Le dernier Lapon

Ecrit par Léon-Marc Levy le 03 novembre 2012. dans La une, Culture, Notre monde, Voyages, Littérature

Olivier Truc, Editions Métailié, roman, septembre 2012, 453 pages, 22 €

Le dernier Lapon

 

AVEC L'AUTORISATION DE « LA CAUSE LITTÉRAIRE »

 

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » – la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Deux policiers (un homme et une femme) mènent l’enquête. Lui, c’est Klemet, un indigène sami justement. Elle, c’est une jeune femme, policière de fraîche date, Nina. Ils forment un tandem attachant et sympathique. Klemet, vieillissant, désabusé par une vie médiocre, bougon mais au cœur d’or. Nina, jolie, intelligente et d’un sérieux à toute épreuve.

Le premier chapitre nous met déjà la puce à l’oreille.

 

« 1693. Laponie centrale »

 

Si Olivier Truc commence son livre par un flashback qui nous plonge au cœur de la tradition indigène, c’est que c’est là le sujet central de son roman, au-delà du « polar » nordique. Le vrai propos c’est le choc de deux civilisations, de deux époques. Comment un pays moderne peut-il vraiment intégrer des cultures ancestrales ou, plus justement, comment des descendants d’indigènes peuvent-ils garder la mémoire ancestrale tout en s’intégrant à la modernité ?

 

« Puis la voix se tut. Le silence s’imposa. Le jeune Lapon aussi restait silencieux. Il avait fait demi-tour, voguant la tête pleine des râlements du mourant. Son sang avait été tellement glacé qu’il avait été saisi d’une évidence. Il savait ce qu’il devait faire. Et ce que, après lui, son fils devait faire. Et le fils de son fils ».

 

Et c’est bien les descendants que l’on retrouve dans l’énigme qui se noue ici. Parmi eux une figure dominante, forte, Aslak, Sami qui refuse toute intégration et vit dans les bois glacés avec ses rennes et sa femme à moitié folle. Tout le sens de sa vie est la conservation de la mémoire sami, mais dans une sorte de volonté désespérée, sans avenir.

 

« Le renne était un bon animal si l’on savait en prendre soin. Il nourrissait, habillait. Les plus habiles savaient transformer ses bois en étuis ou en manches de couteau, en bijoux. Aslak aussi savait. Il savait aussi manier l’argent, le métal noble des nomades lapons, ce métal que l’on se transmettait de génération en génération, de transhumance en transhumance. Il savait tout cela, et il savait qu’après lui tout serait perdu ».

 

Olivier Truc nous immerge dans cet univers glacé et glaçant avec un vrai talent de conteur, porté par un style fluide, élégant. On se laisse porter dans ces étendues froides, ces aurores boréales, ces tempêtes de neige, ces violences humaines qui viennent s’ajouter à la violence sauvage de la nature polaire.

Le dernier Lapon est un voyage initiatique au cœur du grand nord scandinave, un pays qu’Olivier Truc, documentariste spécialisé dans les pays nordiques, connaît particulièrement bien et dont il nous fait partager ici l’immense beauté, l’immense dureté, l’immense obscurité.

 

« Lundi 13 janvier. Lever du soleil 10h41 ; Coucher du soleil : 12h15. 1h34 d’ensoleillement. 9h Kautokeino ».

 

Un très beau premier roman.

 

Léon-Marc Levy


A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

Commentaires (2)

  • Maurice Lévy

    Maurice Lévy

    08 novembre 2012 à 12:03 |
    Léon-Marc nous en dit peu, mais juste assez de quoi nous hameçonner. Le froid, le mystère, le début lointain et pas grand chose sur l'énigme ... quoi de mieux pour nous rendre curieux ???
    Maurice Lévy

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    • Danielle Alloix

      Danielle Alloix

      09 novembre 2012 à 15:37 |
      Vous avez parfaitement raison ! une recension réussie, c'est donner envie ; Rien à voir avec la 4ème de couverture !! et c'est ce qui est impeccable, ici.

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