Vie quotidienne

Châtaignes ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 octobre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Gastronomie, Notre monde

Châtaignes ...

L’automne est déjà « entrant » sur la carte postale ancienne au sépia si doux. Elle brasse, dans le toupi en fonte, les châtaignes cuites au  rouge unique – couleur de chasse ? de latérite ?; le « déboueradour » en bois et ses deux branches crantées va enlever la deuxième peau, celle qui garde l’amertume ; « la brunette en sort, toute blanche et claire » disait la chanson du  vieux vielleux, à la dernière veillée.

Elle s’appelle sans doute Marie-Louise ou Clarisse ; doux visage fripé sous la coiffe limousine – papillon ; femme dure pour un dur pays de Corrèze, couvant « sa » châtaigne brise faim, quelque part à la fin du siècle XIX. Je ne l’ai pas connue ; elle est pourtant, partout dans mon paysage limousin, la grand-mère – civilisation de la châtaigne de l’automne. Dans le four à bois extérieur à la ferme, dans le « séchadour » qui traitait, dans une fumée d’enfer les petits fruits sombres, près des maisons couvertes en lourdes lauzes…

D’habitude, quand vient le moment des châtaignes, les gamins reviennent de l’école, la brume traîne vers le soir ; on fait les premières flambées… cette année – météo cul par-dessus tête – les grands châtaigniers de mon champs touchent un ciel bleu – Août, franc et léger comme dans les fresques de Fra Angelico ; on ramasse, bras nus ; bermuda de vacances ; décalé… surprenant.

Tryptique de la Grâce. Panneau de gauche

Ecrit par Eric Thuillier le 21 octobre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

Tryptique de la Grâce. Panneau de gauche

Je vous fais grâce des explications qui justifient l’emploi de ce mot. Tout s’explique, tout est grâce.

Rien ne l’annonce. Ou peut être une succession de jours sans trace de pensées sombres, effet d’une sorte de distraction, de légèreté involontaire. Peut-être… C’est vrai pour cette fois, je vérifierai les prochaines, si Dieu veut bien m’accorder des prochaines fois.

Pendant quelques heures un sixième sens est actif. Un drôle d’œil est ouvert dans la tête dont le rayon passe la paroi osseuse et garde juste ce qu’il faut d’énergie pour se glisser sous la peau des visages, la rendre transparente, révéler le sens des êtres.

Pendant quelques heures tous sont beaux. Tous offrent au regard une langue muette et magique qui écrit sur les traits une vérité qui ne se discute pas. Un homme est là, une femme est là, ils sont des évidences lumineuses.

Et mouillées. La source que j’écoule vers eux est humide, faite pour ramollir, pour épouser les formes les plus petites. Cette source est du langage, absolument pur, sans mot, du sens rayonnant, sans explication, des harmoniques jaillies d’un orchestre de paroles et de sensations anciennes.

Qu'est-ce que que ? Les projets ...

le 21 octobre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Qu'est-ce que que ? Les projets ...


Les projets, ah, les projets…


Les projets, je n’en ai plus, et d’ailleurs, en ai-je jamais eu ?! Faire des enfants, un projet ? Quelle horreur ! J’ose espérer que faire un enfant se situe bien au-delà du simple projet, sans quoi la chose revient à la reproduction et à l’élevage. Mes enfants, je les ai désirés, espérés, comme on espère l’Amérique, qui ne peut être que magnifique !

Pareillement, j’ai aussi désiré avoir une maison, avec un jardin de fleurs et d’herbes, un potager et une balançoire. Les désirs, oui, les projets, non ! Car, qui dit projet, dit calculs, placements, sacrifices, voire magouilles plus ou moins honnêtes. Enfin, c’est ce qu’il me semble.

Un projet suppose également de la volonté et souvent, des sacrifices, et j’en ai si peu, et surtout, je rechigne tant à devoir me priver d’une chose pour en obtenir une autre ! Quand on se contente du désir, on s’ouvre par là au fortuit, à l’accidentel, qui nous amène à des situations éventuellement tout à fait inattendues, quand le projet ne nous promet que ce que nous avons prévu sur plan.

Une bouteille millénaire !

Ecrit par Léon-Marc Levy le 30 septembre 2011. dans Vie quotidienne, Vins du monde, La une, Gastronomie

Une bouteille millénaire !

Chana tova ! Bonne année !


Eh oui, le calendrier hébraïque annonce 5772. Bonne année donc, à vous tous, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, croyants et mécréants du ban et de l’arrière-ban !


La bouteille dégustée en l’occasion – du coup – est incontestablement une très vieille bouteille Tertre-Roteboeuf (de St Emilion) 1995. 3777 ans ! Qui dit mieux ?

En pleine forme la vieille !

3 dégustateurs et, miracle habituel du vin, une bouteille produit sur les papilles 3 émotions très différentes. C’est à cette alchimie des arcanes d’un grand vin que je vous invite.


Merci à Renaud et Bruno pour leur collaboration !

Un aligot pour les "petits jours" à venir

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 septembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Gastronomie

Un aligot pour les

Le parfum des grands plateaux à moutons de ce Massif Central qui n’en finit pas, quand on dévale vers le sud… Quelque chose qui musicalise avec les vents coulis qui vous happent, dès que vous descendez de voiture. Autour, il y a un Saint-Flour ou un Saint-Chely d’Apcher ; le Larzac, cher à nos vieilles banderoles « gardarem… » est là, pas loin.

L’Aligot est, avec la Potée, un de ces plats de pays pauvre – à tout le moins, « regardant » – on n’avait pas le sou ; on trimait dans une terre ingrate (il suffit de la regarder) ; on s’exilait aussi beaucoup, au pied des volcans endormis, et la fête, au retour, au son des vielles, avait besoin de quelque chose de pas cher – évident – mais aussi de revigorant !

Votre aligot des villes et du « j’ai pas le temps de cuisiner » se fait en deux coups de cuillère, et une cocotte.

Il vous faut :

Une saison de cousinades

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 septembre 2011. dans Vie quotidienne, Souvenirs, La une, Voyages

Une saison de cousinades

Certes, il y a les « sardinades » du pays de l’étang de Thau, entre Sète et Bouzigue ; odeur de brazero ; sardines et huile d’olives ; lumière des grands tableaux de Philippe Pradalié à l’ombre noire des grands pins…

Ma « cousinade » à moi se niche plutôt en cœur de France, dans ces campagnes, vidées, en leur temps, par l’exode rural ; il lui faut le vert et l’air puissant des plateaux limousins, le bleu du soir auprès des tendres charolaises, dans les vallées bourbonnaises… La « cousinade » est une partie de campagne avec cousins. Il vous faut ratisser large, le but étant de rassembler en un seul pot le plus de collatéraux possibles ; vous ne les connaissez pas tous ! Tant mieux ! Ils sont de votre branche, de votre arbre… « tout cousin reconnaîtra les siens », comme a dit un féroce dans la lointaine nuit médiévale de Carcassonne…

L’arbre a perdu ses branches, il y a plusieurs générations de ça ; les campagnes surpeuplées des cartes postales anciennes – un charron, trois cafés rien qu’au coin de mon chemin – ont basculé dans quelque chose qui a bien dû sonner aussi triste en son temps que la mondialisation sauvage d’aujourd’hui.

Qu'est-ce que que ? Je t'aime, moi non plus

le 18 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits, Amour

Qu'est-ce que que ? Je t'aime, moi non plus

En amour, « celui qui prend a l’impression qu’il donne ; arrange-toi avec ça », nous dit Léo Ferré, ce que l’on peut envisager au premier comme au second degré. Ainsi, l’homme « prend » la femme pour lui « donner », et les mots eux-mêmes nous renseignent sur le caractère paradoxal de l’acte sexuel. Mais au-delà de ce simple aspect pratique, l’amour est bien le domaine de la vie humaine où la notion d’échange se révèle la plus complexe.

Ainsi, par exemple, celui qui prend la liberté de tromper l’autre, lui donne effectivement celle d’en faire autant, qu’il n’aurait peut-être pas envisagée de lui-même, et dont il n’a peut-être que faire. Ainsi encore, dans la séduction, on tâche bien sûr de valoriser l’autre et l’image qu’il a de lui, mais on le fait dans le but de s’approprier ses faveurs, et par là, de nous valoriser nous-mêmes par cet attachement.

Quelque part, tout ce que l’on fait de cette manière pour l’autre, on le fait aussi pour soi, et les dimensions altruiste et égoïste de l’amour sont intimement mêlées, d’une manière inextricable, comme le montrent bien les reproches que les couples s’adressent au quotidien ou dans la moindre scène de ménage. On en vient à ne plus savoir distinguer les attitudes et les qualités qui nous sont naturelles, de celles que l’on se force à avoir pour complaire à son partenaire.

Devine ... la Ville

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Voyages

Devine ... la Ville

Devine... la ville...

… dont je te parle ici… Ouvertement méditerranéenne ; pierres au grand soleil, vent venu d'Espagne, ciel bleu Miro (un peu Klein aussi) ; alanguie, à la façon des Algériennes des tableaux de Delacroix, mais aussi décidée, active comme les femmes si modernes qu'on trouve dans Alfons Mucha... Posée dans sa plaine ; vignobles et grands pins ; cyprès noirs, à la manière, certains soirs, de la campagne romaine des plus beaux « Le Lorrain » …

Ses seigneurs du plus haut Moyen-âge répondent au beau nom de Guilhem ; il y a une reine Marie, se promenant, ce jour, dans les fleurs de son tram ; ville aragonaise au temps de sa splendeur médiévale ; déjà, tout ce que j'aime : mélange, encore et encore ; compétences multiples de son quartier juif ; « médina » à l'arabe ; senteurs, couleurs venues d'orient ; abbayes savantes dans la plaine bleue ; chemin de Compostelle ; églises et maisons fortes, un peu à l'italienne...

Aux époques confites en dévotion, éclat métissé des savoirs : école de droit ; déjà l’université ; faisant face aux obscurantismes,  avec Cordoue, avec Coimbra, mais aussi Grenade, médecine et pharmacopée se relèvent ici, depuis la lointaine rive antique, oubliée, ailleurs...

La Cave et le Sablier

Ecrit par Léon-Marc Levy le 04 juillet 2011. dans Vins du monde, Vie quotidienne, La une

La Cave et le Sablier

 

On dirait le titre d’une fable. Tant mieux c’en est une, avec moralité et tout …

Il paraît que l’oenotourisme est à la mode. Je crois que j’en pratique régulièrement une nouvelle forme sans sortir de chez moi !

J’émerge à peine d’un séjour de deux heures dans ma cave. Je n’y chassais pas les souris. J’ai entrepris, vaste programme, un inventaire de mes flacons. Enfin de mes bordeaux, de loin les plus nombreux. J’adore les bons vins de toutes les appellations mais Bordeaux, c’est mon truc ! Entre les vins qui rentrent (toujours trop) et ceux qui sortent (beaucoup moins), il y a toujours un moment où ma gestion de stock est défaillante. Alors il faut s’y coller.

C’est bien, une promenade au milieu de flacons qui dorment, certains depuis des décennies, dans la fraîcheur et l’obscurité.  Une sorte d’excursion musicale d’abord. J’ai écrit « musicale » ? Ben oui, tout compte fait, c’est bien ce que je veux dire.

Le deuxième oeil

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits, Santé

Le deuxième oeil

Je fus en un temps une primipare âgée ; me voilà devenue, sur le tard, une cataracte jeune… « c’est rien du tout ! Une pitchenette… tu sors de là rajeunie de vingt ans ! (seigneur !!) ». En avant donc pour une cataracte – œil droit.

Tant qu’à faire, j’investis (oui, c’est privé, il y a la ronde des sur-honoraires) dans la clinique B, la meilleure de France, LA spécialiste, me dit le classement Nouvel Observateur – journal sérieux qui, il y a longtemps, me disait le monde et la politique, mais qui a glissé vers un mixte / 60 millions de consommateurs / tout sur la grossesse présumée de la reine. Font maintenant ces gens dans le classement à tout va : le meilleur lycée pour nos gamins, le meilleur investissement immobilier et, bien sûr, le meilleur hôpital, avec sous-classements selon vos besoins…

La rigolade m’est proposée par une chaude matinée de Mai – qui se prend pour un mois d’Août, ce qui alimente les conversations dans la file d’attente, la carte vitale à la main. « Présentez-vous à jeun depuis la veille ; pas une goutte d’eau ; pas un chewing-gum ; pas de maquillage… êtes-vous toujours d’accord pour être opérée ? ». Je signe ; 3 exemplaires.

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