyo. All told, 145,000 people died, including about 150 Americans, and some 40,000 mostly poor Japanese who were incinerated by a “dragon twist,” a freak tornado of fire that swept over a makeshift camp ground near Tokyo’s Sumida River."

    http://opinionator.blogs.nytimes.com/2011/03/13/in-deadly-earthquake-echoes-of-1923/?nl=opinion&emc=tya1

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.