Voyages

Vacances en voilier à la découverte des îles grecques

Ecrit par Alexandre Naos le 16 janvier 2016. dans La une, Voyages

Vacances en voilier à la découverte des îles grecques

Les îles.

Leucade, le 05 janvier 2016

 

Je suis né sur une île,

appartenant à un petit pays mais vaste par son rayonnement, ses exploits glorieux, ses mythes, ses personnages illustres.

Une de ses plus grandes richesses demeure ses îles. Je ne songe point simplement à ces quelques six mille îles ou îlots, petits et grands, foulés ou non par les pas de l’homme. Non. En Grèce, chaque village écrasé de lumière est une île. Chaque monastère suspendu dans le vide du temps, chaque berger s’adonnant à la sieste millénaire à l’ombre d’un olivier majestueux, chaque vieillard ployant sous le poids des ans et ridé comme délicate carte de parchemin est une île. Chaque Grec natif ayant émigré aux confins du globe, qui en Amérique, qui en Australie, qui en Suisse, et songeant, la larme à l’œil, à son humble village égaré dans la clarté diluvienne, trop longtemps délaissé… est une île.

Ainsi partis-je également, tels ces pauvres hères par milliers, desservis par le sort, qui s’exilaient, comme toujours ils furent et aujourd’hui encore, en de froides latitudes, vers des mégalopoles crépusculaires, surpeuplées et enfouies dans les épaisseurs indéchiffrables de brumes sédentaires où l’on ne voit guère au-delà d’un jet de pierre.

Et bien des années avaient passé déjà sans que je ne m’extirpe de la pénombre humide et algide du long tunnel auquel s’assimilait notre contrée boréale d’accueil, mon long périple impromptu éclairant sous un jour nouveau le douloureux exil de cet infortuné Ulysse dont ma mère ne se privait point à l’occasion de narrer les palpitantes péripéties.

Où se trouve-t-elle, implorais-je, cette terre maudite mais sacrée à mes yeux où je naquis en un plein midi, berceau anonyme mais merveilleux désigné par un index géant et invisible ? S’est-elle évanouie, cette basse tanière hallucinée dans le maquis embrasé, avec ses gigantesques jarres emplies d’huile translucide, pauvre masure offrant sa nudité aux bouquets de fleurs graciles, aux lentisques, au myrte vert, au thym, aux genêts et aux figuiers odorants ? Evaporée la mer, déesse ubiquiste drapée de sa rayonnante toge émeraude qui veillait sur cet espace brut, solaire, démesuré que jamais je n’aurais dû quitter ?

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 septembre 2015. dans La une, Education, Voyages, Histoire

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Peut-être êtes-vous quelques-uns à revenir du Portugal. A défaut de l’Afrique du nord, où rampent les attentats, de la Grèce, où votre carte bleue, et ce qu’on peut en faire, vous semblait vacillable – ces gauchistes, tu sais ! Tu vois où ça nous mène… Ou bien alors – j’espère – par choix, pour ce rectangle de merveilles posé au ponant de l’Europe ; pour son art, le Manuélin unique, ses maisons habillées de chauds azulejos,  sa langue, la plus belle à l’oreille ! sa bacalhau-morue aux 360 recettes, et ce vent d’Atlantique qui, définitivement, part avec les caravelles découvrir d’autres mondes...

Si vous venez de ce pays, alors, vous connaissez Inès…

Je l’ai écrit, ici, sans doute ; j’ai « dans une autre vie » enseigné – une bonne dizaine d’années – à de petits Portugais d’origine, posés en Corrèze profonde (Portos, disait le passant de base, nourri au racisme rural, qui vaut bien les autres, hélas), quelques heures par mois, l’Histoire et la géographie du Portugal ; des bribes. Eux, ignoraient tout ou presque – troisième génération d’immigrés – du fastueux passé de chez leurs grands-parents ; moi, j’ignorais la langue et sa prononciation casse-gueule. La mutualisation fut notre façon – fort heureuse – d’être ensemble.

Inès fut un de leurs personnages « historico-légendaire » préférés ; le mien aussi sans doute, passant sans plus d’états d’âme sur le vrai de l’Histoire – qui me faisait, comme à eux, trop d’ombre ! Quand on en venait à cette infante, portugaise de sinistre adoption, le silence accompagnait les bouches bées. C’est que tous les pays n’ont pas un tel ragout d’Histoire ; une série haletante, où pleurs, angoisses et peurs cohabitaient avec une compassion de mémère au mouchoir et pas mal de transferts !

Il était une fois… loin en Castille – plus tôt, mais plus sûrement caniculaire que nos coins actuels – une Infante, au doux nom – pôvre ! – de Constance. Laquelle partit pour le Portugal voisin en vue d’épouser un dauphin qu’elle ne connaissait miette. Dans son carrosse crapahutant sur les « cacos dromos » qu’on connaît tous, une suivante, vaguement noble par la jambe gauche, au doux (pôvre !!!) nom d’Inès. La mi-XIVème siècle sonnait aux clochers des monastères... Une fois les dames en sol portugais, le prince tomba amoureux – fou – non de la Castillane qu’il épousa pourtant – bah ! – mais de sa suivante. Débuts des séquences-mouchoirs. Arrivée en fanfare de la légende. Acte I : Passion façon Iseult et son Tristan, en « doublure » de la vie officielle. Refus tonitruant du Paternel du prince ! Exil de la damoiselle. Foin ! ils s’écrivent. Mort de la reine Constance – pôvre ! Le prétendant à la couronne représente le projet-Inès. Re-refus du vieux monarque. Foin ! Ils vivent ensemble et font quatre petits bâtards – en pleine forme, comme le veut le genre. Acte II - buccins ronflants : le père refuse toujours. Pierre et Inès maintiennent leur point de vue (ah !!!), s’installent à Coimbra, la plus belle ville du Portugal (sinon du monde, ça, je l’ajoute) dans le monastère de Santa Clara, sans se douter… (pôvres !!). Acte III :(les personnes sensibles sont averties que…) un jour de grande froidure, en même temps que de chasse pour le Prince – le piège ! , le vieux roi fit assassiner la douce Inès, en catimini, parce qu’à cette époque, on ne barguignait point (pôvreeeeeeeeee !). Devenu monarque lusitanien – non, mais, enfin ! – le gars Pierre, qui savait cuisiner ce qu’il faut comme vengeance, fit exhumer le cadavre de son aimée, la fit parer d’un manteau pourpre et d’une couronne, assise sur le trône ; chaque Grand du Portugal – qui valaient bien ceux d’Espagne – dut (ah!!!) lui baiser la main. C’est moi qui ajoute : pôvres !!

Tunisie, moi j’y étais et j’ irai

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 12 septembre 2015. dans Monde, La une, Politique, Voyages

Tunisie, moi j’y étais et j’ irai

Aéroport Tunis-Carthage. Silence, organisation, sympathie. On nous accueillit, tous les passagers et moi-même, par de jolis mots « Marhba aslama. Bon séjour ». Ma colère contre mon Algérie commence à pousser, à me consumer de l’intérieur. Direction Tunis. Je me rince les yeux en contemplant les mille et une espèces de fleurs étalées tout au long de l’avenue Bourguiba dont j’entendrai le prénom chaque jour, dans les cafés, les taxis, le train, en guise de respect et d’amour. La liberté s’affichait partout, notamment dans ces belles terrasses de cafés où, contrairement à mon Algérie, les femmes fumaient, buvaient en toute tranquillité sous l’indifférence des piétons. Chez moi, je parcourais des kilomètres pour me procurer une bière, avec le doute d’être lynché ou froissé par les concitoyens qui parlent au nom d’Allah.

Médina de Tunis. Un labyrinthe fascinant où j’avais l’envie de tout acheter. Discussion avec certains artisans qui me parlèrent de la mosquée Zaitouna, de l’art, et du patrimoine tunisien. Je suivais ces ruelles étroites pavées de dalles, où toutes les nationalités laissaient des traces : Chinois, Anglais, Russes, Algériens. Je compris ainsi que certains pays occidentaux étaient jaloux de la Tunisie et de ses charmes, voulant coûte que coûte que ce joli pays sombre dans la misère en appelant leurs ressortissants à quitter le pays sous le prétexte d’insécurité. Dans chaque coin et recoin, les policiers me souhaitaient la bienvenue et me guidaient.

Café de Paris. L’Avenue Bourguiba, pleine de terrasses, de vitrines à l’anglaise et de banques modernisées, est une mosaïque vivante. Un Tunisien, Salah, s’attabla, me parlant de ses voyages, des charmes de la Tunisie, et de l’âge d’or d’Algérie. Je me rappelais chaque jour la phrase que sa grand-mère ou sa tante lui a dite à propos du tabac : « Rass bla kiffe, yastahell essif » (une tête sans tabac mérite l’épée). Elle avait raison.

La cuisine tunisienne me séduisit par ses saveurs : Makloub, couscous au poisson, Bamabalouni, thé à la menthe, salade mechouia. Je rencontrai un Algérien, Halim, docteur de mathématiques en Algérie qui était comme moi ravagé de l’intérieur par le désordre qui règne sur l’Algérie.

Le temps qui passe…

Ecrit par Lilou le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Voyages

Le temps qui passe…

Depuis quelque temps déjà, j’avais fait de mes souvenirs une résidence secondaire. Mes élèves ne faisaient que chuchoter des leçons n’inspirant que le bachotage, mes enfants ne parlaient plus qu’à leurs moitiés et ma femme ne me parlait plus du tout. C’est donc dans un très grand silence que je repris la direction du grand large en posant mon sac à dos dans le gigantesque hall F de Roissy. Il est vrai que sans cette lettre pleine de mystères et qui en tout point me ramenait à la pièce centrale du vieux puzzle familial, je n’aurais fait que continuer de vieillir chaque jour un peu plus, mais chaque jour un peu plus loin.

C’est un mardi matin que ça a commencé. Mes deux premières copies par heure avalées sous l’air enjoué de Tout va très bien madame la marquise, 3 enveloppes dans la boite aux lettres accueillirent ma mine renfrognée du temps qu’il fait. Une facture, les impôts et une lettre manuscrite ! Belote, rebelote et… dix de der me traversa l’esprit, mais bon, j’avais du courrier écrit, à la plume ou au stylo, peu importe, j’avais une lettre de quelqu’un qui en avait pris la peine et le temps. Et ce n’était pas si fréquent pour ne pas dire presque unique.

Cette lettre écrite à la main vint briser mon rythme de prof errant. Je me mis à hauteur d’homme pour l’évaluer en commençant par m’habiller de fête pour l’ouvrir et en ponctuant cet enthousiasme par me servir du café qui n’attendait que moi, le chat n’en n’ayant jamais voulu. Je pris mon temps en soupesant l’enveloppe et en m’interrogeant sur le timbre qui n’y était plus. Ce nom était bien le mien, et il fallait que j’accepte l’évidence que quelqu’un quelque part s’arrime à ma dérive. Lentement avec un couteau sorti de sa naphtaline et surtout du lave-vaisselle, je pris du plaisir à déchirer le papier contre le métal et en déplia la courte lettre qui m’arracha comme un regret que l’on ne me pense pas davantage dans la longueur. C’est là que tout a recommencé finalement.

Bonjour

Je m’appelle Sutimin et je vis dans les îles de la Sonde, en Indonésie. J’ai réussi avec Internet à vous retrouver. Ce serait trop long de vous dire comment, ni ce que tout ça veut dire. Ma grand-mère vient de mourir. Elle a laissé un paquet rempli de photos et de cahiers en me demandant de vous retrouver et de vous le donner. Elle m’a dit que ces papiers appartenaient à son père. Elle m’a dit aussi que ce Jean Marie avait vécu ici de 1911 à 1916 et que de vous le dire devrait suffire à vous faire venir.

Je vous attends.

Je crois qu’on est cousins avec plein d’océans entre nous.

Sutimin, Kanawa, Indonésie

Sutimin, Kanawa, Indonésie, Jean Marie fantôme ressurgi des ombres familiales. Je mis du temps à récupérer de ces secondes suspendues au cœur qui bat d’ailleurs. Plein d’océans entre nous. Oui et même que des heures et des heures d’avion ça doit en faire des traversées d’océans. Et puis aussi des années et des années de frustrations que d’avoir vécu par procuration les rires et les chagrins qui font de la famille le sillon chaud de la mémoire. Combien ça en fait tout ça des kilogrammes de regrets et de fossés pleins de larmes ? Le soir même je prenais mon billet d’avion sans en savoir plus. Je n’en avais pas besoin. Ce prénom de Jean Marie m’ouvrait toutes les portes, et c’est dans l’immense bouillonnement de tous mes globules que je pris le train pour Roissy sans même me retourner sur les paysages de mon enfance.

Reflets d’ailleurs : Katmandu, ma mémoire

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 mai 2015. dans La une, Actualité, Arts graphiques, Voyages

Reflets d’ailleurs : Katmandu, ma mémoire

On frôle les 8000 morts au pays des 8000. Un des pires tremblements de terre depuis…

Les routes de l’Everest, le Teraï des tigres silencieux, la vallée, si verte, des rizières, son chapelet de neiges himalayennes – à les toucher – telles qu’on les voit, subjugués, dès la sortie de l’aéroport. Katmandu, mon amour, si les voyages peuvent être de cet ordre-là –  or, ils le sont – alors, Katmandu, bien sûr ! Combien sont-ils, ces lieux du monde, où nous sommes restés si peu, et, où, depuis, la marque en nous est indélébile ? Si peu, ou tant ? C’est comme les gens – ceux qui sont importants, cela n’a souvent rien à voir avec un comptage mathématique. Aimer, c'est tellement autre chose.

J’aurais pu aborder ce pays par la littérature un peu convenue des « Chemins », ou – si seulement ! – être de ce troupeau de grands jupons à fleurs, dès 68 – le Népal, c’est tellement 68 ! Il m’a fallu attendre des années, et la géographie, un gamin, un compagnon – un collègue, aussi (qu’il doit pleurer, l’ami Serge !) pour, en pleins congés d’été, atterrir dans le petit aéroport, et d’entrée… respirer. On est – enfin ! – en altitude (plus de 1500 mètres en ville) après les touffeurs de Delhi ; une fraîcheur unique se fait sentir : le verre d’eau dans le désert. C’était une fin de matinée ; tout ce vert dès le hublot ! après le sec du Rajasthan (rien n’est vert comme là-bas au pied de l'Himalaya, si ce n’est la Corrèze). Comme tout le monde, on arrivait d’Inde – ses mystères, la boule dans la gorge avec la misère du Nord, la foule immense et l’humidité indescriptible de la Mousson à Bénarès, le cœur de la mort/vie sur terre. Sans doute, n’apprécie-t-on bien le Népal que par la porte d’Inde…

1996 ; voyager était année après année notre luxe, notre culture, de façon d’être, comme notre spiritualité à nous, et ma foi, ce n’est pas ce que nous avons le plus raté dans la montée en graine de notre Cédric, dont le plaisir était, je crois, cet été-là, de communiquer en anglais, sa langue préférée (bonheur absolu quand ça réussissait – l’accent anglo-népalais aidant).

J’ai vu des photos de la ville depuis ; comme elle a changé ! Grandie, comme une adolescente boutonneuse, grincheuse. Constructions, anarchie, motocyclettes crissantes, pollution inimaginable (fermez les yeux, vous y êtes ! reniflez, vous y êtes aussi). J’en garde, pour moi, le souvenir de quartiers calmes – maisons basses de briques rouges, de l’herbe (attention, banale ! ) poussait partout sur les trottoirs. Un dénuement de haut d’échelle – c’est un des pays les plus pauvres du monde, mais – étonnant – qui ne nous saute pas au visage comme la misère de l’Inde desséchée, surpeuplée qu’on venait de quitter. Représentations, impressions… en voyage, les chiffres – les données – de la géographie gardent une distance prudente. Des taxis (j’ai oublié leur couleur ; allure un peu britannique) nous amenaient en trois tours de roues pas vraiment neuves de notre hôtel cosy à la piscine si froide, au centre de Katmandu, le vieux, l’éternel, celui qui maintenant est poussière. Dire ce qu’on ressent, en arrivant, au détour d’une ruelle plutôt noire et enfumée, sur Durbar Square ! Le Népal des Newars. C’est la même chose dans les autres villes de la vallée, Bhaktapur, la somptueuse, Patan, la royale ; tout à moins de 30 km de la capitale ; tout, par terre, maintenant, nous dit-on. Comment en parler : le souffle coupé, genre peut-être Angkor que je ne connais pas ; en plus intime. La plongée directe dans un temps ancien, depuis leur brillant Moyen Age (les bâtis Newars remontent au XIVème ; beaucoup sont du XVIIème siècle) quelquefois restaurés récemment – tant de tremblements de terre – mais qu’importe, l’impression est la même : magique. Plein les yeux, tous les sens jusqu’à l’odeur du bois. L’art Newar est unique, limité, à part, et, figurez-vous, parfait. Art de la brique rouge et surtout du bois sculpté, mais aussi entrelacé (ni clous, ni tenons et autres mortaises). Empli de ces petites sculptures fines et figuratives que le continent indien sait si bien manier. Façades noires et rouges, toits de pagodes superposés, beauté, élégance, proportions. Toutes les mythologies défilent en bandes sculptées, Hindouistes (surtout) mais aussi Bouddhistes. Terre de syncrétisme que le joyeux et tolérant Népal, qui ne cesse de fêter cette religion, puis l’autre ; 1 jour férié sur 3, ne dit-on pas ! La terre reste battue, « médiévale », les gens vaquent à leur quotidien, au milieu de « Versailles » ! le Népalais d’aujourd’hui, est là, dans son environnement, qui compte – aussi – ces merveilles qu’on ne met pas sous cloche. Impression déjà ressentie au Rajasthan voisin dans ces Haveli (riches cités marchandes), où le somptueux du passé cohabite avec la rue, les vaches, la saleté. Donnant un curieux toucher de la réalité même du Passé, du leur, mais aussi du nôtre, où, sorti du château, on tombait dans la fange…

Repartir ; finir de marcher dans ces petits villages « tibétains », où espace-temps éclatent comme dans le meilleur film de science-fiction. Combien de fois l’idée m’est revenue, en croisant des photos, ou, tout bonnement, le souvenir… et puis, on oublie, ou on va ailleurs. Jusqu’à ce jour d’Avril – il doit encore y faire froid – où quelque chose de noir a fondu sur nous : ainsi, c’en est fini de toute la beauté de ce monde, de cette mémoire, de ces vies d’hommes et d’enfants. Bhaktapur et Patan seront un jour reconstruits – à l’identique, et assez vite, sans doute. Quant aux vies qui portent la mémoire…

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 mai 2015. dans Ecrits, La une, Voyages

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant,

La mer clame innocence et caresse soleil

De reflets azurés charmant l’astre vermeil,

Quand au loin s’éparpillent mille grands oiseaux blancs.

 

Les pêcheurs se reposent, la criée bat son plein,

Des enfants aux joues pâles font au sable une offrande :

Coquillages et palourdes danseront sarabande,

Et les vagues moutonnent comme un blé en levain.

 

Vers le Môle endormi un fantôme sourit,

C’est le bel Exodus qui découvre Arcadie.

En chemin de Saint-Clair on entend tourterelles.

 

Les genêts et les roses en fauvisme éclatant

Y conduisent nos pas vers un ciel d’hirondelles

Qui survolent d’onyx les tombeaux des plus grands.

« Reflets d'ailleurs : impressions maltaises »

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 avril 2015. dans La une, Voyages

« Reflets d'ailleurs : impressions maltaises »

Reflets d'ailleurs...

 Une nouvelle rubrique arrive dans Reflets, en même temps que les cigognes. Impressions – en chronique RDT s'il vous plaît ! De voyages au bout du monde, ou, au détour du chemin. Du moment que l'Ailleurs vaille les mots qu'on lui offre. Bon voyage à tous !

 

 

Je reviens d’une semaine de vacances à Malte. Pays à la fois proche et lointain.

D’emblée trois surprises. D’abord la langue. Inconnue, impénétrable, elle vous saisit dès l’aéroport : « hrug », sortie ! Unique langue sémitique (dérivée de l’antique phénicien) à utiliser l’alphabet latin, elle comporte heureusement de nombreux emprunts à l’italien (« grezzja ») et même au français (« bonjour » : « bongù » !).

Sans parler évidemment de l’influence anglaise. L’idiome de Shakespeare est langue officielle à égalité avec le maltais. Colonie britannique jusqu’en 1964, ici on roule à gauche ; les téléphones publics sont identiques à ceux de Londres, et à midi pile, se déroule une relève de la garde devant le palais du gouvernement (les soldats ont l’uniforme de parade des Royal Marines avec casque colonial à pointe). Ladite influence s’étendant – hélas ! – au domaine culinaire, impossible d’échapper à la sauce à la menthe accompagnant le gigot ou à ces ignobles « jellies » multicolores et tremblotantes…

Deuxième surprise, le « type » maltais. Mélange incroyable de peuples, beaucoup – pas tous bien sûr – ont des traits communs, ceux-là mêmes des personnages d’Hugo Pratt (« Corto Maltese ») : cheveux légèrement frisés, yeux noirs volontiers globuleux. On se retrouve plongé dans la bande dessinée…

Et puis, il y a les paysages. Là encore, mélange : on se croirait dans la lande irlandaise ou écossaise avec ces murets tout en pierre qui délimitent les champs ; mais la végétation, elle, est bien méditerranéenne : hibiscus, lauriers roses, tamaris… le tout s’interrompant de manière abrupte, sur le bord de mer, par des falaises blanches, à l’image de celles, au choix, de Douvres ou de Bonifacio.

La roche calcaire. Elle compose le sous-sol de l’île et sert de matériau de construction. Malte est le seul endroit de méditerranée où les maisons sont bâties en pierre de taille. Les maisons ou les lieux de cultes, pas moins de 307 églises, 3 cathédrales et 9 basiliques ! A Malte, le catholicisme règne en maître et interdit toujours l’avortement.

Toutefois, comme partout autour de la grande bleue, religion rime avec superstition. L’emblème de malte n’est autre que le luzzu, cet œil qui orne tant la proue des navires (fig1) que les échauguettes des remparts de la ville de La Valette (fig2). Protégeant contre le mauvais sort (en particulier le naufrage), il reproduit l’œil d’Osiris (la Phénicie voisinait l’Égypte) : Osiris, dans les temps préhistoriques, était une bête fauve avalant périodiquement le soleil pour le faire renaitre chaque matin, d’où le glyphe suivant :

Djenné, peut-être encore…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 juillet 2014. dans Monde, La une, Politique, Voyages

Djenné, peut-être encore…

Bien sûr, c’est un peu difficile d’y aller maintenant ; encore maintenant, même si la vague noire a été arrêtée – merci eux, merci nous tous. Mais le nom même de Mali s’affiche en carte-zone rouge quand on clique sur « voyage » ; il vous est dit : c’est encore trop frais, pas net, gare ! Et on recule, on va poser sa valise ailleurs, au soleil… Mais ailleurs, il n’y a pas Djenné…

Il y a, quand on voyage un peu, de ces fenêtres, de ces chances : voir Sanaa dans la lumière de légende du Yémen, ses maisons-tours de plusieurs étages en pisé décoré, d’avant l’infâme de l’intégrisme ; ça, j’ai raté ; se balader dans le jardin de Casamance, d’avant le feu indépendantiste ; ça, j’ai pu… de même – je suis passée juste, comme dans une meurtrière encore ouverte – Djenné dans la lumière unique de cette Afrique sahélienne où sable et fleuve se mélangent – où est l’eau, où est la terre ?

On était arrivé au bout de la piste rouge qui signe partout ces Afrique-là, au petit matin. Février, juste avant les grandes pluies ; un rien de fraîcheur au bord d’un bac – Djenné est une île dans les bras du Niger. Remparts floutés dans un horizon incertain ; silence ; quelques beuglements d’animaux attendant, menés par des Peuls taiseux (qui dit que l’Africain est bavard ?), que le bac approche… le niveau de l’eau, son volume, on n’est jamais sûr… Mirage tout droit sorti du fond de sa riche histoire, la belle, la superbe – la perle, dit le guide que j’ai en main ; Djenné la rouge, celle qui dit mieux que tout, que l’Afrique noire a eu des siècles de prospérité et d’âge d’or, tout autant que l’Espagne ou que Versailles… tellement que d’aucuns se récrieront – sincères – ah ! Bon ! Je n’aurais pas cru à ce point ! Un de nos présidents, lui-même – trop rapide, sans doute – n’a-t-il pas douté que les Africains aient eu un passé ? Civilisation et Noirs ; cherchez l’erreur ?

Djenné (le petit paradis) campe sur son millénaire de rayonnement. Carrefour quasi parfait des échanges entre les confins du Sahara, les paysans sédentaires de la savane et les pêcheurs du delta. Aux temps glorieux du Moyen Age, de ces empires flamboyants et puissants (ceux du Mali ratissaient sur un grand quart de l’Afrique, le Soudan mythique), Djenné était le commerce, le contact, l’échange de toute la richesse du désert comme du fleuve. C’était l’ouverture, autant dire un non-sens pour les vols noirs des « Aqmi » et autres « Ansar Etdine » actuels.

Un musée magnifique et d’un pédagogique à faire pâlir plus d’un des nôtres, fait le tour des produits, savoirs, techniques commerciales de ces grands maîtres du temps jadis.

 Mais la magie de Djenné est ailleurs : ville – petite – préservée de tous les ravages du temps, puisque le banco rouge (la terre crue amalgamée, argile, paille et beurre de karité) la compose, comme sa rivale Tombouctou, et qu’elle est « refaite » d’année en année, restant définitivement jeune ! – cet hiver, on refait tout, nous disait notre hôte du haut de sa terrasse dominant le fleuve et la ville ; si on ne le faisait pas chaque année, l’harmattan arracherait tout, ainsi que les pluies et je n’aurais plus d’hôtel ! Et elle riait de ce rire si optimiste mâtiné de fatalisme qu’on trouve ici.

Dans le bleu d’un quinze Août en 2013 à NYC

Ecrit par Luce Caggini le 07 septembre 2013. dans Ecrits, La une, Voyages

Dans le bleu d’un quinze Août en 2013 à NYC

Dans le ciel des « Quinze Août » nommer Marie c’est déjà mettre une couleur céleste dans le tableau de l’artiste, mais amener le Murdjardjo depuis la colline de Santa Cruz à Oran jusqu’à NYC c’est le pari d’une musique du cœur dans un monde de parois de verre et d’acier sous l’abondance d’un dollar planétaire et la venue des navires de Chine, l’avènement de l’art du Nouveau Monde et la nuée des Chinois venus chercher la manne américaine sur le voilier « Peking » depuis le siècle dernier.

À ma connaissance, le prince des nomades du Désert de Gobi est animé de chinoiseries pour agiter dans le ciel de NYC chaque année un dragon harmonieux orné d’innombrables charmes dont je perçois les manifestations argentées s’agiter artistiquement de toutes les régions du Désert de l’Asie.

Si j’entrouvre les paupières depuis mon transatlantique, c’est une cathédrale à ciel ouvert avec des vitraux grands comme leurs cathédrales elles-mêmes qui montent aux cieux de même coloration que la ferveur des dollars.

Dans le ciel des « Quinze Août » Marie a marginalisé le bleu et la mort de l’art de peindre des agneaux primés de médailles dans les patronages, exhibant ces doux animaux en les entourant de rubans bleus à la fête des santons d’un magnifique conte de Noël.

Nuit éthiopienne

Ecrit par Christelle Angano le 29 juin 2013. dans Ecrits, La une, Voyages

Nuit éthiopienne

La journée avait été longue au cœur de la brousse éthiopienne.

Les enfants s’étaient émerveillés devant les zèbres, avaient ri des grimaces des babouins.

A moitié rassurés, ivres de bonheur et de liberté, ils avaient guetté le lion, tremblé devant les crocodiles nonchalants au bord de la rivière Awash.

Le plus jeune avait pleuré de fatigue, incommodé par les mouches, les odeurs, choqué par la violence de la brousse. Les restes d’un impala…

Au matin, la lionne avait frappé.

Enfin, il avait fallu rentrer au camp.

Bientôt, la nuit serait tombée.

Pendant que les parents avaient pris leur douche, la petite fille était partie jouer avec Shoayé, son amie de la brousse.

Elles avaient échangé quelques mots dans cette langue universelle qu’est celle des enfants et de l’amitié et s’étaient fait le serment de ne jamais s’oublier.

Amies au-delà des frontières, pour l’éternité.

Enfin, dans la caravane, les enfants s’étaient endormis, harassés de fatigue.

Ils souriaient dans leur sommeil. Leur peau était brunie par le soleil, leurs cheveux avaient l’odeur de l’herbe sèche.

Certainement étaient-ils en train de courir la savane, de courser les gazelles.

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