J. S. Bach « Message retrouvé »

Ecrit par Luce Caggini le 03 octobre 2015. dans Souvenirs, La une, Ecrits

J. S. Bach « Message retrouvé »

Je crois être née comme un mythe au premier moment d’entre vous les hommes. Après quelques tartes en pleine gueule dans un ciel divisé en classe touriste et classe affaire, les yeux toujours mi-clos, je défaisais les plis de ma chemise de nuit, et courais nue dans ce siècle sans savoir que la nudité en tout genre est une arme de papier.

Errant parmi les clandestins les ardents les coquins les étrangers dans la pénombre de l’égalité pendant que des pachas aux commandes, des putes se fabriquant des syndicats, cette moi, aspirée par les modes majeurs mineurs des symphonies pour un nouveau monde en yiddish en arabe, voyait s’évanouir un Christ historique, flottait à découvert, assouvie de tous les avenirs, liée au chaman divin réparateur, divinisant murs et mots dans un accord parfait en mémoire de ma logique à quatre dimensions.

Le ciel pendait de tous les côtés.

Il y avait longtemps que les talmudistes talmudaient, que les moines fondaient en méditation sous leur capuchon, que les nonnes se jetaient à plat ventre les bras en croix sur les dalles de marbre, que la voix des muezzins résonnait dans le ciel d’Al­lah, tous intermédiaires, tous missionnés, tous savants de la Pa­role.

Alors parole image saintes ou pas, fallait bien aller à la source sous peine de magnifier un Dieu ménagé, engagé, nourri, empri­sonné uniquement par les artistes.

Á mon avis les gardiens de la mythologie grecque eurent des relations innocentes charnelles miraculeuses avec les raisonneurs des sentiers de la connaissance immensément ingénieux pour avoir été réalisa­teurs, cinéastes du monde américain, agitateurs de « nominés » ingérables, centres de magie démesurément gentillets sans autre talent que celui de musarder dans les agences du monde les mieux rétribuées.

Arrivée sur terre comme l’oiseau s’élance encore tout chaud d’un rêve in­achevé, nouveau-né au­tant dans le rêve que dans la réalité le cœur encore léger, mais déjà pris dans un violent affrontement, bout au vent, flairant les brumes menaçantes en­traver son essor remet à plus tard une mort, je tra­verse mon histoire comme une vie artificielle.

Toujours endormie avec l’angoissante idée de mort, pour rendre moins vi­rulentes ces attaques nocturnes, je me fis parce que une fleur ça ne pense pas, mais le temps de la mé­tamorphose passé, je me retrouvais en proie aux morsures viscérales du vide.

Dès que je pris conscience que chaque ma­tin, je me réveillais morte, je sus que la mort ça n’existait pas.

Dans les très riches heures d’une terre qui n’est plus, je veux parler de celles où ma mère suppliante pénitente mélancolique d’une vie redimensionnée dans le chagrin jouait pour moi les « Variations » nos regards se touchaient.

Démasquant les silences terribles, la chair sous la tunique meurtrie, comme si rien ne s’était passé, épuisée ou croyant l’être, face à son sourire, j’effleure les perles de son collier sur moi…

Comme un Moix imbibé de Bataille je sens bien que je méritais à peine le secret d’entendre les pépites d’or de Bach.

Entre chaque variation un levé de main, une respiration, une réminiscence, toujours un peu plus près du clavier, un chuchotement au bout des doigts : cinquante années passées sur l’instrument.

Soudain une question comme une lame traverse mon corps en altitude, en abysse.

A pas rapprochés du « Message retrouvé »… le coup qui m’a frappée me comblera-t-il d’une bénédiction demain ?

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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