Souvenirs

"Reflets d'un Temps révolu" : les noyés de la Marne ?

Ecrit par Jacques Petit le 15 décembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour


Je ne saurais dire si cela se passait en 1947 ou 1948, je ne parviens pas à trouver un repère indiscutable pour l’année.

A cette époque, la jeunesse des quartiers de la zone rouge (c’est comme ça qu’on appelait le chapelet de HLM en briques rouges qui s’étaient construits tout autour de la « petite ceinture » sauf peut-être vers le XVIème et XVIIème) se rendait compte, consciemment ou inconsciemment, que leur puberté naissante avait eu « chaud aux miches », que beaucoup de leurs « potes », qu’on avait marqués d’une « étoile jaune », avaient disparu, après que la « flicaille »  de Paname les eurent parqués dans un lieu réservé au sport, à la joie, aux applaudissements et à l’admiration, le sinistre à jamais Vel d’Hiv.


Confessions intimes

Ecrit par Sana Guessous le 10 décembre 2010. dans La une, Ecrits, Souvenirs, Société

Confessions intimes


Plan général. Sofa grisâtre, affaissé. Tapis granuleux, parsemé de grosses miettes de pain. Table ronde à roulettes. Nappe en plastique poisseuse. Elle. Oeil torve. Indéfinissable grimace aux lèvres. Trois couches de vêtements informes. Extrémités flasques.

Plan moyen serré. « J’aurais dû m’en douter », balbutie-t-elle dans un souffle discret, pénible. L’œil est à présent hagard. « Il était trop beau pour être… vrai. Comment vous dire… Mais vous le savez, vous qui êtes intelligente. Hein, que vous le savez. Les choses précieuses, les « vraies » choses sont rarement clinquantes. Il était tapageur. Il me rugissait sa splendeur. Son éclat était tonitruant. » Elle s’arrête, avale sa salive et reprend d’une voix mourante : « Il était en toc. »

C'est ça l'Amour...

Ecrit par Mohamed Guessous le 01 décembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour

C'est ça l'Amour...

Le souvenir est confus, étroit et sinueux comme les ruelles de cette vieille Médina. Tout ce qui enveloppait l'histoire n'était pas aussi clair, aussi précis que la beauté de son visage. Les événements de l'époque aussi importants qu'ils pouvaient l'être, n'avaient trouvé place dans ma mémoire saturée par l'éclat et la grandeur de ses yeux. Le décor était flou, les figurants n'avaient pas de visage, la scène se déroulait dans un brouillard qui auréolait son être, l'épargnait pour mieux mettre en valeur sa silhouette fine et gracieuse. Tout ce qui bougeait, gesticulait, était figé comme pour ne laisser apparaître que sa démarche naturelle mais combien majestueuse, tout ce qui pouvait marquer un mouvement, un rythme n'était perceptible tant la magie du roulis de ses hanches prévalait et paralysait tous les regards. Même la saison était indéfinissable si ce n'était ce vêtement négligé sans couleur ni forme qu'elle arborait et laissait voir tantôt une infime partie de ce qui se devinait être une superbe poitrine, tantôt un tracé ou un galbe qui dévoilait à la faveur d'une échancrure, des extrémités d'un exceptionnel façonnement.

Pas qu'une question de handicap

Ecrit par Jean Le Mosellan le 28 novembre 2010. dans Souvenirs, La une

Pas qu'une question de handicap

Comment s'est-elle attachée à moi ? C'est simple, j'ai augmenté son périmètre d'autonomie. Bien prétentieux ça. Non, non, c'est la vérité, quoique l'histoire nage un peu dans le trouble, ou l'impur, toujours affaire de  convictions, et de concentration aussi.
Tout commença quand elle s'était aperçue que son périmètre s'était rétréci au golf, le centre du cercle étant les toilettes. Imaginez le regard d'une terrasse de club house braqué sur vous, après seulement quatre trous, marchant vite, puis courant comme si on vous demandait d'urgence au bar, les W.C n'étant pas loin. Le manège répété parfois jusqu’à quatre fois par jour c'est tuant. Vous n'avez plus d'alibi.
Voilà le motif de consultation d'Alexandra, professeur des Ecoles. Après trois mois de traitement intensif (quand même chanceux, puisque j'avais hésité entre deux affections cousines, pas orphelines, autrement j'étais cuit, ayant par surcroît de chance le même traitement, à peu de chose près) elle se mit en tête de voyager.

Reflets d'un temps révolu : le service militaire

Ecrit par Jacques Petit le 28 novembre 2010. dans Souvenirs, La une

Reflets d'un temps révolu : le service militaire

NDLR : De nombreuses parties informatives de ce texte proviennent de sites d'universités Lille, Picardie... (partie en italique)


J’étais un rappelé de la classe 52/2.

C’est ce petit bout de papier,  pas très flamboyant  - il faut dire que l’Armée n’a jamais eu de gros moyens  -  le diplôme N° 251/TRANS /TA , qui m’a valu d’être rappelé au titre de Brigadier-chef (dont  la solde est très proche de celle d’un sous/off).

Vous avez pu vous rendre compte sur la photo que nous étions assez nombreux, dont trois « bricards-chef » de carrière.

Yvette s’étant trouvée enceinte,  2 semaines avant la réception de mon ordre de mobilisation,  la solde n’était pas un aspect négligeable.

Notre XIIIème (3)

Ecrit par Jacques Petit le 05 novembre 2010. dans Souvenirs, La une

Notre XIIIème (3)

Pas trop mal doué pour les études, mais indiscipliné au possible, j’avais néanmoins pu entrer  à l’école commerciale de l’avenue de Choisy dans le 13ème.

Ca me plaisait. Les premiers mois se passaient bien ; il y avait, outre les matières  classiques, des cours d’Anglais, de sténographie, dactylographie, sciences ; là où le bât a commencé à blesser, c’est avec le Prof de sciences ; il exigeait des encres de couleurs différentes  (plusieurs) ; je me suis permis de lui dire que mes parents n’étaient pas très riches, et que cela posait problème.

Il n’a jamais voulu rien savoir. C’est remonté jusqu’au Directeur qui m’a donné un délai : « si, d’ici à 1 semaine, vous n’avez pas les bouteilles recommandées par M. X, vous serez mis à la porte ».

Je suis resté sur mes positions, avec mon entêtement habituel ; je n’en ai jamais parlé à mes parents.

Ma's Face (English)

Ecrit par Ricker Winsor le 01 novembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour

Ma's Face (English)

 

I was in the first grade with the purple-faced Mrs. Reagan when my mother had the first operation on her face to remove a tumor. This wasn’t the one that took the facial nerve; that came later. Still, it was difficult for a little boy to see his mother’s fine, beautiful face all sunken in and scarred. It was not the same face, possibly not even the same person. Surgery fifty years ago was mean and rough ? no refinement. I can’t remember how much explanation I got about all this, probably not much. My oldest sister, Ann, knew that Ma was facing possible death. I remember she mentioned this but it didn’t sink in, at least not on the conscious level. During that operation, during the ones that followed, and even during the mastectomies that happened during my twenties, I never let myself think that my mother might die. And she didn’t, not until a long time later. We just didn’t go there ? consciously.

Les derniers jours

Ecrit par Jean Le Mosellan le 01 novembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour

Les derniers jours

Parmi les voies impénétrables de la Grâce, il y a la sienne. Du dimanche, Gilette n’était pas formidablement chrétienne avec sa manière de faire l’église buissonnière. Elle l’était souvent par contre le reste de la semaine. De l’avis général elle était soucieuse du sort des autres. Pour elle c’était parmi eux que se trouve le prochain, tel qu’il a été décrit dans la parabole du Bon Samaritain. Est-ce la bonne façon pour se signaler au Seigneur ?  En vérité, elle ne se posait pas la question sous cette forme. Faire le bien, c’est un peu adoucir le sort du prochain, et elle savait comment faire. Que le Seigneur la regarde ou non lui était vraiment secondaire.

Elle connaissait le cheminement de l’Apôtre Paul, le treizième, celui en surnombre, non choisi par le Christ lors de sa prédication, une espèce d’avorton, selon son aveu même dans la première Epître aux Corinthiens (1Co 15-8), le persécuteur de l’Eglise primitive, dont le destin a basculé après le chemin de Damas pour devenir sanctifié parmi les saints, au point d’être régulièrement lu à la messe pour l’édification des fidèles. C’est dire le manque de lisibilité de la Grâce, et aussi l’ampleur de la Miséricorde.

"Reflets d'un temps révolu" : notre XIIIème (2)

Ecrit par Jacques Petit le 29 octobre 2010. dans Souvenirs, La une

Pour lire le chapitre précédent

 

C'est pour cela que ceux qui ont eu la chance de se retrouver dans les rues de Paris où ailleurs, en France, le 8 Mai 1945, ont vécu un jour de liesse, sans retenue, se rendant bien compte tout au long de cette journée, où en outre, il faisait un temps magnifique dans la capitale, qu'ils sortaient du cauchemar. Tout n'était pas encore rose, mais ils se réveillaient d'un cauchemar noir, si noir.

Chaque Française, chaque Français qui a vécu ce jour en France, en garde un souvenir indescriptible, où la joie se mêlait aux pleurs, car chacune, chacun avait ses petits drames personnels.

Vocation

Ecrit par Eric Eymard le 25 octobre 2010. dans Souvenirs, La une, Musique

Vocation

À 5 ans, j’avais pour curieuse habitude de m’intéresser aux disques en vinyle de mon père.

Je pénétrais dans l’immense bureau, m’asseyais devant les colonnes cubiques disposées un peu partout sur le sol et sortais les galettes noires de leurs emballages colorées. Libérant ainsi Frédéric Chopin ou Jean Sébastien Bach de l’étreinte pesante d’un Fats Waller ou d'un Big Sid Catlett.

Je me contentais de reconstituer les piles en disposant les disques nus les uns sur les autres, soucieux, peut-être, de retrouver la ronde apparence qui sied à toute colonne digne de ce nom.

L’exercice s’arrêtait là.

Les enfants de 5 ans ont parfois d’étranges lubies.

<<  5 6 7 8 9 [1011  >>