Souvenirs

A l'école du colonel Teyssier...

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 février 2012. dans La une, Souvenirs, Education

A l'école du colonel Teyssier...

Colette, elle s’appelait Colette. Lorsqu’un entrefilet dans le journal annonça son décès, et qu’on parla de sa famille, de ses enfants, comme me le raconta ma mère, je refusais de le croire.

Car pour moi, Colette avait dix ans. C’était une petite fille vive, espiègle et enjouée, notre modèle à toutes, à l’école de filles Colonel Teyssier…

C’est qu’il n’y avait pas de garçons, rue du Colonel Teyssier, non, juste une bande de petites chipies à longue frange, qui, en cette fin de sixties de province, plongeaient encore studieusement les porte-plumes dans les encriers au teint d’albâtre. J’adorais plus que tout la cérémonie de fin d’année, lorsque les meilleures d’entre nous étaient autorisées à baigner lesdits récipients comme en un sacre : il fallait voir l’eau lustrale dépouiller les encriers des derniers vestiges de l’encre violette, et tous les petits ruisselets au parfum de Mont Gerbier de Jonc couler vers l’été, vers les « grandes vacances »…

Notre année était rythmée par les saisons. La rentrée sentait les vendanges et les pommes, déjà un peu suries ; nous étions là, toutes endimanchées en ce jour de grand peur, tenant la main de nos mères. Les pères, en ce temps-là, restaient à l’usine, au fournil, au bureau. Nous écoutions nos mamans se raconter leur été, Saint-Trop’ ou La Bourboule, ou, simplement, la ferme des grands-parents…

Noël aux parfums de Tlemcen !

Ecrit par Gilberte Benayoun le 23 décembre 2011. dans Souvenirs, La une, Recettes du monde, Gastronomie

Noël aux parfums de Tlemcen !

 

Eh non ! Pas de repas traditionnel classique pour la traditionnelle soirée en famille de ce réveillon de Noël, cette année. Rien n’est classique ni déterminé quand on a grandi et vécu sous le ciel de deux cultures. Dans la ville de mon enfance, à Tlemcen, où scintillaient déjà ici ou là dans la ville sapins et guirlandes de Noël à cette période, chez nous, dans la chaleur familiale de notre maison, c’était notre petite hanoukka accrochée derrière la porte de notre salle à manger qui faisait rayonner tous les ans, en scintillements ininterrompus, huit jours d’affilée, ces périodes de mon enfance où j’apercevais, planquée derrière la porte de ma chambre, nos « cadeaux de Noël » déposés par mon père au bas de cette porte, comme au bas d’un traditionnel sapin, tous les livres-cadeaux des Hanoukkas de mon enfance que ce petit chandelier à huit branches, qu’il accrochait toujours en haut de cette porte, faisait resplendir, comme je le racontais dans une autre vie.

Dans mes souvenirs de ripailles ces soir-là, pas de fruits de mer, non, ça c’est proscrit dans la religion juive, pas de dinde aux marrons, ni de bûche de Noël, mais d’autres délices, d’autres parfums, des petits plats inspirés de notre culture judéo-arabe.

Mama

Ecrit par Adel Soleïman Guémar le 16 décembre 2011. dans La une, Ecrits, Souvenirs, Société

Mama

 

(A tous ceux dont les rêves ont survécu aux harcèlements de la bêtise humaine)


Nous avons longtemps attendu l’arrivée du général et de sa suite. Des hommes en costume bavardaient à l’ombre d’un olivier squelettique. L’unique arbre de la placette.

– Cinquante cercueils… cinquante médailles

– Le compte y est.

– Et le discours ?

– Dans la poche !

Les chaises étaient disposées face à la bâtisse municipale. La première rangée, réservée aux officiels, était vide. Deux policiers allaient et venaient, signifiant aux uns et aux autres qu’il était temps de s’asseoir : « Vous avez attendu tant d’années… patientez-encore un peu ! ». Vieux enturbannés et vieilles voilées protestaient contre la chaleur. Les plus jeunes lançaient des sourires de satisfaction à l’idée que leur sort allait bientôt changer.

Montand, cet ami inconnu ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 novembre 2011. dans Vie quotidienne, Souvenirs, La une, Société

Montand, cet ami inconnu ...


Ils sont nombreux – une cohorte de cœur choisie – ces amis inconnus qu’on emmène avec soi. Ils ont traversé, souvent accompagné nos vies, incarné ou consolidé quelque chose ; on a, à travers eux, fait notre baluchon de bonheurs, ou de vrais coups de chagrin, par des chansons, des images, des écritures … une voix, une présence toujours, une référence, souvent.

Montand ; 20 ans déjà ; un autre automne bien autant pluvieux, plutôt plus gris, quand, à la TV, défilèrent ces foules parisiennes – funèbre parade – après un Sartre, loin après un Victor Hugo, avant, évidemment Mitterrand. Tellement recueillie, la dernière manif d’Yves, ficelée derrière ce corbillard à l’ancienne qui cahotait jusqu’au Père Lachaise, avec, le surmontant, dansante comme Montand, cette silhouette – gouaille et claquettes – qui emportait avec elle toute la chanson du monde.

Ce jour-là, devant ma TV, une larme m’avait échappé, furtive, et sur lui, et sur moi, et, finalement, sur nous tous, et mon gamin, un curieux de neuf ans avait murmuré : « tu pleures ? Tu le connaissais ? » Car sait-on jamais avec les parents ; c’était peut-être un familier, parti on ne sait où… On avait alors expliqué que, non, on ne le connaissait pas, mais que, oui, il faisait partie de nos vies, à sa façon.

Une saison de cousinades

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 septembre 2011. dans Vie quotidienne, Souvenirs, La une, Voyages

Une saison de cousinades

Certes, il y a les « sardinades » du pays de l’étang de Thau, entre Sète et Bouzigue ; odeur de brazero ; sardines et huile d’olives ; lumière des grands tableaux de Philippe Pradalié à l’ombre noire des grands pins…

Ma « cousinade » à moi se niche plutôt en cœur de France, dans ces campagnes, vidées, en leur temps, par l’exode rural ; il lui faut le vert et l’air puissant des plateaux limousins, le bleu du soir auprès des tendres charolaises, dans les vallées bourbonnaises… La « cousinade » est une partie de campagne avec cousins. Il vous faut ratisser large, le but étant de rassembler en un seul pot le plus de collatéraux possibles ; vous ne les connaissez pas tous ! Tant mieux ! Ils sont de votre branche, de votre arbre… « tout cousin reconnaîtra les siens », comme a dit un féroce dans la lointaine nuit médiévale de Carcassonne…

L’arbre a perdu ses branches, il y a plusieurs générations de ça ; les campagnes surpeuplées des cartes postales anciennes – un charron, trois cafés rien qu’au coin de mon chemin – ont basculé dans quelque chose qui a bien dû sonner aussi triste en son temps que la mondialisation sauvage d’aujourd’hui.

Laissez passer ... les p'tits papiers

le 02 mai 2011. dans Souvenirs, La une

Laissez passer ... les p'tits papiers

Il y a trois jours, j’ai vu partir en lambeaux 40 ans d’archives – 298, 5 kilos de papier représentant une petite fraction de ce que mon père conservait depuis la fin de ses études universitaires, et dont il n’avait jamais souhaité se défaire, quand bien même il lui était devenu impossible d’y retrouver quoi que ce fût. En remplissant, au fil de cinq ou six soirées, les vingt cartons que le camion broyeur détruirait en trente minutes, j’ai vu défiler des dizaines de notes, d’articles scientifiques, de tirés à part en x exemplaires, de relevés de comptes, de cartes de vœux, d’invitations, d’enveloppes vides, de menus de restaurants, de prospectus d’hôtels bulgares, grecs ou nippons, de lettres, de déclarations d’impôts remontant aux années 1970. Au passage, j’ai repéré un vieux calepin des années trente, qui me paraissait digne d’être conservé, ne serait-ce que par l’abondance des noms qui y étaient consignés.

Vers la fin de ce tri laborieux, je suis tombé sur un document fascinant, que j’ai tout de suite mis de côté.

Il s’agit d’un Ordre de Mission permanent, émis par la Direction Générale des Études et Recherches, sous l’autorité de la Présidence du Gouvernement Provisoire de la République Française, au bénéfice du Capitaine Yves Vet.

Le patient turc

Ecrit par Jean Le Mosellan le 02 mai 2011. dans Souvenirs, La une, Société

Le patient turc

Contrairement à l’homme malade de l’Europe, qui  préoccupa à juste titre la géopolitique de sa gracieuse majesté Victoria, Impératrice des Indes, en plein boom de l’Empire britannique, ou au  patient anglais, film aux nombreux oscars, notre patient turc n’est pas une métaphore ni une fiction cinématographique.

Un jour de brouillard sur le quai du TGV pour Paris, je vis avancer vers moi un homme sans âge qui avait semblé me reconnaître. Vous n’avez pas changé ! qu’il me dit. Je répondis du tac au tac, sans être absolument sûr : Vous non plus ! Mais excusez-moi, je ne me souviens pas de votre nom.

C’est un patient turc que j’avais perdu de vue depuis de nombreuses années. Il s’approcha encore plus près avec sa façon inimitable de sourire. Monsieur Aydin ?

Des Aydin, j’en ai vu plein. C’est aussi courant que Martin chez nous. C’était facile de le reconnaître. J’ai soigné toute sa famille, du grand-père aux enfants. Qui n’a pas de problème gastroentérologique à un moment quelconque de sa vie ? Je me souviens de son aîné, gravement malade, et qui fut opéré avec succès à l’hôpital Bon Secours.

Feu la sidérurgie

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 14 février 2011. dans Souvenirs, La une, Société

Feu la sidérurgie



Ici, les hauts fourneaux s'ouvrent les veines sur un ciel de misère. Ce ne sont que rails parcourus de rouille et d'herbes folles, qui jamais plus ne transporteront les convois au précieux minerai, ne vibreront aux appels stridents des locos, ne seront enjambés par des milliers de fourmis bleues ... Ce ne sont que hangars tentaculaires, habités par le vent et les corbeaux essoufflés.

Emile a pris sa retraite dans les Landes, au milieu des pins, après de nombreuses années passées dans la sidérurgie. Dans un bassin où les localités n'ont d'angélique que le suffixe : Rosselange, Gandrange, Hayange, Hagondange ... Des cités ouvrières, pour la plupart : une à une semblables, les maisons accoudées ... Et quelques tours, à l'ombre desquelles ont surgi des lotissements aux allures concentrationnaires.

Le petit Français, épicier ambulant en Wallonie (2)

Ecrit par Jacques Petit le 24 janvier 2011. dans Souvenirs, La une

Le petit Français, épicier ambulant en Wallonie (2)


"Reflets d'un temps révolu"

(Suite de la première partie)

Les premiers jours, j’avais très bien réussi à tempérer cette pression, car je découvrais ma nouvelle vie, les parents étaient charmants, attentifs avec moi, Mr C. m’avait dit :

— Tu m’appelles « pépé », c’est ce qui me plairait le plus, Maman elle veut que tu l’appelles par son prénom, Germaine. Mathilde et Jean tu les considères comme frère et sœur, c’est pas compliqué. Mathilde est folle de toi, elle adore tes yeux bleus, elle dit que tu as une belle petite binette.

Et voilà, malgré tous mes efforts c’était reparti !

Le petit Français, épicier ambulant en Wallonie (1)

Ecrit par Jacques Petit le 21 janvier 2011. dans Souvenirs, La une

Le petit Français, épicier ambulant en Wallonie (1)

"Reflets d'un temps révolu"

Ma mère devait avoir ses entrées auprès de personnes bien placées dans les services sociaux de l’époque (1940/1945), car après les colos, les prévens, le séjour inoubliable en Corrèze, cela s’est poursuivi en 1945 par un séjour en Wallonie chez une famille de commerçants, à Angleur, tout proche de Liège.

Ce dont je me souviens tout d’abord, c’est après un voyage en train, départ Gare du Nord, arrivée à Liège. Là, nous fûmes dirigés (une dizaine de filles et garçons entre 13/15 ans, à première vue) vers une sorte de centre d’accueil, Bd de la Sauvenière à Liège. Nous sommes ensuite allés à pied au Journal La Meuse, pour y faire une photo collective, et puis retour au Centre. Avec le recul, je crois avoir vu cette photo quelques jours après, mais je n’en suis pas vraiment certain, en tout cas je n’ai jamais lu l’article qui, je pense, devait accompagner cette photo ; je suppose, un article soulignant la solidarité de la population Liégeoise avec nos voisins Français connaissant des difficultés.

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