NYC… Subway… « Stand clear of the closing doors, please… »

Ecrit par Luce Caggini le 31 août 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

NYC… Subway… « Stand clear of the closing doors, please… »

Je viens de me lever au 145 92nd street entre Lexington et la 2nd Avenue.

Il est midi.

Le premier matin d’un monde où même les anges unanimement magnifiquement centralisés sur des monades d’immensités de vies minuscules me donnent les ailes pour communier avec NYC dans ce matin surchauffé ; ils murmurent bénédictions et romances dans ce jour dansé et chanté par des millions d’hommes et femmes déjà levés depuis l’aube sans jamais arrêter de vivre la même joie que moi.

L’immeuble est ancien avec ses escaliers de secours extérieurs, ses fenêtres coulissantes, ses grillages, son ascenseur à parois boisées en acajou verni, son liftier en tenue, son grand ventilateur dans le foyer du rez-de-chaussée. Je profiterai de chaque montée ou descente pour faire la conversation avec ces hommes de l’ombre venant des quatre coins de la terre.

Je clique et Manhattan est au bout de ma petite valise roulante. J’ai l’Amérique sous mes semelles.

À NYC la chaleur est une autre chaleur, les arbres sont différents, les rues sentent une autre odeur, tout le monde vous le dira, bref vous l’avez compris, j’adore !!!!

C’est un choc, je ne dirai pas un mot pendant des heures.

Third Avenue, Second Avenue, Première Avenue, nous tournons autour du bloc, Second Avenue, 91 th street… acheter un adaptateur pour les prises de nos ordinateurs, des chaussures Puma à moitié prix chez le thrift-shop du coin, un pass à 30 dollars pour la semaine.

17 hpm, nous rentrons, j’ai fait une cinquantaine de shots, je suis morte parce que la chaleur est chaude à NYC aussi…

Deuxième jour :

Dans le subway, la voix d’un black-crooner ouvre les portes d’un monde où l’absolu et la réalité s’entrecroisent comme les murs et les mots se parent de vantardises ou de tags qui ne parlent qu’à la compréhension des murs et des rêves.

De South Street Seaport à la maison nous allons passer à peu près deux heures, traverser une soixantaine de rues et voir le jour tomber. Des bouffées de ciel rose entre les hauts murs de la ville, le trafic est à son comble. Au fur et à mesure que l’heure passe, passe le rose qui devient bleu. La nuit est tombée sur Manhattan.

9 Aout 2013

Déboucher de Grand Central sur la 42ème le 9 août 2013 c’est entrer en ébullition et ne pas vouloir perdre une miette de vie de cette terre.

Oublier le sens du mot vacances pour n’être qu’une américaine qui revient à la maison. Écarter jusqu’au souvenir du montage de ce voyage pour n’en garder que la note sensible, le fa dièse majeur qui en donne le ton, le ton du plaisir de rentrer à la maison.

Evaporées les plages au soleil, effacée la fraîcheur des maisons d’été, partis en vrille les musées, les œuvres d’art, la mode et tutti quanti.

Dans chaque humain c’est le flux de la terre qui passe sous mes yeux, et si je lève le nez en l’air c’est l’éclat de l’intelligence qui me tombe dessus.

Grand Central Plazza : j’échange mes euros au milieu des marbres de la réussite financière, l’homme derrière le comptoir est un marocain, c’est la troisième fois que je reviens, nous sommes devenus familiers.

– Chrysler Building

– New York Public Library

 Tout y est triomphal.

Même panique à bord d’un Titanic magique, d’un rêve de millions de dollars qui partent dans les immensités des Roues de la Fortune.

Des millions de dollars qui ne pourraient me rendre plus heureuse que ce flot d’humanité en marche.

331 West 19th in NYC. My taylor is not rich. Im rich.

Il pleut aujourd’hui.

Je ne connais qu’un point d’atterrissage à NYC où je me sens at home : un Starbucks coffee avec des gens venus des quatre coins de la planète. Celui-là est au coin de la 19ème entre 9th et 10th Avenue, à l’époque où j’y habitais il y avait à cet angle un delicatessen.

Je rentre : une chanson vieille comme le monde « I love you for sentimental reasons »… un comble.

Allez, faut y aller, je n’aurai pas fait 6000 km pour caler et ne pas rendre visite à mon ancienne demeure.

Là, à quelques mètres, le théâtre de toutes mes activités sentimentales, artistiques et professionnelles à quelques encablures du Joyce Theater, le 331 West ma maison…

Caprice ou passation du temps ? C’est comme ça que ça se passa entre moi et moi. Juste avant de fêter le passage de l’année 90, mon ami entre dans un grand sommeil.

Dans ma petite robe noire à la française, j’attends qu’il se réveille pour nous rendre à une soirée.

Ce qui va se passer cette nuit inattendue sera le premier pas de ma vie artistique sortie de son cadre de peintre esquissant de jolies scènes allégoriques avec des personnages somptueux toujours élégants et soyeux.

C’est comme ça que mes premiers acheteurs américains m’ont connue. C’est comme ça que nous avons pu payer le loyer.

C’est comme ça que je me pris de reconnaissance pour l’Amérique.

Passage du chiffre 0 au chiffre 1, comme un chemin unilatéral entre commun et extra-ordinaire, chiffre jamais compris entre deux zéros sinon en art ou dans un almanach de joueur épris de ramage comme un oiseau privé de siffler un son amoureux dans la compagnie de sa belle amie.

Dans ce tête à tête entre musique et anomalie d’une manifestation de concert sans musiciens, ma nature humaine fut dans une situation rare, marginale, bénie de ne pouvoir me retourner et de chanter dans la lumière. J’enterrais mes personnages dans un monastère dont les morts et les vivants auraient pris le chant d’Orphée pour la prodigieuse métamorphose du son d’un oiseau muet en un commentaire du plus grand des rois de la magie des images, c’est à dire le Christ soi-même.

Dans une nuit empourprée, sous le visage d’un roi couronné d’épines, finalement la cassure du temps se fit non seulement symboliquement mais dans un acharnement prenant la même ardeur naturelle à se projeter sur une grande toile pendant toute cette nuit pour m’abstraire de ce que je pensais être mon art.

En comparaison des papillons qui s’envolent en un temps record, ma métamorphose prendra douloureusement toute une année avant que je ne me réveille moi aussi d’un rêve de jeunesse où courbes et droites n’avaient aucune existence spirituelle. Titubant et menant un géant combat contre un commencement de confort, l’arpentage de ma vie fut mis en route.

Aujourd’hui je dois encore ramer pour aborder la voie royale qui me révélera une totale liberté d’expression graphique.

Mais je pus écrire alors : Je suis reconnaissante à la triomphale et puissante Amérique de m’avoir ouvert la route inconnue d’elle-même, où j’ai marché seule pour rejoindre ma patrie.

Je vis à l’unisson le partage de la Terre Arabe et de la Croix la magie de l’art non figuratif.

Je reprends la pause sur le haut des marches du Brown stone secouée par l’émotion d’une femme qui reprend vie après une longue absence dans un corps comateux.

J’ai changé ? Oui et non, je suis la vivante que j’étais. Mon Dieu, il va me falloir une overdose de courage pour retourner d’où je viens.

Un camion de chez Janovic passe dans la rue sous mon nez, nous avons tellement travaillé avec les produits de peinture Janovic…

J’implore déjà le ciel et tous ses saints. Je suis l’amoureuse du bleu newyorkais. C’est ma chanson.

Dimanche matin :

Brunch dans un autre Starbucks coffee, le NYT sous les yeux avec un parfum de café à la cannelle. Quelle grâce de ne pas être une personnalité astreinte à une vie officielle, je bénis chaque jour de ma vie.

In front page « For Medical Tourists Simple Mat » : ok en Europe on refait sa hanche américaine pour 78 mille $ et 13 660 $ ».

Partout des comptes et des comptables !!

Sur les toits du monde newyorkais, sur les marches du paradis des artistes.

Mon amour pour NYC, c’est plutôt de remettre mes pas dans le passé de mes empreintes américaines, autrement dit je navigue dans un temps qui me libère du linéaire et agit sur moi comme une bénédiction.

Je jette en miettes le monde des sous pour atteindre le top de la magie des oiseaux de lune sans passer par les médias des oiseaux du paradis de la célébrité.

Dans cette optique, un jour de joie dans Central Park sonnant comme le premier jour de ma Renaissance, un jour où une myriade de petits êtres singuliers annonçant la lune et les étoiles en plein jour donneraient leur bénédiction en organisant l’immense et joyeux commencement d’une vie suivie d’une autre vie.

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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