"Reflets d'un temps révolu" : notre XIIIème

Ecrit par Jacques Petit le 22 octobre 2010. dans Souvenirs, La une

Lucien était né dans un quartier populaire de Paris dans les années 30. Son père était fonctionnaire de police, commissaire - pour être plus exact - sa mère, comme quasiment toutes les femmes mariées et mères à l'époque, élevait ses enfants (en l'occurrence, son fils Lucien).

La position de son père lui conférait, dans ce quartier populaire, presqu'uniquement composé d'ouvriers et d'employés, une position de notable.

D'ailleurs, dans la rue - à part un médecin qui vivait et exerçait  dans un des petits pavillons de la rue en face - il possédait, seul, une voiture (pour être précis, une voiture de service noire, une "traction". Il y avait aussi le camion de la SEITA que ramenait tous les soirs le chauffeur de la Manufacture des Tabacs.

Cette petite rue du XIIIème était caractéristique : petite, elle se terminait en impasse sur les voies de la Petite Ceinture, juste avant le Bd Kellerman, aboutissant dans une rue qui conduisait sur la Place des Peupliers, là où était l'hôpital de la Croix Rouge. Elle était caractéristique, en ce sens que les numéros impairs étaient composés de petits pavillons bourgeois, et il y avait un terrain vague, du côté des numéros pairs. Ainsi, il y avait le 16, là où vivait Lucien, et le 4.

Même encore de nos jours, plus d'un demi-siècle après, je n'ai jamais compris pourquoi : au 16, globalement, nous avions des locataires - dirions-nous "populaires" - et au 4, une population plus bourgeoise.

De ce fait, par réflexe, les parents du 4 faisaient tout pour que leurs enfants ne fréquentent pas la progéniture du 16. Ainsi, en plein Paris, dans une petite rue, dans les années 30/40/50, s'établissait une sorte de frontière invisible entre la France d'en haut et la France d'en bas !

Les choses se faisaient naturellement : les enfants du 4 connaissaient fort peu leurs voisins du 16, et vice-versa. En conséquence, il en allait de même pour les parents.

En y repensant, avec le recul et avec les images qui me reviennent de manière fugace, il n'y avait guère au fond de différences entre les enfants du 4 et les enfants du 16, de même d'ailleurs, pour leurs parents.

A cette époque, il n'y avait pas ou quasiment pas, de problème d’“ étrangers”, dans la rue. Il y avait en tout et pour tout, une famille noire, qui, d'ailleurs, demeurait au 4 et une famille algérienne qui logeait au 16.

Du fait de la situation extrêmement favorable de son père, Lucien passa à travers tous les petits problèmes qui pouvaient surgir, à tout moment, en ces temps plus que troublés et propices à toutes les déconvenues pouvant vous amener à des situations extrêmes.

Il est quasiment impossible d'établir les statistiques du nombre de personnes qui se sont retrouvées dans les mailles de la Gestapo,  à partir de situations anodines, en ces temps très incertains; il valait mieux avoir le profil le plus "passe-muraille" possible.

Le film de Claude Autant-Lara « la Traversée de Paris » avec Jean Gabin, Bourvil et De Funès, relate parfaitement ces petits faits anodins qui pouvaient, à la suite d'un enchaînement dramatique, vous conduire dans un camp ou à la mort.

Les plus anciens, comme votre modeste narrateur, ont bien connu ces moments troubles, où tout peut basculer en un instant…

 

(A suivre)

A propos de l'auteur

Jacques Petit

Jacques Petit

Rédacteur

pseudo Jacklittle

Autodidacte, 47 ans de carrière bancaire, du bas au haut de l'échelle. Cadre Supérieur.
Directeur de Mission dans un cabinet de Commissaires aux comptes spécialisé Banque et Finance.

Politique,Economie, Finance, Littérature, Sports, Cinéma, Théâtre.

Commentaires (1)

  • Vaillant Sabine

    Vaillant Sabine

    22 octobre 2010 à 22:07 |
    La suite se laisse deviner, douloureuse... la vie bascule que devient Lucien?
    Sabine

    Répondre

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