Souvenirs

On m’a volé le Mur de Berlin

Ecrit par Sabine Aussenac le 15 novembre 2014. dans Souvenirs, La une, Histoire

On m’a volé le Mur de Berlin

On m’a volé le Mur de Berlin.
Déjà à l’époque, je me sentais comme derrière un rideau de fer.
Car Berlin était bien the place to be…
Mais moi, toute jeune professeur d’allemand, j’étais bloquée, enceinte jusqu’aux dents, en Auvergne, dans Clermont la Noire, avec ma princesse de quatre ans et mon cher et tendre number one, lequel était cheminot, et avant tout syndicaliste. D’ultra-gauche, il aurait fait passer Mélenchon pour un membre de l’UMP ; je vivais sous une dictature des idées qui aurait fait pâlir Pol Pot : je n’avais même pas le droit de posséder un téléviseur, car de tels objets sataniques faisaient bien sûr partie de la société de consommation et du Grand Capital abhorré…
Parfois, je fuguais en douce, ma fille sous le bras, pour regarder Miami Vice chez les voisins, en rêvant d’un repas au Mac Do, avant de rentrer éplucher les légumes de notre potager…
Le jour où l’Histoire bascula, j’étais couchée, malade, mon petit transistor collé à l’oreille. Je me souviens avec précision de ma joie et de mes larmes.
Ma joie en pensant très fort à Iris, ma correspondante allemande ; des années durant, nous nous étions écrit et avions échangé pensées, coups de cœur et cadeaux… Je revoyais son visage radieux et les petites figurines en bois tourné fabriquées dans le Erzgebirge, ce massif montagneux où elle passait ses vacances ou partait en camp de « pionniers », qu’elle m’envoyait depuis la RDA, depuis Dresde… En échange, je lui avais offert son premier jean, et puis tous ces vinyles des Stones, de Abba… Nous avions, jeunes adolescentes, rêvé en vain notre improbable rencontre…
Mes larmes, car en tant qu’enfant de l’Europe, j’aurais tellement aimé en être, de cette fête autour de la Chute du Mur… Entre une mère de Rhénanie et un père né dans le Tarn, j’avais toujours navigué entre les forêts de sapins enneigés et d’immenses champs de tournesols, entre Heine et Hugo, Renoir et Klimt… J’avais quelques années auparavant rédigé mon mémoire de maîtrise sur « La révolte de la jeunesse en RFA », y évoquant les premiers mouvements alternatifs, les squats, la naissance du mouvement écolo, et j’eusse tant aimé, en cette semaine de 1989, moi aussi, devenir « le peuple »…
Mais non. Même les images de ce bouleversement du monde m’étaient refusées, et ce n’est que de loin que je les pressentis, en ce jour où le mur tomba : l’allégresse et la joie, qui se mêlaient en ce ciel enfin réunifié et qui m’atteignaient jusqu’au fin de ma solitude.

Deuil public

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 15 novembre 2014. dans Souvenirs, La une, Actualité

Deuil public

La mort d’Abdelwahab Meddeb et celle de Manitas de Plata, le même jour, pour moi, ça fait beaucoup ! Pas pour tout le monde, bien sûr, parce que l’un, à quatre-vingt-treize ans était un peu oublié et l’autre, n’était malheureusement pas aussi médiatique que certains barbus sanguinaires.
Je me souviens d’avoir écouté en pension sur mon petit transistor clandestin, le 11 octobre 1963, les émissions consacrées à Cocteau et celles en hommage à Edith Piaf, morts tous deux le même jour. Je ne savais pas si je devais être deux fois triste ou si, dans le fond, ce n’était pas une bonne chose de grouper les mauvaises nouvelles pour ne pleurer qu’une fois. Piaf laissait tout de même des disques, comme le fabuleux guitariste flamenco et Cocteau une œuvre artistique et morale comme le grand intellectuel qu’était Abdelwahab Meddeb. Avec cinquante ans de plus, je ne sais toujours pas ce que la disparition de grandes et belles figures publiques signifie pour le commun des mortels qui les a admirées. Est-ce que la notion de deuil public signifie quelque chose de plus ou de moins que celle de deuil privé ? Savoir que cinquante ans après, Cocteau et Piaf existent toujours pour des millions de gens alors que ma grand-mère, morte l’année suivante, ne vit plus que dans le souvenir d’une dizaine de personnes encore vivantes qui l’ont connue, est-ce là une consolation ou, au contraire, matière à s’étonner davantage de la magnifique absurdité de la condition humaine ? Je n’en sais rien.
Manitas avait l’âge d’aller gratter sa guitare chez Saint-Pierre. Et puis sa vie n’était plus très belle. Lui qui avait vendu des dizaines de millions de disques, qui avait flambé dans des voitures de luxe et dilapidé des fortunes avec des jolies filles, n’avait plus maintenant qu’une petite vie étriquée de grand vieillard ruiné. Je l’avais approché du temps de sa splendeur, dans les années quatre-vingt, un soir, où, par je ne sais quelle faveur spéciale, nous avions été autorisés à prolonger une soirée dans l’auberge de Camargue que son clan avait réquisitionnée pour la nuit, après le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer. Quand sa bande a investi les lieux – une trentaine d’hommes plus noirs que la nuit et quelques femmes d’une beauté provocante – devant les mines patibulaires des gitans, les dîneurs de l’auberge se sont éclipsés. Le patron a dû négocier l’autorisation pour notre tablée de rester discrètement un moment. A-t-il fait valoir que nous étions des juges ou s’en est-il bien gardé ? Quand Manitas a fait son entrée, après que quelques jeunes guitaristes et danseuses eurent chauffé l’ambiance, nous avions fait la preuve de notre silencieuse fraternité. Nous avons même eu la faveur d’un sourire bienveillant de l’homme aux petites mains d’argent. Ensuite, il a pris sa guitare, les femmes ont dansé, les hommes ont frappé des mains et ont chanté et j’ai su que je vivais une des plus belles nuits de ma vie.

«  souvenirs d'été » : Un été sans frein

Ecrit par Luce Caggini le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

«  souvenirs d'été » : Un été sans frein

« Eté roche d’air pur »…
Vendredi 20 Juin Paris :
Je suis encore à la maison, chez ma mère. Six heures du soir.
Devant moi, recevoir ses murs vibrants en pleine gueule.
Hier à cette même heure je n’avais pas encore réservé mes chambres d’hôtel à Ajaccio. J’étais dans une autre saison où les informations qui me parvenaient se mettaient en quatre pour me dire mes destins les plus fous et les plus secrets.
C’était Aout 1914
C’était l’été 42
C’était le 21 Juin 2014 le jour où l’été de ma vie s’est pris pour un jeune homme avec une tête de printemps.
La première ville où je me suis présentée était dominée par ce que tous ses habitants prenaient pour une grande montagne, l’Adour, que nous appelions le Murdjadjo ou la Montagne des Lions. Chaque été elle avait son heure de gloire avec ses processions de chrétiens, de juifs, de musulmans, croyants, demi-croyants, incroyants, avec leurs paniers de mounas, de figues, de tomates, de pastèques.
Je ne me souviens pas que l’on ait mentionné de bouddhistes, je ne sais même pas si ce mot avait une réalité dans le vocabulaire des oranais. Pieds-nus, en espadrilles, en bottines ou en babouches, c’était les mêmes senteurs, les mêmes pierrailles et par-dessus tout le même ciel.
Comme le petit papillon qui se serait partagé en deux ailes, comme le rabbin dont les prières iraient déraciner deux petites herbes entre deux pierres du mur des lamentations, nouerait pour ne pas les perdre les deux pans de sa chemise de rabbin, la Montagne des Lions pourvoyait chacun de ses grimpeurs d’une mondanité de bénédictions magnétiques d’égale chaleur humaine.
Comme certaine saison qui n’arrive pas à s’en sortir, je n’arrive pas à y entrer dans cet été dont ses trois lettres, é-t-é, sont comme une nouvelle marque de fabrique pour ma vie.

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Banal : les bogues de châtaignes qui tombent… ploc, l’automne ! Le bruit infini de la neige silencieuse qui a tout étouffé pendant la nuit – même volets fermés, on la « sait », la neige ; la pluie fine du printemps ; chaque goutte posée sur les premières feuilles… Mars, et ce n’est plus – du tout – le son des averses hivernales. Et puis, surtout, tous les bruits de l’été-roi… Chance qu’on a sous nos climats tempérés de marcher, comme ça, avec les  saisons. Un collègue, parti enseigner – la musique, qui plus est – sous les Alysées des Iles Marquises, m’avait confié la petite mort que c’était, ce climat uni, cette lumière toujours allumée, ce manque de sons des différences d’ici…
Les saisons, chez moi, sont passées – toujours – par les sons et aussi, bien sûr, les odeurs – tout ce qui vient, facile, rien qu’en fermant les yeux. L’été, c’est là que c’est plus fort, et qu’on redevient, mine de rien, cet animal aux aguets des bruits alentour, qu’on a sans doute été dans une autre vie…
Flashs dans un désordre non moins goûteux de clafoutis…
Petite enfance campagnarde… vrombissements d’abeilles sous le grand tilleul de la cour, le bruit fatigué des roues des charrettes de foin, sur la terre battue des chemins du bocage Bourbonnais – à égalité avec l’odeur – mi-herbe séchée, mi-bouse de vache fraîche… De mon adolescence boudeuse et déjà si littéraire – le bouquin dès le petit matin, partout et tout le temps, sur le porte-bagage de la bicyclette, le drap rayé de la chaise-longue ; jeu de piste facile pour me trouver… les insectes du jardin des grands-parents – une comptine, presque ; le bruit des pages tournées du livre – un drôle de son, pas le même qu’en intérieur, le piétinement lourd des animaux et quelques beuglements feutrés. On les rentrait alors chaque soir… une cloche, loin, qu’on entendait que par beau temps ; le sifflement à huit heures tapantes de la Micheline qui gagnait Montluçon – la ligne, n’existe plus depuis belle lurette…
Étés d’ailleurs… l’impression, en Inde, dans ces « petites » villes qu’on nommerait métropoles, que le silence, jamais ne vient ; à se demander s’il existe même. Petit matin – 4, 5 heures –, vrombissement de voitures, klaxons intempestifs, brouhahas de la foule, pour autant peu causante, affairée simplement ; un océan de visages ; le son pour ainsi dire coupé… Là-bas, dans l’Afrique des grands plateaux, quand – pile sous l’Équateur – le soleil reprend son service, à 6 heures ; safaris-photos du petit matin, les meilleurs ! on murmure en guettant – une chasse, comme l’autre – la fuite du Léopard ; toute la beauté du monde… bruits infinis, palette de tous les cris des animaux qui, jamais ne dérangent ni la montagne, ni la savane… harmonie, ou quelque chose comme ça, qui nous faisait nous taire… enfin !

«  sports d'été » : Ronds l’été, rectangles l’hiver

Ecrit par Lilou le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Sports

«  sports d'été » : Ronds l’été, rectangles l’hiver

A moi, mes terrains de jeu sont rectangles l’hiver, et ronds l’été… Rugby, foot et corridas en d’autres termes. Pantouflard, populeux, nationaliste, barbare, blaireau, oui, on peut être toutes ces choses à la fois à conjuguer avec abnégation les défauts « visibles » d’aimer le foot, le rugby et les toros. Et tout ce qui va avec dont ceux qui n’y connaissent rien se délectent par quelques abus de langage au mieux, enfoncements de portes ouvertes au pire.
Dans quelques jours aura lieu à Nogaro, village planté là depuis 1000 ans en plein milieu de la route de Toulouse à Bayonne, la 55ème corne d’or… Une semaine pile avant que la vie s’y arrête, il est annoncé partout, et par vol spécial de palombes que tous les chemins du bonheur mènent dans la Rome gersoise, et que Ibaneza, vache brave parmi les braves, coiffera Fédérale dans le panthéon de la course landaise. Il paraît même que des alevins de truites sauvages s’entraînent à sauter très haut dans le ciel, depuis leur Adour natale, à 18 kilomètres de là, afin de pouvoir lundi 14 juillet voir ces vaches concourir pour le titre très envié de championne de France.
Ainsi est posé le décor d’un été aux terrains de jeu ronds comme les ruedos de sable jaune ou ocre qui l’hiver venu deviennent aussi beaux que le regret d’un souvenir qui ne s’éteint jamais.
Avant ce 14 juillet que tout un peuple attend, il faudra partir fêter Firmin du côté de Pampelune… 24 heures de cette vie-là, arrimée à la Navarre depuis la nuit des temps entre le 7 et le 14 juillet de chaque année, suffisent à traverser le monde pour le simple bonheur d’en être. Pampelune est une ville extraordinaire loin des logiques géographiques ou géométriques, il y a là-bas plusieurs centres, plusieurs cœurs, et de très nombreuses hypoténuses, ça dépend juste de là où l’on se trouve et surtout à quelle heure du jour ou de la nuit. C’est comme une expression concrète et sans cesse renouvelée du principe de la relativité.
Les journées de la San Firmin commencent quelques minutes avant 8h du matin. Un long couloir de 845 mètres de long joint deux des centres de la vieille ville. Et c’est par ce cordon ombilical de l’aube que les premières lueurs de la vie retrouvée sortiront. Des Barcial, des Sepulveda, des Miuras, des Balthazar Iban, des Victorinos… Des toros de 600 kilos par paquets de 6 et qui traînent avec eux des cohortes de drames et de légendes, des pages entières d’Hemingway, des courses longues tout à côté d’eux, des souvenirs immortels et des nuits sans sommeil… Ahhhh, je vous assure que savoir que l’on sera dans le couloir à 8h du matin procure une peur qui fait sauter le train de la nuit aussi sûrement qu’un rendez-vous matinal chez un croque-mort.

Le billet fou : Ode à mon père Antoine Caggini

Ecrit par Luce Caggini le 21 juin 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le billet fou : Ode à mon père Antoine Caggini

Entre jade et vert melon, la tendresse du printemps.

Il y eut ce jour où j’ai touché ce que voulait dire BC-AD ; ce fut le premier déchirement, la foudre avait un nom, un prénom et moi, l’étamine, une suspension de points hachés, évadés qui n’arrivaient pas à se constituer en matière vivante, captifs qu’ils étaient de cette substance insondable, inflammable que j’entretenais et qui me devenait insupportable.

Je souffrais pour de bon.

Le brasier.

Une image pourtant s’imposait, délicate et grande, trouvait une petite brèche, entamant davantage mon état dévasté ; elle revenait, dans une clarté tendre, rythmée, comme un sceau de ce qu’avait pu être un bonheur innocent à l’instar de l’enfance heureuse : mon père cet éternel jeune homme avançait vers nous les enfants, exécutant quelques pas de danse sur la marche turque…

Je pense qu’il s’était engagé dans la vie pour protéger les siens et quelques autres aussi sur ce mode.

Il parfumait l’enfance de ce ton léger dans un enthousiasme oranais qui pour l’instant réduisait mon âme en miettes.

Je soumettais mon imagination à un enfer de questionnement.

Je voulais férocement recouvrer la senteur, le bien-être du bonheur dans le violon de David Ostrakh aussi avec un sens de communion.

« – Tu vois cette montagne, un jour je construirai ma maison là ».

Ce n’était pas une vraie montagne, la seule montagne que nous avions à Oran c’était le Murdjadjo, mais cette maison je la vivais avec lui.

J’étais venue au monde dans une vie arpeggionée d’amitié et de vents de douceur partout et dans le vert d’un petit melon sous l’ardent parfum de l’amour divin.

Un jour, j’en suis sûre, ce père-là remettra ma vie en marche, car j’en suis convaincue ce fut sa dense et rare mission sur la terre et au ciel aussi.

Rêves et réalités ne sont que rarement paramétrés par les hommes mais par Dieu.

Antananarivo XX Le 28 février, il était une fois à l’Ellis Park de Johannesburg

Ecrit par Lilou le 24 mai 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Antananarivo XX Le 28 février, il était une fois à l’Ellis Park de Johannesburg

J’ai marqué une pénalité et un drop à l’Ellis Park de Johannesburg. Je le jure. J’ai marqué une pénalité et un drop avec le maillot de l’équipe de France sur le dos dans le stade mythique de Johannesburg. Comme bouquet final de cette semaine si intense en Afrique du Sud, je ne pouvais rêver mieux. Même dans les contes à dormir debout les histoires ne se terminent pas comme ça. Et c’est pourtant ce qui s’est produit…

Johannesburg est une ville immense qui chante depuis 1958 aux oreilles de tous les sportifs du monde entier une chanson douce de forme ovale. Ce n’est pas là qu’a été inventé le rugby, mais c’est là qu’il y a acquis quelques unes de ses plus belles et plus célèbres pages servies parfois sur un canapé de gifles, rôtie aux châtaignes, agrémenté de mâchoires et molaires à servir chaudes. Et je n’oublie pas dans l’inventaire gastronomique de la pratique du rugby sud-africain les pruneaux, les poires, les marrons et les choux fleurs qui sont autant de signes, s’ils sont bien distillés, que le match fut viril mais correct.

Jouer au rugby ici, ou le toucher de quelque manière que ce soit, en d’autres termes s’adonner à la tambouille de la soupe de phalanges, fait naître les mêmes effets chez le fidèle ovale que les trémolos de la mitre du pape lorsqu’il prie à Bethleem, que les larmes du retour chez eux des exilés politiques, voire même le changement de couleur des saumons sauvages quand ils rentrent sur leurs rivages après avoir navigué sous tous les océans du monde tous plus dangereux les uns que les autres. On se sent apaisé de retour chez soi après un long voyage. On peut virer les pompes, s’affaler dans le canapé et regarder autour de soi pour demander ce qui a changé dans le quartier.

Ce rugby-là, cette Eglise-là peut-on même avancer sans blasphémer plus avant, possède ses basiliques sous lesquelles dorment pour toujours dans leurs cryptes souterraines interdites aux non initiés de vieux ballons de cuir, des chaussures couvertes de boues anciennes, des tableaux d’affichage hors d’état de marche. Dorment aussi des souvenirs longs comme des pipelines transcontinentaux et des moments de bravoure beaux comme les regrets d’Alfred de Musset.

L’Ellis Park est un point central dans cette carte de la géographie de la noblesse. Comme Twickenham à Londres, l’Eden Park à Auckland, Lansdowne road à Dublin, Le Parc des Princes de Paris. On y pratique avant tout le culte des anciens et du sport, la glorification de la victoire par-dessus tout en sachant que la défaite n’est qu’un moment. Un jour que les sociétés auront disparu, ces cathédrales seront toujours debout pour dire aux générations futures quelque chose qui commencera par « il était une fois le rugby ».

ET VOUS, LE VOTRE ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mai 2014. dans Souvenirs, La une, Histoire

ET VOUS,  LE VOTRE  ?

Quand Reflets paraît un 10 du mois de Mai, comment voulez-vous – pour les ancêtres, bien sûr, qu'on n'y pense pas !

On est d'accord ; il pleuvait des cordes, mais à part ça ? Vous étiez où, avec qui ?  avez-vous foulé le sol de cette Bastille de légende ?  vous avez pleuré ou chanté – rouspété ? mais, non ! bien sûre au moins de ça ! Vous étiez à fond dedans, ou, plus à l'écart, mais n'allez pas dire que ce moment là,  ne vous a fait «  ni chaud, ni froid », ou ne vous laisse aucun souvenir ! Quelque chose en nous du 10 Mai 81, pour singer Tenessee !!  Pour l'analyse, l'Histoire attendra et se mitonne ailleurs qu'ici ; du ressenti, des émotions, quelque chose qui vibre au plus profond de soi ; un « E »vènement à hauteur de nous tous !

Alors, Reflets vous ouvre ses commentaires ; quelques mots «  moi, je... » et les yeux de vos petits enfants de s'ouvrir : - tu y étais, papy, «  au 10 Mai » ? raconte !

J'étais beaucoup plus jeune, sans enfant, militante, déjà en Corrèze ;  un peu avant François, qui arrivera , juvénile et sans peur, pour défier le grand Jacques aux législatives qui suivront ! Épuisée, à la façon, j'imagine des grands bonheurs,  ce soir là.  Je me souviens, qu'un ami cher d'alors ( salut Christian !) avait briqué la hotte de sa cuisine toute l'après midi, dans l'attente des résultats – c'était un pessimiste... Un mari encore plus militant que moi, nous tenait d'heure en heure au téléphone – noir, fixe et archaïque : - on disait que... pas sûr ! La Fédé retient son souffle ; tu parles !!

Et puis, la tête d'Elkabbach, le déroulé du visage de Mitterrand sur l'écran ; pile 20 h. L'Histoire frappait à la porte ; le changement, c'était de toutes façons, ce soir-là. On a fêté ça dans le garage avec tous les voisins ; pétales de roses rouges partout venus de tous les jardins.

 Vous savez quoi ? J'y crois encore...

Coup de soleil à Paris ! Hé ! Kamel Daoud, parle-moi d’Oran !

Ecrit par Luce Caggini le 15 février 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Coup de soleil à Paris ! Hé ! Kamel Daoud, parle-moi d’Oran !

Être né(e) à Oran tient lieu de sceau mais rencontrer dans un climat polaire, un 9 Février 2014 à Paris, ceux qui sont nés sur la terre Algérie, c’est une remise de peine commuée en joie plénière.

La veille, Jean Daniel, l’homme qui avait rencontré Albert Camus, était absent. Jour de malheur, même Camus s’était barré.

Ma jeunesse algérienne murée dans le silence des agneaux fut l’arôme effervescent de ce dimanche qui, de joyeux, devint exceptionnellement surréaliste dans un mélange de joies et d’amitiés entre deux cents ans de mon histoire.

Kamel Daoud est là à moins de trois mètres de moi, pour dire la vérité vraie je ne suis venue que pour faire sa connaissance.

Photo rapide.

J’entends ce qu’il dit à une femme blonde. Un nom claque : Messali Hadj ! Cette femme est sa fille. Même ouverts mes yeux me disent impossible, tu es là, toi ! et elle !

Soudain un militant du nationalisme algérien des années 20 me balance un feu de Zeus, c’est Pierre Caggini mon grand-père ; grâce à un jeu de mains à la « Meursault » nous voilà tous projetés sur un mur d’ombres chinoises, Messali Hadj, Albert Camus, Kamel Daoud, Djanina Messali et moi qui ai armé d’un clic un moment historique.

 

Dans une logique de circonstance, mon fils Antoni m’annonce son mariage avec Leonardo, celui de la Renaissance.

Les deux, éberlués, font de ce temps leur temps.

– Le miroir est vivant, il te réfléchit quand je me regarde.

– Nous brillerons sous les mêmes soleils, nous aurons les mêmes nuits.

– Mon seigneur, que tu es beau.

D’un côté les dômes jaunis des arbres sont couverts de velours, c’est l’été indien, de l’autre les palmiers psalmodient.

Le jeu de toutes les combinaisons est en marche.

La Vie les a reprises en main.

On se tutoie tous azimuts. Je fais sursauter Djanina avec mon sceau oranais.

« Mais où sont les neiges d’antan… » écrivait un François…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 février 2014. dans La une, Souvenirs, Environnement

« Mais où sont les neiges d’antan… » écrivait un François…

Quand j’étais petite, on disait « les neiges », tant il y en avait, sans doute… De cette campagne bourbonnaise, où « bonheurait » mon enfance, me restent des images de chemins qu’on ne voyait plus guère – certains racontaient qu’un tel s’était perdu entre « La croix » et les « Combarts » ; la cour – méconnaissable, qu’on débarrassait à coups de pelles – le bruit mat m’est resté dans l’oreille ; l’étable chaude des douces charolaises ; chats et chien enfin acceptés sous la table et derrière le poêle-Rosière… Le silence – ouaté, quel poète ne l’a dit ! – qui faisait qu’on « savait » la neige, au réveil, derrière ces volets de bois, qui, pourtant, ne laissaient filtrer aucune lumière.

Quand on a autour de 10 ans, la neige en Février (le petit mois – le pire, dit le dicton – est depuis, resté uniformément blanc, sous mes paupières !), c’est la fête et la chaleur, et un bonheur sucré ! Crêpes aussi, mais surtout la salle commune, le café avec les voisins, le bruit du dehors ramené par mon grand-père, et, moi, assise comme la vieille des contes, auprès de la cuisinière à bois, si douillette ; les pieds posés au bord du four, la tête ailleurs, lisant, lisant, encore et encore et un peu de tout ce qui traînait dans le vieux placard du couloir : de vieux bouquins, de bonne qualité du reste – des Colette, ce Dorgelès, un ou deux Balzac… des histoires incroyablement réactionnaires dans ces « Bernadette », tout cousus de bigoteries, que recevait ma mère, avant guerre. Sans doute m'étais-je déjà énamourée de ce Villon et ses «  dames du temps jadis », enfin, je crois... il a pesé, et pour la littérature et pour l'Histoire, en moi ; pas mal pour un seul homme !  Si j’aime autant lire – et parler des livres – c’est là, dans ce soir tombant tôt, au rythme des flocons, dans le bruit chuintant des bûches de chêne crissant dans le foyer, qu’il faut chercher la naissance du virus…

Notre Février, cette année, s’annoncerait – dit-on,  comme un des mois les moins hiver depuis plus d’un demi-siècle ! Et, les reportages, de nous asséner les moyennes de températures, ou de chute de neige, les photos un rien sépia de ces fleuves gelés, il y a… On a l’impression d’avoir changé d’hémisphère !

Neiges d’antan… D’arrivée – bottes lâchées dès la porte, dans une école – classe unique – brassant tous les petits des hameaux dispersés de mon village surplombant dans la brume, le Cher, et son château de l’Ours, qui en avait vu d’autres – des hivers… et, sans doute ce « Petit âge glaciaire » des XVII et XVIIIème siècles, que nos historiens climatologues, suivant un Leroy-Ladurie, notamment, ont ouvert à nos mémoires. Car, le climat, comme l’économie, a des cycles, et ces phases marquées de réchauffement ou de froidures, nous étonnent, comme exotiques, en demeurant dans ces mémoires de la chère Sévigné ou  autres chroniques de Saint-Simon racontant le Versailles des grands froids ; dans ce tableau – ce Brueghel l’ancien daté de 1565, nommé l’hiver, plus connu sous le nom des « patineurs ». Avant, il y avait eu des siècles chauds, d’« Optimum médiéval », qui avait eu son mot à dire dans l’essor de la population occidentale. Est-ce pour ce début de glaciaire du Moyen Age finissant, que François Villon aimait tant, léger,  du bout de sa plume, quand argent il y avait pour l'acheter - ces neiges d'antan ? Ignorant, évidemment, que «  Flora la belle romaine » ou la «  très chère Hélois » de même que «  la reine blanche comme lys », grelottaient plutôt moins que lui...

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