Chronique de la gestuelle du piéton lambda désirant traverser

Ecrit par Luc Sénécal le 25 mai 2013. dans Ecrits, La une, Humour

Chronique de la gestuelle du piéton lambda désirant traverser

Deux individus devisent sur une toute nouvelle disposition du code de la route :

Savez-vous mon cher, quel geste le piéton devra faire pour traverser la voie publique en dehors des passages que l’on dit « protégés » ?

Non cher ami. Peut-être devra-t-il se mettre face aux automobiles les bras en croix ?

Vous n’y songez pas. On le retrouvera décalqué sur quelques calandres d’autobus.

Alors je ne sais que vous dire. Peut-être qu’en faisant le salut hitlérien ?

Dans ce cas, à défaut de retrouver son bras aux objets trouvés sur la voie publique, au mieux subira-t-il une longue rééducation avec la prothèse qui remplacerait ce membre si imprudemment présenté aux automobilistes.

Eh bien dans ce cas, il pourrait tout aussi bien lever une jambe…

Ah ah ah ! Vous me faites rire. Il marcherait au pas de l’Oie alors ? Quelle imagination.

Et le bras d’honneur, qu’en pensez-vous ?

Pas de provocation voyons. Il s’agit de se montrer courtois.

Bon. Puisque mes suggestions ne vous conviennent pas, que proposez-vous ?

Eh bien, s’il n’est pas timide, il lève les bras au ciel.

Et une voiture de police passant par là, supposera qu’il s’agit d’un repris de justice pour l’embarquer aussitôt.

Mais non ! Quelle idée. En levant ainsi les deux bras, il signifiera son intention…

De se rendre, reprend l’autre aussitôt. De se rendre où ? De l’autre côté de la rue ? C’est une idée en effet.

Oui. C’est vrai. Ce n’est pas très élégant.

Et si plutôt il était timide, qu’oserait-il faire, à votre avis ?

Il tournerait le dos, présentant son arrière train.

Aïe le pauvre.

Ou bien il se mettrait à genoux. Il joindrait les deux mains dans une intense prière afin de quémander une grâce divine pour qu’intervienne une trêve. Ce, juste avant que de se lancer bravement sur la chaussée.

Mais pourquoi voulez-vous qu’il se suicide ? Vous ne voulez pas qu’il rampe non plus ?

Oui, vous avez raison. Le problème est épineux.

Et s’il se revêtait de quelque armure comme les chevaliers au moyen-âge ?

Et de se retrouver alors sur le radiateur d’une Rolls avec la figurine qui rentre et qui sort en vain pour l’inciter, le pauvre, à quitter cette pose idiote qui serait la sienne et ce sourire niais qui lui irait si bien ?

Et si tel l’aveugle, il avait un bâton blanc. Ou plutôt rouge fluorescent. C’est ça. Un bâton bien visible.

Et si un véhicule touche le bâton, soit celui-ci s’envole pour se ficher dieu sait où, soit cela lui fait faire un demi-tour aussi sec sur lui-même, en risquant d’embrocher tout ce qui serait autour de lui.

Certes. On n’est pas aux arènes et le piéton n’est pas un toréro.

Mais je reviens sur une idée. En mettant les bras bien parallèles à l’horizontale de part et d’autre de son corps.

Là, il ferait l’avion, mon cher. Pour peu qu’il soit happé, le voilà qui partirait pour un bref envol, battant des ailes avant que de s’affaler comme une vieille chiffe sur le macadam.

Alors il battrait des mains.

Bravo, bravo, bravo, bravissimo. Il ferait tellement plaisir à l’égo des conducteurs qui passent devant lui, que ceux-ci le salueraient comme quelque star en goguette ou autre personnalité en vue.

Bon. Décidément que pourrait bien faire un piéton sortant entre deux voitures sur la voie publique, pour faire comprendre aux conducteurs des véhicules fonçant à sa rencontre, qu’il voudrait bien traverser ?

Ah très cher, je ne vois pas d’autre solution que de faire le signe de croix.

Et dans sa chronique funèbre nous pourrions lire : Ce fut hélas le dernier geste de son existence…

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.