Foires aux vins, foires aux illusions ?

Ecrit par Léon-Marc Levy le 06 septembre 2010. dans La une, Gastronomie

Foires aux vins, foires aux illusions ?

Il est revenu le temps des grands crus. Plus sûrement que les cèpes dans nos bois, il y en aura à tous coins de rue de nos cités. Avec soirées/dégustation à la clé et prix d’enfer !

Et la rumeur enfle, les revues spécialisées frémissent, les amateurs piaffent d’impatience : dans quelques jours, à partir du 6 septembre, vont commencer les foires aux vins d’automne sous les enseignes de nos grandes surfaces. Il y a 20 ans, c’était un événement encore relativement confiné aux cercles d’initiés. Aujourd’hui, c’est un événement commercial national, de l’ordre des sacro-saintes soldes de janvier, et les grandes chaînes de magasins y réalisent un pourcentage non négligeable de leur chiffre d’affaire annuel.

C’est dire si le sujet mérite qu’on l’aborde avec sérieux et surtout avec un vrai mode d’emploi, permettant aux usagers de naviguer avec discernement entre les vraies fausses bonnes affaires et les fausses vraies arnaques ! Vaste programme, dans le raz-de-marée de bouteilles et de caisses qui va déferler pendant un mois sur l’hexagone et qui est supposé être une mine de bonnes affaires.

Commençons par le début. Que vont proposer essentiellement les foires aux vins 2010 ?

-       Très majoritairement, du BORDEAUX ! C’est comme ça tous les ans, et aux nouvelles que j’en ai à l’heure où j’écris, encore plus cette année. Plutôt que de foires aux VINS, on devrait parler de foires aux BORDEAUX, plus de 80% des bouteilles vendues en 2009 étant des bouteilles de cette région. Dans tous les cas, même pour les rares bourgognes que vous y trouverez, vous feriez mieux de les acquérir ailleurs : les bons producteurs de Bourgogne ne « fricotent » que très peu avec la grande distribution. Vous les trouverez beaucoup plus sûrement chez les bons cavistes qui ont su dénicher les oiseaux rares et établir avec eux des relations durables.

-       Le millésime 2008 sera la vedette de l’année. C’est une bonne nouvelle ! Ca nous changera de 2007 de qualité médiocre, avec de rares réussites, une foule de déceptions et des prix encore très élevés. 2008 nous offre au contraire de belles réussites, aussi bien sur la Rive Droite (St Emilion, Pomerol, vins de Côtes) que sur la Rive Gauche (Médoc et Haut-Médoc) et au sud (Pessac-Léognan et Sauternes). Avec, et ce n’est pas rien, des prix raisonnables !

-       Il y aura aussi des 2006. C’est aussi une bonne nouvelle, les prix s’étant nettement assagis.

 

Quelques conseils de base :

 

-       Dans tous les cas, il vaudra souvent mieux choisir un « petit » château en 2005, 2006 ou 2008 qu’un « grand » en 2007 !

-       Méfiez-vous de la pratique commune à la plupart des enseignes : on met en avant quelques « locomotives » (Branaire 2008, La Lagune 2006, quelques grands 2005, voire des prestigieux premiers crus à prix exceptionnel) et le client, après en avoir acquis quelques flacons précieux, va remplir son caddie de « formidables » affaires sur des petits vins de « qualité incroyable » (et fortement recommandés par tel et tel « guide professionnel ») à 5 ou 6 euros (avec la 13ème bouteille gratuite si vous en prenez 12 !) . C’est là que le supermarché fait sa marge ! C’est là que le client se fait berner par des vins médiocres, quand ils ne sont pas carrément « bouchonnés » ! Car, si vous voulez acquérir des petits vins sympathiques à prix raisonnables, vous avez tout intérêt à faire confiance à votre petit (ou grand…) caviste de centre-ville, qui a sélectionné ses produits, les a goûtés, les a bien conservés et vous les vend à un prix tout aussi bas que la Foire aux Vins. Les affaires des foires aux vins, quand il y en a, portent TOUJOURS sur les grands, voire les très grands vins.

- Et encore faut-il les trouver vraiment ! Il est de plus en plus fréquent que par le dépliant alléché, le client se précipite aux premières heures d’ouverture pour acquérir l’objet de sa quête. Surprise : il n’y en a plus (car la Foire, réputée ouvrir ce matin à 9 heures, vend déjà depuis hier après-midi parce que c’était en place !). Ou il n’y en a jamais eu (« on n’a pas été fournis »). Le « Dans la limite des stocks disponibles » dispense le marchand de comptes à rendre. Certaines enseignes poussent même la plaisanterie jusqu’à ne vendre que sur commande : le dépliant présente des vins qu’ils n’ont pas. Et après quelques mois d’attente (et nombre de coup de fil !) vous apprendrez souvent qu’il n’y en a plus !

Bon. Vous l’avez compris, ce n’est pas la Caverne d’Ali Baba, pas non plus forcément l’attrape-nigaud. Les foires aux vins demandent un consommateur averti, qui prend le temps de l’information et ne se jette pas sur le premier mirage de bonne affaire. C’est à  ce prix que vous aurez le plaisir de voir vieillir vos beaux flacons dans l’ombre paisible de vos caves.

Le meilleur de tous les conseils : allez sur « Le 920-Revue.fr ». Vous y trouverez tous les Bordeaux de 1982 à 2009 avec leur qualité, le prix conseillé à l’achat et leur temps de garde. Et la visite est gratuite !

A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

Commentaires (10)

  • lmlevy

    lmlevy

    09 septembre 2010 à 19:11 |
    Réponse absurde, aussi absurde que le discours qui consisterait à dire que SEULS les bordeaux, SEULS les côtes du Rhône etc. sont bons. Il y a d'ignobles bibines en Bourgogne, acides, faisandées et chères ! Il y a aussi des joyaux, comme en bordelais (faut-il que vous en buviez de mauvais pour vous y noyer dans les tannins !). De grands et bons vignerons font de grands et bons vins dans toutes les régions de France et du Monde. D'infâmes marchands font des picrates imbuvables dans toutes les régions etc...

    Le dogmatisme est l'ennemi de toute vérité, pas que pour le vin.

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  • fiesole

    fiesole

    09 septembre 2010 à 16:16 |
    Pitié pas les bordeaux nom d'un chien buvez des BOURGOGNES ça c'est du vin et presque quelque soit le millésime .

    Oubliez les ces bordeaux (sauf peut-être le pomerol et peu d'autres) ils ont une renommée usurpée et je crois due aux britanniques et sauf bien sûr si vous aimez absolument les tanins en "masse"!

    Essayez et on pourra en reparler après.

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    07 septembre 2010 à 16:44 |
    Cher Léon-Marc,je regarde.toujours l’étiquette. Vous en avez offert de belles ici. Suduiraut dont un seul chemin sépare d’Yquem. Pour le millésime 76 il est meilleur qu’Yquem,en dégustation à l’aveugle. J’ai acheté régulièrement Suduiraut. J’en ai encore deux bouteilles 76. Ma belle mère disait que c’était « le bon Dieu en culottes de velours » Pichon-Baron c’est pas mal,quoique la Comtesse lui fasse beaucoup d’ombre,mais de moins en moins,surtout lorsque Baron est en magnum.

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  • OLIVIER EYQUEM

    OLIVIER EYQUEM

    07 septembre 2010 à 10:39 |
    Je serais curieux de connaître le chiffre d'affaires RÉEL de ces Foires. J'observe depuis 3 ans qu'elles n'attirent personne au Centre Leclerc de mon "bled" d'été. Chaque année, le même "caviste" de circonstance se rue sur moi pour me prodiguer ses "conseils". En 2009, je m'en suis débarrassé en lui demandant la meilleure année de Sidi-Brahim. Durant un bon quart d'heure, ses pleurs et gémissements ont retenti à travers le magasin. Le retrouverai-je aujourd'hui ? Et dans quel état?

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  • l.senecal

    l.senecal

    07 septembre 2010 à 08:40 |
    Formateur en œnologie dans un CFA de restauration de l'IDF, mon enseignement très basique et destiné à une jeunesse en difficulté, rejetée plus ou moins du système scolaire pour la plupart et en recherche de repère, ne me permet pas d'être au niveau des passionnés, que dis-je, des experts ou encore des "magiciens" qui nous parlent -pardon- évoquent avec talent les millésimes, les qualités ou les défauts des grands, très grands vins.
    Non, à mon stade, il s'agit ou s'agissait plutôt, à leur faire approcher un monde dont ils ignorent tout, sauf à être imprégnés d'une campagne "Anti-alcoolique" nécessaire, certes, mais dommageable aussi.
    C'est ainsi que je me suis amusé à créer un petit fascicule qui leur était destiné et qui d'une façon très scolaire (destiné aux 14/18 ans) à leur faire découvrir "Le monde inconnu de la vigne et du vin".
    Et de même je leur laissais des anecdotes ou des moyens mnémotechniques qui marquent leur mémoire. Exemple qui fait sourire, pour celles et ceux qui n'ignorent rien du langage particulier des "Ziva" (C'est un langage quoiqu'on en pense). Je leur demandais quelle était la ville principale de la région d'Armagnac. Ils me regardaient les yeux ronds, l'esprit vide. Pour leur en insuffler un peu (de l'esprit, j'entends), je leur disais que s'ils ne savaient pas, c'est "Auch". Ce à quoi ils me répondaient qu'en effet, c'était "Auch". Mais j'insistais en leur disant que c'était vraiment "Auch". Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'ils comprennent que je leur donnais ainsi le nom de la ville.
    Vous me pardonnerez, je l'espère, cette digression. Vous allez penser que je suis hors sujet et vous n'aurez pas tout à fait torts. Mais pourquoi alors ce commentaire ?
    Tout simplement parce que je voulais attirer votre attention sur un marché qui s'intéresse à une foule de gens qui ne sont ni des passionnés, ni même des connaisseurs bien informés de ce monde vinicole, si particulier, si divers, si complexe, que vous vous parcourez avec le plaisir que l'on ressent à vous lire.
    "La ménagère de moins de cinquante ans veut faire plaisir à son mari pour son anniversaire". Elle va dans un super-marché et choisi ou crois choisir un grand vin. Elle prend... Le plus cher. Ou du moins celui qui lui paraît le plus cher par rapport à ses moyens. Elle dépose la bouteille dans le caddy. Le caddy ensuite va son bonhomme de chemin du rayon des potages et des entremets, à celui glaçé des produits laitiers ou congelés. La bouteille va et vient, se tape sur les rebords ou même tombe à la renverse si elle a été mise debout. Arrivée à la caisse, elle est déposée sans ménagement entre la boite de petit pois et celle pour le chat. Elle roule, la malheureuse, sur le tapis et s'arrête brutalement au niveau de la caissière. Pourquoi la caissière plutôt que le caissier ? Bref !
    Elle retombe, cette belle et bonne bouteille (qui ? Le contenant ou le contenu ?) dans le caddy et sort avec celui-ci sous le chaud soleil d'un été caniculaire. Ensuite, on la jette dans le coffre et tout le long du trajet, elle va et vient selon les cahots et les virages.
    Le soir venu, le magnifique trésor gustatif dont la réputation a fait le tour de tous les ménages de France et de Navarre, va être ouvert en grande pompe pour célébrer les moins de cinquante ans (s'il ne cache pas son âge réel) du monsieur de la dame...
    Oui, je sais. Je suis bavard. Pardonnez-moi. Moi aussi, j'ai une passion. Celle d'enseigner la richesse incroyable de tous les produits gastronomiques ou autres de notre beau pays. Et quand je prends des supports d'enseignement destinés à des jeunes qui ont plutôt un à-priori contre l'alcool, je retrouve souvent des textes écrits par des passionnés qui ont du mal à se mettre au niveau d'un public complètement ignare et béotien en la matière. Voilà le pourquoi de ma réaction, pour ne pas dire de mon intervention.
    Ceci dit et pour en terminer, soyez chics. Comprenez qu'il n'y a pas que des ignorants en la matière et que je ne fais qu'attirer votre attention pour une petite partie de la population. Non pour l'ensemble. Une éducation à la dégustation des vins, qui ne sont pas de "l'alcool" mais qui contiennent de l'alcool (c'est fondamentalement différent) serait peut-être nécessaire, même dans notre beau pays. Non ? Qu'en pensez-vous.
    L. SENECAL.

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  • Domaine du Vin

    Domaine du Vin

    07 septembre 2010 à 00:33 |
    j'ai toujours été fasciné, lors des soirées inaugurales des FAV, par la vision du costard-cravate poussant bestialement son Caddie (et ses congénères) dès que le top départ est donné pour être certain d'attraper avant tout le monde les "quelques" bouteilles de Sociando-Mallet disponibles

    Il y a bien ceux aussi qui arpentent frénétiquement les allées en bousculant tout le monde, prospectus à la main, à la recherche des Mouton-Rotschild annoncés ...

    Ne serait-ce que pour ça, je trouve que ça vaut le détour

    Blague à part, je posterai ici avant la fin de la semaine une sélection de ce qui nous semble intéressant, notamment pour ceux qui n'ont pas la possibilité d'arpenter régulièrement la route des vins.

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    Fondateur du site www.ledomaineduvin.fr

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  • lmlevy

    lmlevy

    06 septembre 2010 à 20:16 |
    Dont acte. Mon propos ne concerne evidemment ni les Alsace Thierry, ni le Sauternais (qui est très honorable) sur 2007 (pour "domaine du vin") ! Mais j'adhere au propos de Thierry sur "l'hegemonie" voire "l'imperialisme" des vins rouges de Bordeaux sur toutes les autres regions. Mauvais bordeaux = mauvais vin ! Voir le 2002 superbe en Bourgogne et...inegal en bordelais. Il faut en finir avec le "bordeaux über alles" !

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  • Domaine du Vin

    Domaine du Vin

    06 septembre 2010 à 20:12 |
    Chronique très intéressante. Bravo.

    Si vous me le permettez, j'édulcorerais quelque peu vos propos sur la qualité "médiocre" du Bordeaux 2007.

    Si effectivement la qualité générale des merlots est très décevante, celle des cabernets est quant à elle plutôt moyenne, voire correcte pour certains vins.

    De plus, compte-tenu des quelques exemples que vous citez, je comprend que vous visiez surtout dans votre chronique les rouges bordelais mais il me semble important de préciser que pour les sauternes, 2007 est une très belle année... tout comme les chablis en Bourgogne monsieur Miller !

    __________________

    Fondateur du site www.ledomaineduvin.fr

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  • jocelyn

    jocelyn

    06 septembre 2010 à 20:09 |
    C'est un très bon résumé Léon-Marc. Je propose d'afficher ton texte à l'entrée de mon Leclerc

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    Jocelyn

    Vertivin - Club de dégustation à Vertou (44) - http://vertivin.over-blog.com

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  • Thierry Miller

    Thierry Miller

    06 septembre 2010 à 18:38 |
    Tout à fait d'accord avec l'expression "Foire aux Bordeaux", qui reflète le mieux la réalité. Bordeaux est un vignoble dont les chateaux ont du vin en grand quantité à vendre, production qui colle parfaitement aux besoins des grandes chaines de distribution, d'autant plus que le système de commercialisation passe par le Grand Négoce. Cela me parait normal qu'une grande partie du bordeaux vendu aux particuliers en France le soit par le biais de la GD.
    Maintenant, bordeaux a ses défauts, comme la tendance à annoncer le millésime du siècle tous les deux ans, et à faire valser les prix avec autant de précision, vigueur et de volatilité qu'un billet TGV...
    L'amateur de Bordeaux est comme ça, conventionnel jusqu'au bout des ongles : Même l'article FAV du magazine Capital nous montre les découvertes d'un panel d'experts dont un meilleur Sommelier du Monde, qui après mure réflexion nous conseille d'acheter ... du Sociando-Malet et du Cambon la Pelouse.
    Ce qui est plus embêtant c'est que Bordeaux décide de la qualité des millésimes en France. 2007 est exceptionnel en Alsace, mais comme à Bordeaux et en Bourgogne c'est moyen, on n'en parlera pas autant que 2005...

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