Voyages

Apaixonada…

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 juin 2013. dans La une, Education, Voyages

Apaixonada…

Amoureuse… de quelqu’un ; ce serait si banal, et puis, ça ne vous regarderait pas, alors je n’en parlerais pas ici ! Mais d’un pays ! tout un pays, les gens, l’histoire et la culture, et même, sa cuisine…

Tout petit. Un Finistère européen ; il habite l’océan, et Césaria a chanté sa « saudade » dans les brumes du Capo Verde. Il est tout cousu d’ailleurs… Quand il parle, c’est un vin – un très grand. Couleur pamprée des berges du Douro, saveur râpeuse et douce à la fois. En bouche… une langue faite pour les mots tendres et les histoires au bord des feux de sarments, préparant les sardines. L’hiver, il y fait froid ; la Méditerranée est trop loin. Est-ce parce que la mer est glaciale, parfois, même au cœur de l’été, que les couleurs pètent partout, de la plus simple façade, aux barques des estuaires et aux azulejos anciens décorant les plus beaux cloîtres du monde ?

Portugal ! Ce beau nom, couleur de départ. Tous. Ceux qui, jadis, ont montré le chemin des grandes caravelles ; ceux de l’exil des maçons et des peintres, il y a moins longtemps. Ceux, qui, chez moi, m’ont dit fièrement : « Da Cunha, je viens de Porto ; ma famille est de Guimaraes »…

Nous, en Limousin, on en avait des toits de lauze qui prenaient l’eau ! et tant de vieilles pierres à remonter, qu’ils se sont installés, de cousin arrivé en beau-frère arrivant… Dans nos classes, des chapelets d’enfants de là-bas, qui, peu à peu, ont pris l’accent d’ici (entre gens de départ, on se comprenait, eux, et nos anciens, paysans partis jadis à Paris…). Un principal de mon collège, eut l’idée (il y en a qui en ont !) de « monter » un horaire d’histoire et géographie du Portugal, pour ces petits – entre deux cultures. Richesse d’une double identité culturelle ; séduisant ! Emballée, je me jetai alors dans un tacot qui me rendit folle « amante » d’un pays qui m’était alors inconnu. Intellectuellement, j’en étais pourtant familière, via mes études, les livres, mais ça ne dévoile pas l’intimité du bonhomme, ça !

Aux frontières de l’Europe, Paolo Rumiz

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 14 juin 2013. dans La une, Voyages, Littérature

Gallimard Folio, 2011, 335 pages

Aux frontières de l’Europe, Paolo Rumiz

L’extrême nord de l’Europe où commence ce livre est en Norvège, bien au-delà du cercle polaire arctique. C’est de ce bout du monde, en 2008, dans la lumière des jours d’été qui se suivent sans nuit mais pas toujours sans tempêtes de neige, que Paolo Rumiz prend la route, bientôt rejoint par Monika, une photographe d’origine polonaise qui parle le russe et toutes les langues spontanées de l’amitié.

Celui qui est considéré comme le plus grand écrivain-voyageur italien s’est muni d’un bâton de marche et d’un sac à dos lesté de quelques carnets, d’une brosse à dents et du minimum d’accessoires expérimentés comme indispensables. Né il y a un peu plus de soixante ans à Trieste, ville à la croisée des civilisations et des religions européennes et que l’histoire a asservie tour à tour à plusieurs empires, Rumiz s’interroge sur les frontières : celles qui séparent l’Europe de l’Asie, celles qui relient l’histoire aux légendes et celles qu’il est si malaisé de tracer entre nos doutes et nos certitudes. Mais pour lui, s’interroger signifie voyager, regarder, écouter, se laisser envahir par la splendeur du monde, éprouver la bonté des hommes, dût-il constater la sauvagerie de la civilisation.

De Mourmansk à Odessa, de la mer Blanche à la mer Noire, des lacs de Carélie aux montagnes des Carpates, sous couleur d’illustrer quelques révélations géographiques ou géopolitiques : que l’Europe est verticale, que ses limites fluctuent dans le temps et dans les consciences, que c’est une entité qui échappe à toute définition, Paolo Rumiz, Pavel Petrovitch selon qu’il se sent occidental ou oriental, nous convie à partager ses réflexions de citoyen d’un monde qu’il connaît sous toutes ses coutures. Celles qui assemblent ce patchwork de provinces, d’ethnies et de religions que l’on appelle Europe ne sont pas les dernières qu’il explore. Ses réflexions sont celles d’un homme profondément généreux, aussi soucieux de mettre son immense culture à la portée de ses lecteurs qu’il est avide d’établir des relations authentiques avec tous ceux qui veulent bien lui sourire, et ils sont nombreux à lui ouvrir leur porte et leur cœur, au cours de sa déambulation erratique du nord au sud.

Du STO au Club Med : qui part en vacances en Allemagne ???

Ecrit par Sabine Aussenac le 11 mai 2013. dans Ecrits, La une, Voyages

Du STO au Club Med : qui part en vacances en Allemagne ???

Bien sûr, ce n’est pas la Seine,

Ce n’est pas le bois de Vincennes,

Mais c’est bien joli tout de même,

À Göttingen, à Göttingen.

En feuilletant un magazine féminin allemand, je trouvai hier soir tout un « publi-reportage » sur nos belles régions françaises, ode à nos paysages et à nos vins, bourdonnant d’adresses et de convivialité… L’Allemand ne se dit-il pas, d’ailleurs, « glücklich wie Gott in Frankreich », entendez « heureux comme Dieu en France », dès lors qu’il veut évoquer nos terroirs ?

Qu’en est-il de notre propre regard touristique sur l’outre-Rhin ?

Il est, hélas, et depuis des années, réduit à la portion congrue… Car, avouons-le, qui, oui, qui s’en va passer des vacances en Allemagne de son propre gré, sans y avoir été invité par quelque congrès, séminaire ou grand groupe économique « partenaire » ?

Il faut bien oser appeler un chat un chat, et le clamer haut et fort : les séjours du Français lambda au pays de Lili Marleen évoquent encore plus souvent le STO que le Club Med. D’ailleurs, c’est bien simple : ne se rendent réellement en « touristes » en Teutonie que les germanophiles, universitaires par exemple, ou enseignants du second degré, et/ou quelques rares rescapés, souvent retraités de nos jours, des fameux « échanges » en peer to peer de villes ou de régions mis en place dans les bienheureuses « années De Gaule-Adenauer »…

Dans ce no man’s land touristique, Berlin est devenue l’exception qui confirme la règle. Oui, Berlin, the place to be, la petite capitale qui monte qui monte, lieu de prédilection des écrivains, des bobos même, tant le prix du mètre carré fait sourire, de Kreuzberg aux superbes lacs entourant la capitale de l’ex-RDA… Berlin la virevoltante, plus branchée que Bruxelles, bien plus verte que Paris, plus cosmopolite que Londres… On s’y presse, on s’y retrouve, on y est heureux.

De mer, de ciel bleu et de tout le reste…

Ecrit par Lilou le 23 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Voyages

De mer, de ciel bleu et de tout le reste…

Nosy Komba ! Les clés ne servent pas davantage ici qu’un maillot de bain aux Kerguelen. Quelques bungalows, cimentés ce qu’il faut, enveloppés de fougères séchées et corsetés de bois que le temps a fini par vieillir et qui reposent sur ce bout de terre malgache… Le village de ces quelques bungalows se fait lentement absorber par la nature aussi luxuriante que généreuse. De l’intérieur, on est toujours partagé par la double écoute de la mer, juste au-dessous des pilotis et par les bruits de la jungle qui descendent pour avaler chacune des habitations. Même près des plages de la marée basse, on reste impressionné par ces grandes maisons si minuscules sous l’immensité des falaises de vert qui s’affalent brutalement vers la mer. On sait pourtant les habitations spacieuses mais comparées ou mises en perspective, on ne les voit que « petites ». Prises dans le gigantisme du vert qui dégouline de partout, elles ne sont que des détails. De l’extérieur, quand on navigue plus au large, c’est une épaisse forêt qui explose de lumière. Et dont on aime deviner sous sa carapace des espèces végétales ou animales endémiques.

Ces gens-là ont jeté la clé dans la mer. Toutes les clés. Et il ne sert à rien de partir à leur recherche. On ne retrouvera rien d’autre que des raisons d’espérer que le temps ne passe pas plus lentement. On arrive chez eux depuis Nosy Be en pirogue. Celles à balancier et surtout celles des cartes postales. On traverse un bras de mer assez large et on y est. Au bout de son voyage, on arrive enfin quelque part en accostant sur l’île minuscule de Nosy Komba. Il faut enlever ses chaussures pour pouvoir aller du rivage à la terre ferme et sèche. D’ailleurs, elles deviennent ici totalement inutiles. On le sait dès qu’on les enlève. Puis on s’y sent enveloppé par une mousseline de sentiments. Comme ceux qui naissent sous cet épais tapis végétal qui renvoie les vertes collines d’Irlande à de vagues souvenirs. Ces sentiments bruyants comme des portes qui claquent et qui laissent juste après un silence si gênant. J’ai la cafetière qui a trop chauffé, les fils se sont touchés, je me sens coupé en deux par la certitude d’être parvenu à un bout de tout et surtout à un bout de moi.

Bamako 2000

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 11 janvier 2013. dans Monde, Souvenirs, La une, Société, Voyages

Article de Bernard Péchon, publié en juin 2012 dans l’édition n°21 du Journal de Léo (Association Léo, 66, rue Saint Raymond, 84380 Mazan, www.orphelin-handicape-mali.org)

Bamako 2000

Bamako, son nom trop plein, trop rond, promet déjà plus qu’il ne peut tenir. Savoir qu’il fait allusion au fleuve nonchalant et aux caïmans que l’on n’y voit pas, ne fait qu’aggraver le malentendu. Une ville qui mue lentement, qui s’étire dans le prolongement des avenues coloniales. Un chaudron ou une calebasse de boue rouge et de poussière fine comme un vent d’épices.

C’est la ville de nos trois enfants. Est-ce que cela veut encore dire quelque chose, douze ans après ? L’aîné y a vécu un peu plus de deux ans, la seconde, dans l’ordre de l’adoption, n’y est pas restée trois mois et le troisième nous y a attendus sept ans. Aujourd’hui, il en a presque quatorze. Quand nous l’avons vu pour la première fois, nous venions chercher le petit Sidi de deux ans et demi que nous attendions depuis des mois et des mois. Sidi, notre garçon, était une merveille avec ses grands yeux noirs étonnés et sa démarche décidée sur ses petites jambes frêles et ses chaussures trop grandes. L’autre n’avait pas encore de nom. Il était accroupi dans une caissette et se poussait des mains sur le sol de la pouponnière, traînant sous lui sa caisse sans roues avec une agilité atroce. Je me souviens de sa tête trop grosse pour ce petit corps atrophié, et d’un regard dur ; il nous tendait les bras, comme à tous les adultes sans doute. On se blinde contre la pitié. On se détourne. Que pouvions-nous faire pour lui. Du mal puisque nous lui enlevions son copain Sidi. Et il nous l’a rendu par la culpabilité que nous allions porter pendant des années.

Les deux flamants

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité, Notre monde, Voyages

Les deux flamants

C’est autour de Noël, qu’ils viennent en petits groupes murmurants – pas dérangeants, c’est vrai, auprès de mon étang – celui qui clapote au pied de la cathédrale de Maguelone ; celle qui, aux belles heures de l’été cigalant, résonne de la viole de Gambe de Jordi.

Ils ont leurs zooms, ou leurs yeux, c’est selon, et me regardent presque amoureusement. Quant à moi, pas un regard pour eux ; je minaude, je renverse la tête, je fais froufrouter mes plumes blanches, celles du dessous, mon bec à peigne cancane a capella, mezzo voce : mon œil rond tout jaune convoite une petite femelle juste pour moi, à deux battements d’ailes. Je suis un flamant rose des lagunes languedociennes, beau comme un tracé de Magritte, profilé dans le flouté de ce soleil d’hiver. J’ai de la classe ; je le sais, et j’entame ma première parade nuptiale.

Le dernier Lapon

Ecrit par Léon-Marc Levy le 03 novembre 2012. dans La une, Culture, Notre monde, Voyages, Littérature

Olivier Truc, Editions Métailié, roman, septembre 2012, 453 pages, 22 €

Le dernier Lapon

 

AVEC L'AUTORISATION DE « LA CAUSE LITTÉRAIRE »

 

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » – la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Indonesia/ Trinidad (VO)

Ecrit par Ricker Winsor le 06 octobre 2012. dans La une, Notre monde, Voyages

Indonesia/ Trinidad (VO)

Indonesia is about as far away as one can get from Trinidad or anywhere else on this latitude. It is on the other side of the planet, about twelve thousand miles away. It is the largest Muslim country in the world, an archipelago of about seventeen thousand five hundred islands. I wonder if anyone has really counted. People in Indonesia speak three hundred fifty local languages but they have agreed on a common one, Bahasa Indonesia, which just means Indonesian language. Indonesia is an ancient place with people reaching back in time as far as we know. Recently there was a little humanoid discovered named Flores Man, “the hobbit”, about three feet high. He survived until about twelve thousand years ago and was around, it is thought, for about eighty thousand years before that. We don’t know a lot about our past on this planet. People have had the brain we have and looked like us going back one hundred fifty thousand years but we have no knowledge about what they were doing. I don’t think they were just pounding the ground with a stick. Indonesia was Buddhist and it was Hindu; and it still is to some degree, but basically, as in many places, Islam has taken over. Why is it growing so fast and why is Christianity seeming to fade in the West?

Indonésie/Trinidad de Ricker Winsor

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 octobre 2012. dans La une, Notre monde, Voyages

traduction : Jean François Vincent

Indonésie/Trinidad de Ricker Winsor

Il y a autant de distance entre l’Indonésie et Trinidad qu’il peut y en avoir entre deux points situés sur cette latitude. Elles sont aux antipodes l’une de l’autre, éloignées de quelques 19.000 kilomètres. L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde, un archipel d’environ 17.500 îles. Je me demande si tant est qu’on les ait jamais comptées. Les indonésiens parlent 350 dialectes, mais ils se sont mis d’accord sur une langue commune, le « Bahasa Indonesia », qui signifie simplement la langue indonésienne. L’Indonésie est peuplée depuis la nuit des temps. On a découvert récemment un petit humanoïde nommé Flores Man, le « Hobbit », mesurant à peu près un mètre. Il a survécu jusqu’à il y a environ 12.000 ans, après quelques 80.000 ans de résidence en ces lieux. Nous ne savons pas grand-chose de notre passé sur cette planète. Les hommes ont le cerveau et l’apparence que nous avons depuis 150.000 ans ; mais nous ignorons tout de ce qu’ils faisaient. Je ne pense pas qu’ils se contentaient de taper sur le sol avec un bâton. L’Indonésie a été bouddhiste et hindoue, et le reste dans une certaine mesure ; mais, en fait, comme dans beaucoup d’endroits, l’Islam a pris le relais. Pourquoi cette expansion si rapide ? Et pourquoi le Christianisme semble-t-il disparaitre ?

L'enfer des chiens abandonnés de Lecce

Ecrit par Cikuru Batumike le 06 avril 2012. dans Ecrits, La une, Voyages

L'enfer des chiens abandonnés de Lecce

Avant cette fin de mois de mars, je ne pouvais pas résister à l’envie de visiter une bonne partie de l’Italie. En dehors de la saison propice aux touristes, l’été. En effet, en pleine période de printemps, il est possible de faire du tourisme individuel. Loin du flot ou du brouhaha fatiguant ; loin d’une motivation collective, le tourisme de ou en masse. L’exercice était non seulement nouveau, mais également plein de bonnes surprises. Le choix des lieux ne m’indifférait pas. Ma préférence allait vers la mer. Avant de voir Rome, je m’étais rendu dans le Sud, plus précisément, la région de Pouilles, ce talon de la botte de l’Italie péninsulaire, pour ses beautés et ses mythes. Ici, le tourisme reste un secteur florissant. Grâce aux infrastructures aménagées par les officiels. Grâce aux initiatives individuelles. Extraits.

Il fait un beau et doux temps printanier sur la côte de Lecce. Côte baignée par une mer splendide, l’Adriatique. Des roches à pic. Une succession de baies aussi précieuses qu’extraordinaires. Des kilomètres d’un sable blanc entaché par quelques détritus rejetés par la mer. Et que dire de cet air frais que renvoient les vagues de la mer ! Il ajoute de la douceur à ce paysage de rêve. Les seuls à en profiter : ces chers hérons ; ces beaux oiseaux qui vivent en happant des couleuvres, des grenouilles, des insectes, des mollusques, mais aussi meilleurs consommateurs des poissons. Ajouter au décor une présence timide de quelques pêcheurs.

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