Noël aux parfums de Tlemcen !

Ecrit par Gilberte Benayoun le 23 décembre 2011. dans Souvenirs, La une, Recettes du monde, Gastronomie

Noël aux parfums de Tlemcen !

 

Eh non ! Pas de repas traditionnel classique pour la traditionnelle soirée en famille de ce réveillon de Noël, cette année. Rien n’est classique ni déterminé quand on a grandi et vécu sous le ciel de deux cultures. Dans la ville de mon enfance, à Tlemcen, où scintillaient déjà ici ou là dans la ville sapins et guirlandes de Noël à cette période, chez nous, dans la chaleur familiale de notre maison, c’était notre petite hanoukka accrochée derrière la porte de notre salle à manger qui faisait rayonner tous les ans, en scintillements ininterrompus, huit jours d’affilée, ces périodes de mon enfance où j’apercevais, planquée derrière la porte de ma chambre, nos « cadeaux de Noël » déposés par mon père au bas de cette porte, comme au bas d’un traditionnel sapin, tous les livres-cadeaux des Hanoukkas de mon enfance que ce petit chandelier à huit branches, qu’il accrochait toujours en haut de cette porte, faisait resplendir, comme je le racontais dans une autre vie.

Dans mes souvenirs de ripailles ces soir-là, pas de fruits de mer, non, ça c’est proscrit dans la religion juive, pas de dinde aux marrons, ni de bûche de Noël, mais d’autres délices, d’autres parfums, des petits plats inspirés de notre culture judéo-arabe.

 

Préparés par ma mère et ma grand-mère, expertes en la matière, un assortiment de petits plats cuisinés, aromatisés essentiellement au cumin et au piment rouge, ces fleurs odorantes aux parfums algériens, tous ces délices auxquels aujourd’hui je prends un secret plaisir à reproduire à ma sauce, à l’occasion de toutes sortes de fêtes, en famille ou entre amis :

 

– Carottes au cumin

– Salade algérienne poivrons, tomates

– Champignons de Paris

– Beignets d’aubergines

– Rondelles de courgettes aux petits oignons

– Fèves au cumin et paprika doux

 

 

Pour les carottes au cumin, je fais dorer à l’huile d’olive des petites gousses d’ail dans une marmite en fonte, j’y dépose mes rondelles de carottes, avec de l’eau à hauteur de leur quantité, des pincées de sel et de poivre blanc ; le tout parfumé, au cours de la cuisson, de grandes pincées de cumin et piment rouge en poudre. Environ une heure de cuisson, à faire mijoter à petit feu, jusqu’à absorption presque totale de l’eau. A servir dans des petits ramequins comme pour une kémia apéritive.

Pour les fèves : même recette, selon le temps de cuisson des fèves.

Pour les champignons : de gros champignons frais, bien blancs, même préparation, en faisant dorer, en plus de l’ail, des lamelles d’oignons blancs.

Pour les courgettes aux petits oignons : même recette en remplaçant les gousses d’ail par des lamelles d’oignons blancs.

Beignets d’aubergines : tremper des rondelles d’aubergines salées et poivrées dans une pâte à beignets, faire frire à l’huile d’olive.

Salade poivrons, tomates, qu’on appelle plus communément chez nous la « shlada » : gousses d’ail dorées à l’huile d’olive, tomate pelées cuites à petit feu pour faire une sauce, dans laquelle sont incorporés au bout d’une demi-heure environ, des lamelles de poivrons préalablement grillés au four pour enlever la peau. Saler, poivrer, et au cours de la cuisson saupoudrer de piment rouge, doux, ou piquant, selon les goûts. Rajouter de temps en temps un peu d’huile d’olive, cuire à feu très doux au moins 2 ou 3 heures, selon la quantité, pour obtenir un appétissant petit plat mijoté.

En dessert, la cerise sur le gâteau : cigares aux amandes trempés chauds dans du miel : pour environ 250 grammes de poudre d’amandes, 75 grammes de sucre blanc, 4 jaunes d’œufs, et quelques cuillerées d’eau de fleur d’oranger, le tout à malaxer en pâte homogène. Diviser en quatre triangles des feuilles de briques, farcir chaque triangle d’une cuillerée de cette pâte d’amandes ; rouler le triangle comme on roule une cigarette, coller les extrémités avec du jaune d’œuf pour fermer le cigare ; laisser sécher une petite heure les cigares ainsi préparés, avant de les tremper dans l’huile bouillante, dans une grande poêle à frire, à peine quelques secondes ; ensuite, tout chauds sortis de la poêle, et bien dorés comme du soleil, les laisser tremper 2 minutes dans du miel liquide réchauffé dans casserole. Les servir chauds ou froids.

 

Bonnes fêtes et bon appétit !

 

 

Gilberte Benayoun

 

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

Commentaires (6)

  • jocelyne

    jocelyne

    30 décembre 2011 à 15:27 |
    Evocation agréable et savoureuse, en filigrane une nostalgie certaine que je partage.Des recettes délicieuses qui se perpétuent de génération en génération pour raviver les souvenirs et satisfaire les palais fins.
    Un grand merci Gilberte.

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  • Paul Benaych

    Paul Benaych

    27 décembre 2011 à 18:37 |
    Chère,
    Ce soir, c'est le dernier soir de la Hanouka 2011, et en dessert, lecture de ce beau texte qui fait vivre des émotions intactes et neuves, toujours renouvelées. Au cas où l'on aurait besoin de réactiver quelques recettes fondamentales, pas de problème, c'est précis, savoureux et parfumé. Merci beaucoup. Continue à entretenir cette mémoires des papilles.

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    27 décembre 2011 à 07:28 |
    D'abord, chère Madame, merci pour cette évocation de votre prime jeunesse en Algérie à Tlemcen. Comme vous avez raison d'insister sur cette double culture "judéo-arabe" dont vous vous réclamez - en ces temps de haine (malgré les espoirs récents liés aux révolutions démocratiques au sud et à l'est de la Méditerranée)...
    Ensuite, bien-sûr, merci pour ces recettes odorantes et ces plats cuisinés, si bien décrits par vos soins, qui sentent si bon le soleil et les épices et qui réchauffent ainsi nos courts jours actuels d'hiver.
    Allez... ! J'en salive d'avance... Mais attention ! Je sais que je ne dois pas faire d'abus, bien que très jeune retraité (seulement) ; tout particulièrement en ce qui concerne les épices...
    Enfin, gardez avec fierté et assurance votre "double culture", car le XXIe siècle est déjà – et sera de plus en plus – métissé, comme l'ont si bien écrits Edgar Morin (1) et Jean-Claude Guillebaud (2) dans deux livres assez célèbres.
    (1)- "Terre-Patrie" : Edgar Morin (et Anne Brigitte Kern) - Le Seuil
    (2)- "Le commencement d'un monde - Vers une modernité métisse" : Jean-Claude Guillebaud - Points

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    26 décembre 2011 à 22:34 |
    mille merci pour tous ces parfums de l'Algérie, et peut-être de l'Arabie, quelque part ! particulièrement sensible à votre choix d'un mélange saveurs, odeurs, enfance ; Noël, version idéale, en fait.

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  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    24 décembre 2011 à 17:39 |
    Merci de la part d'un tlemcénien bon teint qui lui non plus n'a jamais cessé, grâce à sa feue-sa belle-mère, et maintenant grâce à son épouse qui avait de qui "tirer" (comme on dit), non, jamais cessé de pratiquer et Hanouka, immédiatement suivi du Noël des enfants ...
    Merci beaucoup de ces senteurs évoquées : nous venons de les revivre à 17 convives ! Bonnes continuation ... M.L.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    23 décembre 2011 à 20:39 |
    Succulent Gilberte! J'en ai l'eau à la bouche! Après tout, le réveillon, ce n'est pas seulement - ni forcément! - les huitres, le foie gras ou la dinde...

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