Souvenirs

De mer, de ciel bleu et de tout le reste…

Ecrit par Lilou le 23 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Voyages

De mer, de ciel bleu et de tout le reste…

Nosy Komba ! Les clés ne servent pas davantage ici qu’un maillot de bain aux Kerguelen. Quelques bungalows, cimentés ce qu’il faut, enveloppés de fougères séchées et corsetés de bois que le temps a fini par vieillir et qui reposent sur ce bout de terre malgache… Le village de ces quelques bungalows se fait lentement absorber par la nature aussi luxuriante que généreuse. De l’intérieur, on est toujours partagé par la double écoute de la mer, juste au-dessous des pilotis et par les bruits de la jungle qui descendent pour avaler chacune des habitations. Même près des plages de la marée basse, on reste impressionné par ces grandes maisons si minuscules sous l’immensité des falaises de vert qui s’affalent brutalement vers la mer. On sait pourtant les habitations spacieuses mais comparées ou mises en perspective, on ne les voit que « petites ». Prises dans le gigantisme du vert qui dégouline de partout, elles ne sont que des détails. De l’extérieur, quand on navigue plus au large, c’est une épaisse forêt qui explose de lumière. Et dont on aime deviner sous sa carapace des espèces végétales ou animales endémiques.

Ces gens-là ont jeté la clé dans la mer. Toutes les clés. Et il ne sert à rien de partir à leur recherche. On ne retrouvera rien d’autre que des raisons d’espérer que le temps ne passe pas plus lentement. On arrive chez eux depuis Nosy Be en pirogue. Celles à balancier et surtout celles des cartes postales. On traverse un bras de mer assez large et on y est. Au bout de son voyage, on arrive enfin quelque part en accostant sur l’île minuscule de Nosy Komba. Il faut enlever ses chaussures pour pouvoir aller du rivage à la terre ferme et sèche. D’ailleurs, elles deviennent ici totalement inutiles. On le sait dès qu’on les enlève. Puis on s’y sent enveloppé par une mousseline de sentiments. Comme ceux qui naissent sous cet épais tapis végétal qui renvoie les vertes collines d’Irlande à de vagues souvenirs. Ces sentiments bruyants comme des portes qui claquent et qui laissent juste après un silence si gênant. J’ai la cafetière qui a trop chauffé, les fils se sont touchés, je me sens coupé en deux par la certitude d’être parvenu à un bout de tout et surtout à un bout de moi.

Le poste de maman

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le poste de maman

Somme toute, je ne pouvais trouver meilleure introduction à ce texte-là que mon petit hommage récent, Le poste de papa, écrit à l’occasion de la Journée Mondiale de la Radio…

Hier, je me suis dit que le titre serait donc trouvé : Le poste de maman ! Car somme toute, nous aussi, les filles, les femmes, les vieilles dames, nous écoutons la radio. Peut-être même davantage que vous, Messieurs.

Nous écoutons la radio le matin, lorsque nous nous levons, souvent, dès l’aube, avant la maisonnée, pour préparer le p’tit dej’ des enfants ; nous écoutons la radio dans la voiture, en les amenant à l’école ; nous écoutons la radio dans la journée, lorsque nous sommes « femmes au foyer », ou, plus tard, retraitées. Et, statistiques obligent, vous en conviendrez, nous sommes, à cet âge, plus nombreuses que vous… Nous écoutons bien sûr encore la radio en fin de journée, dans la voiture encore, ou en préparant le repas tout en surveillant les devoirs. Et puis encore le soir, en faisant la vaisselle, en préparant le repas du lendemain, ou, peut-être en faisant du repassage.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous demander, Messieurs, où vous vous trouvez pendant que nous vaquons à ces tâches-là… Je me contenterai de reprendre cette vieille blague qui me fait toujours rire :

Le pâté de la batteuse…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Gastronomie

Pour L. en souvenir d’un raté dans un moule à manqué… avec mes encouragements...

Le pâté de la batteuse…

Toute mon enfance est là, dans son rond doré, son odeur de pâte chaude qui titille l’appétit, son pot de crème fraîche, et sa cuillère en bois.

En fermant les yeux, je vois encore, loin dans mon bocage du haut Cher, le torchon rouge et blanc, et l’ombre fraîche de la « remise au four » – à part, en bout de cour ; on craignait tant les incendies… C’était l’été crissant de la mi-Août. La batteuse était là ; le pâté aux pommes de terre était son roi.

La batteuse était arrivée la veille. Toute en bois patiné – une merveille ! elle traitait le blé des moissons de ferme en ferme. Un entrepreneur de battage, tout de noir vêtu, grand chapeau de mousquetaire, du nom de « Lamartine » – ce qui n’était pas sans m’interroger –, l’amenait à la fraîche, tard, au bord d’une de ces soirées bleues – lumière unique, de mon Bourbonnais. On la posait vers les granges. Demain, ce serait fête, pour nous les gamins. Il fallait se coucher tôt ; on n’y arrivait pas ! Pensez ! la batteuse ! On l’attendait toute une année, dans ces marqueurs de l’année agricole, de la Saint-Cochon, aux fenaisons et bien sûr aux moissons ; tout ce qui allait son train encore immuable dans ce monde paysan, et qu’on regardait déjà,  pareils, dans ces Riches Heures du Duc De Berry, venues du Moyen Age…

Quatre heures. Premiers cris des coqs. Mon grand père chauffait le four – bois, bien sûr ! Chêne et quelques branches vermoulues d’un vieux cerisier ; celles qui allument bien ! 2 ou 3 heures étaient nécessaires pour obtenir la bonne chaleur, l’exacte, sans thermostat. On commencerait par le pain, puis les pâtés ; on finirait par les tartes, aux fruits du verger, ou les « gouères » au fromage blanc sucré ; chaque fournée ayant des exigences particulières en température. Affaire d’hommes, ce four – le grand, comme on disait –, car, déjà dans la salle de la ferme, les femmes s’activaient devant la cuisinière à bois – une Rosière, si je me souviens bien, pour d’autres cuissons, les volailles, les terrines.

Les grandes vacances

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Actualité

Les grandes vacances

C’est d’abord cette perspective d’infini. Ce goût de la liberté. Cette antichambre du paradis.

Souvenez-vous. Nous vidions les encriers pleins d’encre violette, recevions nos prix, promettions de nous écrire une carte.

Et puis nous rentrions, nos semelles de vents pleines de rêves, en sandalettes et robes d’été, pour affronter ces deux mois de liberté.

Les grandes vacances. Cette particularité française, aussi indispensable à la vie de la nation que la baguette ou le droit de grève. Les grandes vacances, celles qui d’un coup d’un seul amènent les Ch’tis jusqu’à Narbonne et font monter la Corrèze à Paris. Ces deux mois-là nous permettaient de vivre notre enfance. Jamais, jamais je n’oublierai la douceur de ces étés interminables. Chez moi, fille d’enseignant, ils avaient mille couleurs.

Le petit jardinet d’Albi et ses pommiers abritait la balançoire, le sureau et nos jeux innocents. L’impitoyable soleil estival jaunissait la pelouse et faisait mûrir les pommes, tandis que papa nous amenait à la piscine municipale.

Mais surtout, nous allions aux « Rochers ». Notre maison de campagne, celle que mes parents avaient achetée pour une bouchée de pain dans les années soixante, et où passaient les cousins et amis, au gré de longues soirées emplies de grillons et de fêtes. Il me faudrait mille ans pour raconter les orties et les mûres, les bâtons frappant l’herbe sèche des sentiers et le clapotis du ruisseau.

Le poste de papa

Ecrit par Sabine Aussenac le 02 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le poste de papa

Le poste de papa était un Grundig, qui avait sans doute transité au nez et à la barbe des douaniers, en cette époque bénie d’avant Schengen, lorsque mes frères et sœur et moi, dormant à l’arrière de la 404 familiale, cachions les trésors teutons rapportés par mon père de cette Allemagne florissante des Gründerjahre, durant les longs trajets entre notre Sud-Ouest et la Rhénanie de maman…

Le soir, le poste grésillait. Mon père nous appelait parfois pour nous faire écouter quelque émission de la Deutsche Welle, voire même « Voice of America » ; les yeux brillants, il montait le son en nous faisant rêver à ces terres lointaines qui, soudain, envahissaient dans notre petit salon de province. Bien avant internet, le monde toquait ainsi à notre porte, merveilleux et si vaste, puisqu’il suffisait de tourner un bouton… Plus tard, lorsque papa fit des essais de CB, nous franchîmes encore une étape, admirant ce père radio amateur, qui savait franchir toutes les frontières…

Chez mes grands-parents français, on écoutait « le poste », une minuscule radio à piles. Et mon grand-père, parfois, entre deux extractions de son bon miel de montagne, d’évoquer le Général, et puis les camarades du maquis, avant de monter le son si Mireille chantait…

D’un ange à l’autre

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 février 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

D’un ange à l’autre

Ulrike, ma poupée, prenait l’avion. C’est du moins ce que prétendait ma mère, car je retrouvais toujours ses sourires de porcelaine dès notre arrivée à Duisbourg : en fait, une même Ulrike existait des deux côtés de la ligne bleue des Vosges… Quant à nous, entassés dans la quatre-cent-quatre familiale comme si nous partions vers Alger, couchés à l’arrière sur des valises dans lesquelles mon père faisait passer en douce les dernières nouveauté de la « hi fi » allemande au nez et à la barbe de la douane pourtant tatillonne, nous regardions défiler la campagne française dans un délicieux voyage vers l’un de ces pays où on n’arrive jamais, qui se répétait d’été en été.

Après avoir quitté la douceur lauragaise, nous faisons une première étape chez des cousins germains, dans un petit pays du Berry, à Sancoins. Bien avant ma découverte de la Fête étrange et des Sablonnières, je percevais les mystères de ces forêts profondes, et ce n’est pas Pierre qui me contredisait ; mon taciturne cousin, que nous emmenions afin qu’il progresse dans sa connaissance de la langue de Goethe, jouait les Meaulnes désabusés et dormait jusqu’à notre passage en terre flamande.

Ce sont les maisons qui nous mettaient la puce à l’oreille. De la brique flamboyante d’Albi la Rouge, nous passions au rouge sombre des façades souvent noircies par les scories ; les murs d’enceintes grandiloquents de la fierté française faisaient place à de petits croisillons de bois, tandis que les jardins s’ornaient de toutes les couleurs que le soleil semblait refuser à ces terres qui, à nos yeux de « sudistes », paraissaient presque boréales.

Les autoroutes aussi nous faisaient rire, lorsqu’elles semblaient s’éclairer comme par la magie d’un allumeur de réverbères. Oui, à n’en pas douter, nous approchions de ces Nords où le rapport à la lumière se joue sur de nouveaux tableaux. Le ciel de nos étés continentaux n’arrivait jamais à la cheville des illuminations méridionales, mais qu’importe, nous en aimions les caprices, les nuages soudains qui nous permettaient de jouer dans le grand sous-sol de nos grands-parents ou de nous réfugier dans la caravane installée dans le jardin.

Le Pontic, Terre de souvenir

Ecrit par Jean-François Joubert le 19 février 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le Pontic, Terre de souvenir

Quand je regarde cette image, je vois que la pose était de rigueur, que l’on soit modèle au centre ou témoins sur les côtés, chacun fixe l’objectif avec un peu d’enfance, et de curiosité, ce qui, à l’ère numérique, est une gageure, euh plus habitué aux galures. Au niveau des maisons, il est incroyable de voir le peu de changement, le granite tient la route des dépressions, ces petits gavroches portent presque tous coiffes, bérets ou chapeaux, tête nue, doit montrer d’évidence que l’apparence et l’appartenance à sa condition sociale marquent un clivage, mais aussi de la déférence due à chacun. Sur le plan gauche, qui est cet enfant qui rêve de cap Horn, de gabarre, d’oiseaux migrateurs, de tramontane et de mousson ?

Bamako 2000

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 11 janvier 2013. dans Monde, Souvenirs, La une, Société, Voyages

Article de Bernard Péchon, publié en juin 2012 dans l’édition n°21 du Journal de Léo (Association Léo, 66, rue Saint Raymond, 84380 Mazan, www.orphelin-handicape-mali.org)

Bamako 2000

Bamako, son nom trop plein, trop rond, promet déjà plus qu’il ne peut tenir. Savoir qu’il fait allusion au fleuve nonchalant et aux caïmans que l’on n’y voit pas, ne fait qu’aggraver le malentendu. Une ville qui mue lentement, qui s’étire dans le prolongement des avenues coloniales. Un chaudron ou une calebasse de boue rouge et de poussière fine comme un vent d’épices.

C’est la ville de nos trois enfants. Est-ce que cela veut encore dire quelque chose, douze ans après ? L’aîné y a vécu un peu plus de deux ans, la seconde, dans l’ordre de l’adoption, n’y est pas restée trois mois et le troisième nous y a attendus sept ans. Aujourd’hui, il en a presque quatorze. Quand nous l’avons vu pour la première fois, nous venions chercher le petit Sidi de deux ans et demi que nous attendions depuis des mois et des mois. Sidi, notre garçon, était une merveille avec ses grands yeux noirs étonnés et sa démarche décidée sur ses petites jambes frêles et ses chaussures trop grandes. L’autre n’avait pas encore de nom. Il était accroupi dans une caissette et se poussait des mains sur le sol de la pouponnière, traînant sous lui sa caisse sans roues avec une agilité atroce. Je me souviens de sa tête trop grosse pour ce petit corps atrophié, et d’un regard dur ; il nous tendait les bras, comme à tous les adultes sans doute. On se blinde contre la pitié. On se détourne. Que pouvions-nous faire pour lui. Du mal puisque nous lui enlevions son copain Sidi. Et il nous l’a rendu par la culpabilité que nous allions porter pendant des années.

(Best of 2012) GASTRONOMIE: Le "presque couscous" de ma mère

Ecrit par Gilberte Benayoun le 22 décembre 2012. dans Souvenirs, La une, Gastronomie, Notre monde

(Best of 2012) GASTRONOMIE: Le

 

« Cette fois c’est décidé ! je fais le couscous de ma mère ! ».

J’avais dit ça. Je l’avais décidé, comme ça, un soir.

Mais ça, c’était dans le silence de la nuit, quelques jours avant mon anniversaire, quand soudain, comme une évidence et comme un éclair de lumière dans l’ombre de la nuit, ce soir-là, enivrée de mots – de jolis mots – après lectures et relectures de textes à corriger, encore vive et toute éveillée, passant du mot à la chose et du rêve au rêve, je décidai, faisant un peu ma crâneuse, toute seule, dans un coin de ma tête, que le menu de mon anniversaire serait – et il fallait que ce soit ! – « le couscous de ma mère ».

Le décor était planté, et ma trentaine d’invités allait se régaler…

Et je l’ai fait. Enfin… j’ai essayé… Même si… Fallait-il oser ?… Car… longtemps je n’ai pas voulu faire le couscous de ma mère, le « sacré couscous de ma mère ». Je ne toucherai pas au sacré…

Une sorte de bleu (Kind of blue, Miles Davis)

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi le 17 novembre 2012. dans Souvenirs, La une, Ecrits, Actualité, Notre monde

Une sorte de bleu (Kind of blue, Miles Davis)

Je poussai la porte, l’appartement était vide. Vidé plutôt, comme on dirait d’un gibier de chasse à courre. J’avais passé des jours à choisir : garder, donner, jeter.

Tes affaires, tes vêtements, les choses que tu avais conservées de moi et que j’ignorais, tout ton univers devait passer entre mes mains, comme eau qui coule.

J’ai traversé ce moment, et je n’avais pas imaginé pouvoir le faire. Jusqu’à ce matin où, dans le temps suspendu, j’avais attendu le camion des compagnons d’Emmaüs qui allaient emporter les meubles, les habits tricotés par toi, la vaisselle, les peluches (les miennes), les petits objets simples de ton quotidien, bien rangés, les mouches de plumes que confectionnait papa pour la pêche, et son matériel ; sur ta table de chevet, il y avait une petite Tour Eiffel sur laquelle tu avais accroché un angelot doré, je l’ai prise sur mon cœur… L’appartement baignait dans une forme d’éternité, figé comme un musée bientôt disparu. Je n’ai jamais été autant dans le présent. Quand j’ai vu arriver le camion, j’ai su que tout était terminé.

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