« Mais où sont les neiges d’antan… » écrivait un François…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 février 2014. dans La une, Souvenirs, Environnement

« Mais où sont les neiges d’antan… » écrivait un François…

Quand j’étais petite, on disait « les neiges », tant il y en avait, sans doute… De cette campagne bourbonnaise, où « bonheurait » mon enfance, me restent des images de chemins qu’on ne voyait plus guère – certains racontaient qu’un tel s’était perdu entre « La croix » et les « Combarts » ; la cour – méconnaissable, qu’on débarrassait à coups de pelles – le bruit mat m’est resté dans l’oreille ; l’étable chaude des douces charolaises ; chats et chien enfin acceptés sous la table et derrière le poêle-Rosière… Le silence – ouaté, quel poète ne l’a dit ! – qui faisait qu’on « savait » la neige, au réveil, derrière ces volets de bois, qui, pourtant, ne laissaient filtrer aucune lumière.

Quand on a autour de 10 ans, la neige en Février (le petit mois – le pire, dit le dicton – est depuis, resté uniformément blanc, sous mes paupières !), c’est la fête et la chaleur, et un bonheur sucré ! Crêpes aussi, mais surtout la salle commune, le café avec les voisins, le bruit du dehors ramené par mon grand-père, et, moi, assise comme la vieille des contes, auprès de la cuisinière à bois, si douillette ; les pieds posés au bord du four, la tête ailleurs, lisant, lisant, encore et encore et un peu de tout ce qui traînait dans le vieux placard du couloir : de vieux bouquins, de bonne qualité du reste – des Colette, ce Dorgelès, un ou deux Balzac… des histoires incroyablement réactionnaires dans ces « Bernadette », tout cousus de bigoteries, que recevait ma mère, avant guerre. Sans doute m'étais-je déjà énamourée de ce Villon et ses «  dames du temps jadis », enfin, je crois... il a pesé, et pour la littérature et pour l'Histoire, en moi ; pas mal pour un seul homme !  Si j’aime autant lire – et parler des livres – c’est là, dans ce soir tombant tôt, au rythme des flocons, dans le bruit chuintant des bûches de chêne crissant dans le foyer, qu’il faut chercher la naissance du virus…

Notre Février, cette année, s’annoncerait – dit-on,  comme un des mois les moins hiver depuis plus d’un demi-siècle ! Et, les reportages, de nous asséner les moyennes de températures, ou de chute de neige, les photos un rien sépia de ces fleuves gelés, il y a… On a l’impression d’avoir changé d’hémisphère !

Neiges d’antan… D’arrivée – bottes lâchées dès la porte, dans une école – classe unique – brassant tous les petits des hameaux dispersés de mon village surplombant dans la brume, le Cher, et son château de l’Ours, qui en avait vu d’autres – des hivers… et, sans doute ce « Petit âge glaciaire » des XVII et XVIIIème siècles, que nos historiens climatologues, suivant un Leroy-Ladurie, notamment, ont ouvert à nos mémoires. Car, le climat, comme l’économie, a des cycles, et ces phases marquées de réchauffement ou de froidures, nous étonnent, comme exotiques, en demeurant dans ces mémoires de la chère Sévigné ou  autres chroniques de Saint-Simon racontant le Versailles des grands froids ; dans ce tableau – ce Brueghel l’ancien daté de 1565, nommé l’hiver, plus connu sous le nom des « patineurs ». Avant, il y avait eu des siècles chauds, d’« Optimum médiéval », qui avait eu son mot à dire dans l’essor de la population occidentale. Est-ce pour ce début de glaciaire du Moyen Age finissant, que François Villon aimait tant, léger,  du bout de sa plume, quand argent il y avait pour l'acheter - ces neiges d'antan ? Ignorant, évidemment, que «  Flora la belle romaine » ou la «  très chère Hélois » de même que «  la reine blanche comme lys », grelottaient plutôt moins que lui...

Dans ma classe, bien loin après, dans ma vie d’enseignante, une activité en 5ème, une année particulièrement neigeuse, nous mena dans ces miniatures des Riches Heures du Duc De Berry, où passent si joliment les saisons… le mois de Février, justement, c’est la neige qui bloque la campagne et ralentit tout. L’œil exercé et pointu (à cet âge, rien n’échappe) de mes petiots relevait dans un tableau, qu’on rendrait ensuite à plusieurs entrées, les différences avec maintenant… Et l’isolement, le silence, les implications économiques – bien autre chose que nos ralentissements d’autoroutes, le choix – obligé – d’activités adaptées ; élaguer, faire le bois, réparer, bref, être de cette saison-là, et savoir l’utiliser ; vivre et travailler au ralenti, autrement ; accepter de s’ennuyer (se reposer ?) – mais, madame ! Qu’est-ce qu’ils faisaient au coin du feu, toute la journée ? – sans console de jeu, et sans TV ! avait-on envie de répondre. On sent, rien qu’à les regarder, que pour ces paysans, qui savaient ce que coûte une absence d'hiver en termes de qualité de récolte,  c’est sûr « Il vaut mieux un renard au poulailler, qu’un homme en chemise en Février »… L’un d’entre ces futés minots, pas très scolaires, mais accrochant au travail d’éveil, ne nous signala-t-il pas, d’un air faussement angélique, que : « je crois bien que le bonhomme, là, devant la cheminée, il n’a pas de culotte ! » Raison, il avait, le mouflet, et il fallut embrayer sur vêtements et sous-vêtements au Moyen Age, en milieu paysan, ce qui, du reste, restait dans le sujet neige/froidure !

Parce que tous ces siècles (1300 à 1860 ; paroxysme du froid, de 1570 à 1730), ont été durs à l’homme ! (ceci, pour nos geignements constants des fameux trois flocons ; ce qu’ils se moqueraient de nous, ces costauds du temps jadis !). La Tamise a gelé plus d’une année entière ; les canaux des Pays Bas – on le voit dans la peinture de son superbe XVIIème siècle hollandais – étaient pris de glace. On nous dit que notre Pichegru, en 1795, ne dut sa belle victoire sur les Bataves, et donc, la conquête de la Hollande, qu’à une flotte ennemie bloquée par l’eau gelée. On sait qu’à Paris, sous Louis XIV, c’est à la hache qu’il fallait débiter le vin des tonneaux… et, que dire encore de ces glaciers alpins avançant comme jamais, de ces descentes de Banquise… La comète, peut-être ( elle est alors de toutes les prières) et toutes les colères divines alimentant les peurs ; de lointaines éruptions volcaniques masquant le soleil ; au bout, assurément, une activité solaire en diminution…

Cycles, saisons, climats, neige d’antan… sujets qui ne gèlent jamais quand on en parle… couvrez-vous quand même pour sortir ; l’hiver n’a pas – disent les bonnes gens – dit son dernier mot. Allez ! Courage : « Si Février n’a pas de grands froids, le vent dominera tout le reste des mois »…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    16 février 2014 à 20:16 |
    Vous avez raison de parler des "mini-ères glaciaires" du Moyen-Âge et même de l'époque moderne; mais, plus près de nous, si vous allez au château de Compiègne, vous verrez le traîneau que Napoléon III et l'impératrice Eugénie s'étaient fait construire pour circuler sur la neige! En 1891, il y a des photos de la Seine gelée, et ma propre mère, réfugiée à Fourra, a vu, de ses yeux, l'Atlantique gelé, au cours du terrible hiver de 1940!....Il faut être plus prudent - et moins ignorant! - quand on s'esbaudit d'un "changement" climatique : un climat qui ne changerait pas est, en soi, une absurdité qui confine à la sottise (verte!). Le problème n'est pas que le climat change - ce qui est strictement et rigoureusement normal - mais seulement la vitesse à laquelle il change...

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