Souvenirs

Henri et Francesca…

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 novembre 2013. dans Souvenirs, La une, Musique

Henri et Francesca…

 

C’était dans ces années 70, avant la déferlante Mitterrand. Un temps d’une Droite qui restait dure, en voulant louvoyer… avant la libération des radios, où on n’écoutait ni le Potemkine de Ferrat, ni le Parachutiste de Maxime, pour cause de censure. Bien autre chose que « la Gauche molle, et l’autoritarisme de Valls » !

C’était avant les CD, qui, pour nos jeunes, signent déjà une certaine Préhistoire. Le 33 Tours, le Vinyle, son odeur, quand on le sortait de la pochette ; la couverture, souvent belle, en noir et blanc parfois, silencieuse, évidemment, plus qu’un clip. Le disque nous laissait imaginer, rêver à notre guise. Il fallait retourner l’objet, pour lire, à la loupe, le texte des chansons… un autre monde ! Tout ça traînait, sur le bord d’un canapé, pas loin d’un cendrier – on fumait encore –, ou, à la rigueur, perché sur un coin de bureau, au milieu de copies en voie de correction – on était – presque – tous enseignants… Mettre un vinyle, était une façon d’être ensemble, une culture, pour ainsi dire ; une gestuelle qui nous fait sourire avec la nostalgie qu’il sied, quand on la croise dans un vieux Sautet.

Mes mots

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 05 octobre 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Mes mots

Les mots ; je voudrais retrouver la magie de leur formation sur mes premiers cahiers, quand les lettres s’enchaînaient miraculeusement les unes aux autres comme des guirlandes de minuscules fleurs qu’il m’était donné depuis peu de dessiner avec sûreté. La calligraphie, la science des ânes, disait ma grand-mère qui l’avait enseignée en sa qualité d’institutrice de l’école publique ; elle signifiait par là qu’à défaut de l’intelligence que requièrent le calcul ou la composition française, on peut au moins soigner son écriture. Elle se trompait évidemment en tenant pour méprisable l’effort de modeler le contour des lettres, le souci de donner vie à leurs corps par le bon dosage des pleins et des déliés de telle sorte que les mêmes lettres fussent à la fois identiques et originales, que chacune fût susceptible de représenter la perfection de son modèle tout en gardant son individualité propre. Il me semble bien les avoir aimées toutes, les vingt-six de l’alphabet, d’un amour égal, leur avoir manifesté une sollicitude équitable. Il y avait autant de plaisir, parfois de volupté, à former un c parfait qu’un e ou un j. Quant à celles que l’on rencontre moins souvent, le k, le w, l’x, j’avais à cœur de ne pas les louper bien que je fusse moins entraîné à les réussir.

Mais les lettres ne sont que les préliminaires sensuels de l’acte véritable, de l’accomplissement qu’est la formation d’un mot, lorsqu’il prend sens avec l’achèvement de la dernière des lettres qui le composent. Jusqu’à cet avènement du mot, l’écriture a encore la gratuité, la légèreté d’un art décoratif, comme la broderie qui lui ressemble tant par sa grâce précise, son exigence de régularité et ce souci d’une perfection qui doit faire pourtant reconnaître qu’il s’agit bien d’un travail fait à la main et devrait même permettre d’identifier l’artiste au style de son point lancé ou de ses jours Venise. Aujourd’hui, bien sûr, j’écris sur un clavier d’ordinateur et c’est comme si je brodais à l’aide d’une de ces machines à coudre perfectionnées qui sont capables de vous débiter au mètre en quelque secondes des imitations vulgairement mécaniques des exquises arabesques dont nos grand-mères (celles qui n’enseignaient pas dans les écoles de la République) bordaient leurs draps, leurs mouchoirs ou leurs bonnets.

Entretien entre un oiseau en cage et un oiseau en Mongolie

Ecrit par Luce Caggini le 05 octobre 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Entretien entre un oiseau en cage et un oiseau en Mongolie

Voici comment un monarque de papier devint un chameau dans le désert, et comment Yacine Kateb vint en aide à son petit oiseau meurtri.

– L’oiseau

Maintenant que je suis une montagne en nomaderie musicale en sol dominante majeur, je peux enfin me gargariser de trois petits coups de jus de raisin.

Jusque-là ma musique a été un chant artistique d’amusement venant d’un pénible exil de ma terre de naissance annihilant balayant toute la douceur de ma flamme. Estomper ma radieuse jeunesse a été une mise entre parenthèses à laquelle je me suis appliquée depuis trente ans dans une petitesse de vie.

Mais dans le même temps une mémoire insaisissable comme un univers en extension donnait à ce passé ensoleillé une dimension sans limites. Avec quelques notes de la première arabesque de Debussy j’ai trois ans, je suis sous le piano de ma mère. C’est un piano droit, un Gaveau qui va me suivre pendant toute mon adolescence. Oran, Constantine d’Ouest en Est, l’arabesque l’arabe, la musique, l’entrelacement de mes jeunes années avec la douceur et le caractère d’un pays fait pour moi, qui a engendré la femme que je suis, enfin une femme de chez moi.

Mais être une artiste et mener la vie de compétitrice marginale engluée dans le mariage c’est comme partir en avion sans son billet et sans un sou.

NYC… Subway… « Stand clear of the closing doors, please… »

Ecrit par Luce Caggini le 31 août 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

NYC… Subway… « Stand clear of the closing doors, please… »

Je viens de me lever au 145 92nd street entre Lexington et la 2nd Avenue.

Il est midi.

Le premier matin d’un monde où même les anges unanimement magnifiquement centralisés sur des monades d’immensités de vies minuscules me donnent les ailes pour communier avec NYC dans ce matin surchauffé ; ils murmurent bénédictions et romances dans ce jour dansé et chanté par des millions d’hommes et femmes déjà levés depuis l’aube sans jamais arrêter de vivre la même joie que moi.

L’immeuble est ancien avec ses escaliers de secours extérieurs, ses fenêtres coulissantes, ses grillages, son ascenseur à parois boisées en acajou verni, son liftier en tenue, son grand ventilateur dans le foyer du rez-de-chaussée. Je profiterai de chaque montée ou descente pour faire la conversation avec ces hommes de l’ombre venant des quatre coins de la terre.

Je clique et Manhattan est au bout de ma petite valise roulante. J’ai l’Amérique sous mes semelles.

À NYC la chaleur est une autre chaleur, les arbres sont différents, les rues sentent une autre odeur, tout le monde vous le dira, bref vous l’avez compris, j’adore !!!!

[BestOf] Ecrits - Souvenirs : Toulouse

Ecrit par Sabine Aussenac le 13 juillet 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

[BestOf] Ecrits - Souvenirs : Toulouse

Longtemps, je t’ai rêvée.

Perdue au fond des terres arides du Cantal, enlisée dans la lave stratifiée des volcans, je te cherchais, palais de briques roses, sur le fil ténu de ma mémoire.

Je fixais tes vertiges, placardant de grandes affiches de la basilique St-Sernin sur les murs gris de mon appartement clermontois, m’enivrant de tes lumières, orpheline de tes mondes colorés, de tes petits marchés, de tes pincées de tuiles… La ligne bleutée des Pyrénées, se dessinant les soirs d’été tout au loin, m’était appel et mirage. J’avais soif de toi.

Me manquaient la douceur de tes ocres toscans, le parfum des tilleuls et des lilas des soirs de mai ; me manquaient ta croix occitane et tes ruelles chargées d’histoire, tes bleus pasteliers et tes joutes hérétiques, tes éblouissements multicolores, de tes violettes timides au sang de tes briques. Toi la fière, la rebelle, capitale debout d’une Occitanie qui se rêvait libre…

Sans toi, je n’étais rien. J’avais faim de tes petits matins gourmands et tendres, lorsque tu t’éveillais, mi-Reine des Pyrénées, mi-village gascon, faim des claquements des persiennes et du café brûlant dans les tasses vert et or du Florida. J’avais faim de ta faconde, des effluves de cassoulet aux marchés aux gras. Mes lieux de vie me semblaient orthorexiques et glacés. J’avais froid sans tes ardeurs méditerranéennes, lorsque ton soleil d’enfer dardait la brique et que seules tes églises offraient des oasis de fraîcheur.

Toulouse

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 juin 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Toulouse

Longtemps, je t’ai rêvée.

Perdue au fond des terres arides du Cantal, enlisée dans la lave stratifiée des volcans, je te cherchais, palais de briques roses, sur le fil ténu de ma mémoire.

Je fixais tes vertiges, placardant de grandes affiches de la basilique St-Sernin sur les murs gris de mon appartement clermontois, m’enivrant de tes lumières, orpheline de tes mondes colorés, de tes petits marchés, de tes pincées de tuiles… La ligne bleutée des Pyrénées, se dessinant les soirs d’été tout au loin, m’était appel et mirage. J’avais soif de toi.

Me manquaient la douceur de tes ocres toscans, le parfum des tilleuls et des lilas des soirs de mai ; me manquaient ta croix occitane et tes ruelles chargées d’histoire, tes bleus pasteliers et tes joutes hérétiques, tes éblouissements multicolores, de tes violettes timides au sang de tes briques. Toi la fière, la rebelle, capitale debout d’une Occitanie qui se rêvait libre…

Sans toi, je n’étais rien. J’avais faim de tes petits matins gourmands et tendres, lorsque tu t’éveillais, mi-Reine des Pyrénées, mi-village gascon, faim des claquements des persiennes et du café brûlant dans les tasses vert et or du Florida. J’avais faim de ta faconde, des effluves de cassoulet aux marchés aux gras. Mes lieux de vie me semblaient orthorexiques et glacés. J’avais froid sans tes ardeurs méditerranéennes, lorsque ton soleil d’enfer dardait la brique et que seules tes églises offraient des oasis de fraîcheur.

Dans ma valise de soie il y a…

Ecrit par Sabine Aussenac le 01 juin 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Dans ma valise de soie il y a…

Imbattable. Je suis imbattable en déménagements, depuis ce jour où l’Éducation Nationale m’a, pour mon premier poste, envoyée civiliser l’Auvergnat… Au gré des mutations au hasard de notre douce France, puis, plus tard, de mes deux mariages et de mes deux divorces, sans oublier mes premiers déménagements dans l’intra-muros de ma chère Ville Rose, j’ai développé de véritables stratégies de combat, élaborant au fil de ces 23 exodes toute une méthode consistant par exemple à envelopper le « fragile » dans du linge, à caler le haut des cartons avec un album ou une BD, recouvrant l’ensemble d’une peluche, déballant ensuite d’étranges miscellanées où une théière voisine avec le Musée d’Orsay et un marsupilami.

Je vous passe la savante numérotation au marqueur de tous les cartons, à chaque pièce du futur lieu de vie étant attribué un numéro dédié, ainsi que le marquage patient des gros sacs poubelles emplis de vêtements finement roulés tels du kloug sous les aisselles avec des étiquettes elles-mêmes couvertes de gros scotch transparent. C’est bien simple : je me suis demandé si je ne devrais pas louer mes services pour aider de pauvres fonctionnaires mutés à économiser une partie du déménagement en « catégorie C », la moins luxueuse, qui revient quand même, dans le meilleur des cas, à plus de 2000 euros hors taxes…

Bon, et en fait, là, je fais la maline alors que je ne sais même pas encore COMMENT je vais, cette fois, passer du point A au point B, n’ayant ni envie de perdre quatre jours dans un fourgon ADA, ni les moyens de dépenser un mois de salaire en entreprise de déménagement lambda…

Mais ce n’est pas de cela dont j’avais véritablement envie de vous parler, entre la grisaille épouvantable de ce mois de mai qui se prend pour octobre et mon appartement qui, en ces temps de grand chambardement, ressemble de plus en plus furieusement à une coloc d’étudiants en médecine débordés par leurs soirées, et de moins en moins à celui de cette prof vieillissante que je suis censée être, réellement.

Rendez vous à Oran…

Ecrit par Lilou le 25 mai 2013. dans Souvenirs, La une

Rendez vous à Oran…

Mon Algérie à moi, comme la vôtre, commence avec mon enfance.

Pour être plus précis, elle commence depuis toujours. Et ça, vous ne pouvez pas comprendre. Demandez à vos enfants, ils vous le confirmeront. Peut être…

Nous, notre Algérie, ce sont vos souvenirs, votre accent, vos dates, vos photos jaunies, vos instituteurs raides comme la justice. Ce sont aussi des images impossibles comme un paysage que l’on vit en permanence par procuration. Ce sont des interrogations qui m’ont donné le sens de la métaphysique : comment se fait-il que mon père revendique des pieds noirs alors que je constate qu’ils sont aussi blancs que les miens ? Notre Algérie à nous est une quête permanente de l’imaginaire.

Notre Algérie, ce sont quelques dates qui vous ont tatoués. Mais avez-vous conscience qu’à nous aussi, elles nous ont marqués ? A l’école on étudie l’histoire de France et de Navarre. On y égrène nos totems du savoir comme d’autres les perles du chapelet : 800, 1214, 1610, 1789, 1916, 1944… C’est bien et vos impôts me paient pour que je continue à le dire à vos petits enfants…

Mais notre histoire à nous c’est aussi vos dates à vous. 1830, 1936, 1945, 1954, 1962. C’est aussi vos lieux, vos hommes et vos autres entonnoirs de mémoire : les tirailleurs de Douaumont, la légion et les képis blancs de Sidi-Bel-Abbès, Albert Camus, Sétif, vos tombes, la toussaint rouge, le balcon de 1958, les bateaux du port, les larmes et l’oubli du 5 juillet 1962. Et puisque je parle de la Grande Guerre, je pense aussi à tous ces événements qui ne parlent qu’à ceux qui connaissent l’odeur du camphre : les coins sombres des cours d’école, les poteaux de corners durs comme des matraques, les tacles assassins…

Quelques cartouches de la mondanité à Antananarivo…

Ecrit par Lilou le 04 mai 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Quelques cartouches de la mondanité à Antananarivo…

En janvier dernier, à la veille de l’embrasement de la rue et accessoirement des ministères et autres espaces de prospérité (comme quoi ici, l’un ne va pas sans l’autre), j’avais eu la chance de me trouver pris au milieu de cette mondanité d’un autre âge toute empreinte de Woodstock ou, c’est selon qu’on navigue au milieu de cette foule disparate, des grandes ambassades du temps de la coloniale.

– Le Mozambique va très mal, sa dette explose et les prix des produits courants augmentent !

– Tout à fait cher ami, il ne faudrait pas que cela profite aux partis d’opposition armés par les rebelles.

– Ces gens-là ne comprennent rien ! Sauf la force.

– Il faut recommencer dans ce pays par l’éducation des masses.

– Oui, mais des masses qui savent lire !

La fin de la conversation s’est ensuite perdue dans un rire jubilatoire de mes compagnons de flutes à champagne, tout pleins du plaisir vide de se sentir au-dessus du lot. J’en suis resté sans voix, je pense qu’ils m’ont pris pour un muet de passage dans la capitale. Une sorte de transparence silencieuse et dodelinant bêtement du pif dans leur monde de certitudes. Plus loin c’est un autre trio qui m’attendait. Quand on a un groupe de trois dans le viseur, on multiplie les probabilités de rencontrer des tiers de quelque chose. Et les effets en sont multipliés d’autant… Alors on se présente au paddock le sourire béta et approbateur aux lèvres.

Une vie brève

Ecrit par Léon-Marc Levy le 20 avril 2013. dans Souvenirs, La une, Littérature

Michèle Audin, Gallimard/L’arbalète, Décembre 2012, 182 pages, 17,90 €

Une vie brève

avec l'autorisation de «  La cause littéraire »

 

 

L’écueil – les écueils – étaient de taille. Ecrire à propos de Maurice Audin ça s’est beaucoup fait. Livres, études, articles, manifestes, et même plaques de noms de rues ou de places, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée. Maurice Audin est de ceux qui peuplent le martyrologe, particulièrement effroyable, du XXème siècle. Jeune mathématicien, torturé, assassiné à Alger en l’été 1957 par l’armée française. Pas une armée de nervis à la solde d’une dictature, non, de l’armée de la République Française.

Le nom de Maurice Audin a donc basculé à jamais dans l’ordre du symbolique : martyr, héros, figure de l’histoire sombre de la Guerre d’Algérie. Le défi de Michèle Audin est double : comment écrire autrement sur Maurice Audin ? Sur l’homme – il a vécu « une vie brève » mais une vie tout de même – sur le père, car Michèle est bien la fille de cet homme. Les données sont posées d’entrée (Michèle Audin est mathématicienne !) :

« Ici vous n’apprendrez rien de nouveau sur cette affaire. Ni le martyr, ni sa mort, ni sa disparition ne sont le sujet de ce livre. C’est au contraire de la vie, de sa vie, dont toutes les traces n’ont pas disparu, que j’entends vous parler ici ».

Les mathématiques sont sans cesse présentes dans ce récit. D’abord par l’évocation itérative des personnages et faits de la vie de Maurice Audin, ses maîtres, ses pairs, ses contemporains. Comme un écho à cette brève existence dans laquelle les maths ont été comme une lumière. Et même lumière posthume puisque la thèse de doctorat de Maurice Audin sera soutenue en décembre 1957, après sa mort. Et puis, les maths encore, par la méthode, le style, la passion audible de Michèle Audin pour cette discipline. Rien de trop, l’épure rigoureuse d’un constat, la démarche exigeante d’un esprit qui ne se satisfait que de la vérité attestée, la modestie du sujet parlant (« ça je ne sais pas », « je ne sais rien de plus »…). La poésie simple et évidente de la mathématique court sans cesse dans ces pages.

<<  1 2 3 4 [56 7 8 9  >>