Un autre regard

Ecrit par Luc Sénécal le 03 janvier 2011. dans Vie quotidienne, La une

Un autre regard


Il est vrai que ce n’est pas parce que l’on dénonce les inconséquences, les incompétences, les indifférences de certains parmi nos responsables, non plus que le manque de perspectives d’avenir rassurantes pour nos descendants, que l’on peut rester aveugle sur ce qui se passe autour de soi pour autant.

Car encore de nos jours, combien de gestes, combien d’actions viennent enrichir le contexte de notre vie par leur générosité, leur gentillesse, leur simplicité même parfois et surtout, leur sincérité. Un geste altruiste pour aussi simple qu’il puisse paraître, reste tant pour celle ou celui qui le dispense que pour celle ou celui qui le reçoit, la véritable valeur d’une humanité quotidienne. Par ces temps de fêtes de fin d’année, peut-on l’évoquer ?

Ainsi pour prendre un exemple personnel, si je vais chaque jour chez mon boulanger. J’y retrouve « autour du pain » l’ambiance chaude et sympathique d’une équipe de professionnels que les vendeuses par ailleurs toutes aussi charmantes les unes que les autres, par leurs bons mots, leurs sourires et même leurs rires, savent dispenser. De même, si nous nous retrouvons ailleurs dans un restaurant asiatique comme celui que nous connaissons, chez Kim San, nous y sommes accueillis avec tant de gentillesse et de bonne humeur que le soleil inondant la salle, y trouve refuge en donnant de superbes couleurs aux poissons de l’aquarium, tout autant qu’à la clientèle.

Ici, ou là, selon les besoins, selon les contacts que nous avons, soit par nécessité, soit au hasard d’une rencontre, soit à l’occasion d’un échange, nous découvrons des gens dont le comportement  est somme toute, emprunt de sincérité. Cela rend plus tolérable tout ce qui  peut nous agresser par ailleurs.

Ainsi en va-t-il dans une vie professionnelle, lorsque l’on travaille non seulement pour avoir des ressources et faire face à ses responsabilités mais aussi pour le plaisir de se réaliser dans une activité que l’on aime. Voilà entre autre exemple, comment une conseillère a eu la surprise de recevoir une jeune femme dont les difficultés du quotidien, sans revenu, sans logement sont aggravées par la responsabilité d’un enfant en bas âge. Or celle-ci ne venait pas récriminer pour une atteinte à ce qu’elle pourrait considérer comme ses droits les plus essentiels. Non. Elle apportait avec le sourire, à celle qui lui était venu en aide  selon les moyens mis à sa disposition, un petit bijou fantaisie pour la remercier, juste avant son départ à la retraite.

Un geste simple et sincère. Et des petits gestes comme cela, vous et moi, si nous prenons la peine d’y réfléchir, nous en connaissons bien d’autres.

N’est-il pas bon de temps à autre d’en révéler l’existence, alors que de partout on entend des plaintes, on découvre des souffrances comme la douleur due à la perte d’un être cher,  résultat d’un accident injuste ou victime d’une injustice flagrante.  Combien d’autres événements entrainant la misère et la désolation s’exposent à notre regard. Agressivité verbale, vols et violences, agressions physiques voire meurtres, dans la rue, chez les voisins, dans la ville. Cataclysmes, inondations, incendies, tempêtes et ouragans. Tous les supports médiatiques ou papiers nous en rebattent les oreilles à longueur de journée et de façon répétitive, jusqu’à l’écœurement.

A contrario, n’est-il pas bon pour prendre un exemple, de souligner tous les efforts que font les bénévoles dans les associations caritatives. Une humanité bien réelle et d’autant plus belle qu’elle se fait discrète autant qu’efficace. N’est-il pas bon par ailleurs de se souvenir de l’aide apportée récemment aux automobilistes et autres professionnels de la route, bloqués sur place par les caprices d’une météo hivernale. Et ainsi des maisons se sont ouvertes pour des familles avec des enfants en bas âge. Des citoyens se sont mobilisés pour leur trouver un refuge, des couvertures, un repas chaud…

Oui, ça existe et il n’y a pas lieu d’être surpris comme nous le sommes parfois, dans un monde qui paraît trop souvent et souvent dénoncé comme tel, sourd, aveugle et indifférent.

En sommes nous arrivés là  lorsque l’ on constate que, même bousculé dans notre vie professionnelle par une pression de plus en plus intolérable, on sait aller réconforter celle ou celui qui est resté au domicile  en raison des conséquences d’un accident ou d’une maladie. On n’oublie pas celle ou celui qui est atteint d’une maladie grave même si elle est rarissime, isolé qu’ils sont, dans leur détresse et les conséquences que cela impose. On saura si l’issue fatale hélas imparable aura échu, être parmi les proches pour les réconforter. Même si dans notre société, on cache la mort comme une honte.

Il y a parmi nous, autour de nous, plein de gens qui, quelque soit leur origine, leur niveau social, leur religion, leur préférence politique, culturelle ou autre, voire leur idéologie, sont capables d’ouvrir leur cœur quand le besoin s’en fait sentir. Ils sont capables de « donner » non seulement par un soutien financier à une association mais aussi en participant à des animations pour un ensemble de gens en difficulté, tout autant qu’en faveur d’une personne démunie. Ce, en prenant sur leur temps, aux dépends d’autres activités, avec gentillesse et dans un esprit bénévole.

Seule l’indifférence est la plus douloureuse des injustices quand elle est la conséquence d’un maelström quotidien de reconnaissance sociale, de suffisance, de confort ou parfois même de luxe. Comme elle peut l'être tout aussi bien d’égocentrisme et d’égoïsme voire même d’ambition démesurée. Ainsi par le pouvoir acquis, aveugle et sourd, un monde se rétrécit sur soi et autour de soi, oubliant tous les autres s’ils ne peuvent en tirer profit. Et cela quelque soit le niveau de vie, la couleur de la peau, la culture et qui plus est où que ce soit. Il ne s’agit là, en fait, que de l’une des caractéristiques courantes de l’humanité.

Alors permettez-moi pour conclure, d'en souligner une autre. La chaleur d’un regard sur les autres quand il se fait généreux, ouvert et sincère.  Que ne peut-on tirer des bienfaits qu’un peu de gentillesse, d’amitié ou d’amour  apportés à chacun et chacune d’entre nous, si ce n’est de se sentir plus intensément vivant parmi les autres. Si ce n’est d’en ressentir la fraîcheur et au-delà, la véritable valeur de ce que nous sommes vraiment et ce que nous représentons pour nos contemporains.

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.