Oran… Juillet 1962

Ecrit par Luce Caggini le 26 septembre 2015. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Oran… Juillet 1962

Berlin, Jéricho… les murs s’écroulent.

Les hommes, les trompettes et le reste les ont achevés.

Perdus dans les airs de la renommée, les inégalités du monde terrestre meurent dès que le peintre radieusement les purifie de sa lumière.

Leur barrière de vie se dissout dans le marasme des petits univers inégalitaires de rêve, dans la ruée des portions d’images de pacotille nées des incongrus sans poésie qui sont venus les décrocher.

Les « murs » ont mille et un yeux de pureté qui dégagent la matière de la pesanteur, de l’extraction de la pierre pendant la construction des visions du peintre, comme les paroles silencieuses qui diffusent plusieurs paroles, les unes sacrées, les autres chargées des rêves rendus opaques par des nuées de mouches de la détresse en dépit parfois de la couleur de la roche.

Comme un peintre face à une toile vierge, comme un écrivain avant de penser un élan ou de réaliser ses premiers doutes au mépris de sa condition de diseur de mots joint les deux miraculeux petits riens qui font le Mur des Lamentations ou le mur du son, réel ou virtuel, ils misent sur les gens qui passent comme le mur de Planck unissant des particules d’oxygène à un petit haut-parleur sans courant électrique.

A mon grand étonnement ni les rages ni les cris de douleur de la multitude médiatique charnelle croyante ou non-croyante ne firent le point sur ce monde d’assemblage de parpaings ; silence de la pierraille lessivant la rue de tous les cris de ses rôdeurs de nuit où des millions de mots ont laissé leurs miasmes dans les fissures là où des millions de prières pensées, hurlées murmurées écoutées ou envoyées par intention se sont offertes en chœur.

Un crieur des rues insolent ou mendiant peut générer soit un miracle soit déclencher une émeute, un mur de prières c’est une entité entre quatre murs, une munition de haut-parleurs sans voix et sans bégaiement.

La vieille dame ferma les yeux, fit glisser la paume de sa main le long des murs de sa maison, les embrassa avant de refermer doucement la porte devant ceux qui allaient s’approprier historiquement sa maison natale.

Au même moment le Père Cadas verrouillait la porte du presbytère.

Impression d’un peintre devant un mur de pierre.

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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