Reflets d'un temps révolu : le service militaire

Ecrit par Jacques Petit le 28 novembre 2010. dans Souvenirs, La une

Reflets d'un temps révolu : le service militaire

NDLR : De nombreuses parties informatives de ce texte proviennent de sites d'universités Lille, Picardie... (partie en italique)


J’étais un rappelé de la classe 52/2.

C’est ce petit bout de papier,  pas très flamboyant  - il faut dire que l’Armée n’a jamais eu de gros moyens  -  le diplôme N° 251/TRANS /TA , qui m’a valu d’être rappelé au titre de Brigadier-chef (dont  la solde est très proche de celle d’un sous/off).

Vous avez pu vous rendre compte sur la photo que nous étions assez nombreux, dont trois « bricards-chef » de carrière.

Yvette s’étant trouvée enceinte,  2 semaines avant la réception de mon ordre de mobilisation,  la solde n’était pas un aspect négligeable.

Comme beaucoup d’entre vous le savent,  l’insurrection du 1er Novembre 1954 en Algérie a provoqué,  crescendo,  des remous,  des interrogations dans l’opinion,  bien sûr, sur place en Algérie,  parmi la population française,  mais également en Métropole,  surtout depuis l’annonce du maintien sous les drapeaux des classes d’appelés et un peu plus tard, de  la décision de rappeler les classes libérées depuis 3 ans (les jeunes gens nés entre 1931 et mi-1933 , ainsi que les sursitaires,  soit plus de 200 000 hommes).

C’est au Printemps 1956, que l’opinion publique, d’après l’IFOP, prend conscience de la gravité des évènements en Algérie. 49 % seraient pour une forme d’indépendance de l’Algérie et 48 % pour un maintien de l’Algérie dans la France,  même au prix de l’envoi de troupes sur place.

La terminologie officielle des militaires n’est pas le terme de « rappelés », mais au sens militaire, des « disponibles », car dans la période de disponibilité pour un rappel à l’Armée.

Depuis mi-1955, ceux-ci, - certains de ceux-ci appuyés par quelques personnes civiles,  en général des membres du PC - mènent des actions de perturbation pour retarder les trains,  bloquer des voies,  avec pour but premier d’alerter l’opinion publique .

Toutes ces actions sont décrites dans plusieurs ouvrages (Ageron 1990, Stora 2002, Thénault 2005, Pervillé 2007, Quémeneur 2001, Jauffret 2004, Grenier 2007)

Ces actions furent chiffrées à 18 en 1955 et à 76 en 1956,  selon des études menées, des années plus tard.

Il n’est pas inutile de rappeler que, d’après l’ouvrage d’Ageron 1990, en 1956 la France est entrée dans une logique de guerre : c’est la première fois qu’un gouvernement socialiste,  soutenu par les Communistes décide l’envoi du contingent sur un territoire en guerre ;  bien qu’officiellement il ne s’agisse que d’une opération de maintien de l’ordre (le terme « Guerre d’Algérie » ne fut définitivement adopté que le 18 Octobre 1999).

Personnellement je crois que l’opinion était fortement divisée : ce n’est pas la même chose quand un fils part à la guerre que quand il reste au foyer ! Mais c’est surtout le vote par la Gauche -  Communistes compris - de l’envoi du contingent qui a semé le trouble parmi les classes populaires ;  c’est pour cela que ces mouvements sporadiques et limités ne sont pas allés plus loin.

Mon ordre de mobilisation m’enjoignait de rejoindre le GT 523 à Evreux le 20 Juin 1956 au matin, en vertu du décret du 12/4/56. Je pris le tout premier train à St Lazare pour Evreux,  et  me présentais au quartier du GT 523. Je n’étais pas seul ; les mines étaient défaites,  l’organisation  - je ne sais pourquoi j’emploie ce mot  - la désorganisation était totale ; les quelques « troufions » présents, de même que les « sous-off »,  étaient totalement dépassés par l’afflux des recrues qui se présentaient . Je n’ai pas souvenir d’avoir aperçu un seul officier ce 1er jour ; une centaine de recrues marchait de long en large,  toute la journée ; aucune instruction ne vint. Vers 14 H, un 4/4 fit le tour en distribuant à chacun : un sandwich jambon, et un quart de rouge ; je dois dire que je n’avais guère faim,  mais manger était au moins une activité. Le soir, on nous conduisit dans des dortoirs  - un lit et une couverture pour chacun -  et le « margis » de permanence nous dit : « A demain, les gars,  réveil à 7 H ».

On a peu dormi,  mais toute la nuit ça a senti le « fauve ».

Le lendemain au réveil,  ce fut une pagaille indescriptible pour descendre « au jus » (un jus de chaussettes avec une tartine et un petit quart de beurre.)

Les gueules n’étaient pas fraîches ; je n’échappais pas au lot commun ; les esprits s’échauffaient un peu  - les uns voulant téléphoner, les autres en savoir un peu plus, et d’autres comme toujours râlaient pour tout et pour rien  - dès que vous mettez un uniforme à n’importe quel « pékin », il râle!

Parmi, tout ce monde, j’avais retrouvé un ancien pote de mon service militaire  qui était venu en voiture,  qui espérait bien avoir rapidement une « perm » pour rentrer chez lui  (car il pensait qu’ils se dégonfleraient pour envoyer encore plus d’hommes en Algérie,  ce en quoi, il s’était bien trompé !)

Mais les événements du moment semblaient lui donner raison. Un Capitaine réclama le silence et procéda à un vague rassemblement ; il nous annonça tout de go : « Messieurs vous avez une perm de 24h, tout le monde présent au quartier, demain matin à 9h, comme vous êtes encore en civil,  vous n’aurez pas de titre de permission officiel,  car, en civil,  on ne vous contrôlera pas !  à demain, à l’heure ».

Mon copain me ramena dans sa Traction à la Porte de St Cloud, où je pris le métro pour rentrer chez moi à Clichy. J’étais complètement décontenancé, bien malin qui aurait pu dire la suite…

A propos de l'auteur

Jacques Petit

Jacques Petit

Rédacteur

pseudo Jacklittle

Autodidacte, 47 ans de carrière bancaire, du bas au haut de l'échelle. Cadre Supérieur.
Directeur de Mission dans un cabinet de Commissaires aux comptes spécialisé Banque et Finance.

Politique,Economie, Finance, Littérature, Sports, Cinéma, Théâtre.

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.