Voyages

La grâce de Venise (récit)

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi le 02 mars 2012. dans Ecrits, La une, Voyages

La grâce de Venise (récit)

 

Seule, je suis la seule femme seule. Et même la seule personne seule au Harry’s bar. Durant trois jours à Venise, je n’ai rencontré qu’une seule dame seule, âgée. Les gens seuls se cachent, ou n’existent pas ; c’est un peu la même chose. Sans doute ont-ils honte. Ils disparaissent quand la fête commence. Seule ; et bien. Un peu trop seule. Mais pas si mal. Cela paraît étrange d’ailleurs, car seule après toi. Ce flottement de ma présence au cœur de l’absence ; mon silence dans le brouhaha est devenu mon lot. Je ne suis pas du genre à passer inaperçue, je crois. Malgré cela, à force d’être seule toujours et partout, je finirai peut-être par devenir transparente aux yeux des autres et disparaître en m’évanouissant, sans même m’en apercevoir.

Juste à cette seconde, le regard sur moi et le sourire d’une femme avec un homme, visiblement très amoureux, me sauvent encore (je suis souvent « sauvée » in extremis de l’effondrement soudain). J’y vois comme une reconnaissance. Son regard qui dit : « Vous aussi, vous aimez ».

Aujourd’hui nous sommes le 31 décembre, et c’est l’anniversaire de mon mariage. De notre mariage, à Venise.

Une saison de cousinades

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 septembre 2011. dans Vie quotidienne, Souvenirs, La une, Voyages

Une saison de cousinades

Certes, il y a les « sardinades » du pays de l’étang de Thau, entre Sète et Bouzigue ; odeur de brazero ; sardines et huile d’olives ; lumière des grands tableaux de Philippe Pradalié à l’ombre noire des grands pins…

Ma « cousinade » à moi se niche plutôt en cœur de France, dans ces campagnes, vidées, en leur temps, par l’exode rural ; il lui faut le vert et l’air puissant des plateaux limousins, le bleu du soir auprès des tendres charolaises, dans les vallées bourbonnaises… La « cousinade » est une partie de campagne avec cousins. Il vous faut ratisser large, le but étant de rassembler en un seul pot le plus de collatéraux possibles ; vous ne les connaissez pas tous ! Tant mieux ! Ils sont de votre branche, de votre arbre… « tout cousin reconnaîtra les siens », comme a dit un féroce dans la lointaine nuit médiévale de Carcassonne…

L’arbre a perdu ses branches, il y a plusieurs générations de ça ; les campagnes surpeuplées des cartes postales anciennes – un charron, trois cafés rien qu’au coin de mon chemin – ont basculé dans quelque chose qui a bien dû sonner aussi triste en son temps que la mondialisation sauvage d’aujourd’hui.

Faisons un tour en Israël

Ecrit par Guershon Nduwa le 04 août 2011. dans Monde, La une, Voyages

Faisons un tour en Israël


1. Conversons


En Israël, lors d’une première rencontre, la façon dont l’étranger parle hébreu est déjà une curiosité pour l’interlocuteur et un indicateur sur l’origine de la personne en face de lui. Les Israéliens sont très curieux et à la fois respectueux des étrangers, notamment ceux qui maîtrisent plus ou moins bien l’hébreu ou ceux qui essayent de le parler. Généralement les discussions commencent par le lieu d’origine. Cela permet de mieux se familiariser avec la personne. La famille tient également une place très importante dans la conversation. Le travail ne vient qu’en dernier lieu pour connaître davantage la personne. Il n’y a pas tellement de sujets tabous en Israël, la parole est libre et chacun peut avoir ses opinions si controversées soient-elles. L’humour est très développé en Israël. Il s’agit d’un humour spontané que les gens utilisent parfois sans même s’en rendre compte. Mais il est parfois difficile de comprendre à moins de bien maîtriser la langue.

Devine ... la Ville

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Voyages

Devine ... la Ville

Devine... la ville...

… dont je te parle ici… Ouvertement méditerranéenne ; pierres au grand soleil, vent venu d'Espagne, ciel bleu Miro (un peu Klein aussi) ; alanguie, à la façon des Algériennes des tableaux de Delacroix, mais aussi décidée, active comme les femmes si modernes qu'on trouve dans Alfons Mucha... Posée dans sa plaine ; vignobles et grands pins ; cyprès noirs, à la manière, certains soirs, de la campagne romaine des plus beaux « Le Lorrain » …

Ses seigneurs du plus haut Moyen-âge répondent au beau nom de Guilhem ; il y a une reine Marie, se promenant, ce jour, dans les fleurs de son tram ; ville aragonaise au temps de sa splendeur médiévale ; déjà, tout ce que j'aime : mélange, encore et encore ; compétences multiples de son quartier juif ; « médina » à l'arabe ; senteurs, couleurs venues d'orient ; abbayes savantes dans la plaine bleue ; chemin de Compostelle ; églises et maisons fortes, un peu à l'italienne...

Aux époques confites en dévotion, éclat métissé des savoirs : école de droit ; déjà l’université ; faisant face aux obscurantismes,  avec Cordoue, avec Coimbra, mais aussi Grenade, médecine et pharmacopée se relèvent ici, depuis la lointaine rive antique, oubliée, ailleurs...

Global Water

Ecrit par Sana Guessous le 04 avril 2011. dans Ecrits, La une, Société, Voyages

Global Water


– Vous ! Oui, vous, avec le béret en aluminium. Combien le mètre carré ici ?
De menu, camus et rabougri, le béret se ballonne comme une panse repue. Une boursouflure d’orgueil, sans doute. Neïla sourit, narquoise. Elle s’imagine adressant les pires railleries au couvre-chef sur pattes. De quoi lui perforer sa ridicule bedaine cérébrale et la faire pirouetter dans l’air comme un ballon de dessin animé. Le gars dodeline légèrement de la baudruche.
– 10.000 euros, ma p’tite dame.
– Aoutch ! Tant que ça ?!
– C’est qu’c’est la Marina Blanca, ma p’tite dame ! A combien pensiez-vous qu’on les vendait, ces lots ?

Chasses ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 mars 2011. dans Ecrits, La une, Voyages

Chasses ...

Laisse-moi plonger dans tes beaux yeux
Mêlés de métal et d’Agathe…


Baudelaire, Les fleurs du mal

Elle est habitée de soubresauts, de désirs fulgurants ; tout son pelage tigré (s’appelle Tigrette, la bête…) n’est plus sous la lumière qu’un serpent de couleurs animées. Son regard – rigole jamais – tient en respect un mulot tapi derrière une fougère – vert – Corrèze (pardon, un des mille verts qu’on y trouve). Le soleil tape haut dans le ciel d’Août ; grésillent des sauterelles qui la passionnent aussi…
Soleil blanc au pied du Kilimandjaro ; scintillement de ses neiges en partance climatique ; 3 heures PM ; personne en vue dans la plaine Masaï. Déplacement imperceptible des herbes hautes jaunies – c’est la saison sèche – frisottis de cet acacia ; lourd déhanchement fauve rayé de sombres éclairs ; impact silencieux de pattes de velours ; une Lamborghini juste avant la course ; ronronnement du moteur…

Les bobos chez les Bozos

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 février 2011. dans La une, Société, Voyages

Les bobos chez les Bozos


Février, ses grandes neiges et son verglas, le givre qui ne cède pas ; « il n’a pas fait aussi froid depuis… », dit la T.V., « les hirondelles sur le toit… voici l’hiver, voici le froid », a écrit Théophile. Les bobos, réfrigérés, s’apprêtent à la migration. Espèce particulière aux Nords riches et développés, le bobo largement représenté à Paris, a cependant des spécimens de plus en plus nombreux dans nos grandes villes de province ; c’est un être urbain, même si j’en connais quelques uns-rares-perdus dans la campagne limousine. Espèce à l’aise, souvent nantie, matelassée d’emplois qualifiés et stables, cultivés et bardés de livres sérieux sur les us- et-coutumes des « pays pauvres » ; ils ne vont pas - à la différence des animaux migrateurs - chercher la nourriture abondante, mais bien le soleil, le soleil, toujours le soleil…

La migration se fait en groupe important, comme les chardonnerets ; se guidant aux étoiles- compétence qu’ils partagent avec les oies et les grives-. Vol de nuit, donc, et la route trace vers :

Témoignage touristique de Tunisie - Eté 2004

Ecrit par Maurice Lévy le 14 février 2011. dans Monde, La une, Voyages

Témoignage touristique de Tunisie - Eté 2004


En 2004, nous avions déjà pris la mesure de la surveillance policière qui pesait sur la population de Tunis en particulier. Dans l’île de Djerba, région touristique s’il en est, cette pression ne s’était pas du tout fait sentir.

1-Tunis, par une belle matinée de mai, nous arrêtons un jeune étudiant tunisien pour quelques renseignements d'ordre touristique. Il parlait un français remarquable.. Le jeune homme n’a pas cessé, pendant les quelques minutes d’entretien, de lever furtivement le regard aux quatre coins du carrefour. Il eut tout de même le temps de nous dire combien il était malheureux de ne pouvoir suivre ses études en France. Et tout à coup, le voilà parti d’un pas pressé, sans même nous saluer … Devinez  pourquoi …


Itinéraire vert

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 07 février 2011. dans La une, Voyages

Itinéraire vert



Une île mangeuse de baies. Succession de péninsules. Des milliers de kilomètres de côtes, présentant le visage serein de plages infinies, souvent désertes. Ou celui, plus tourmenté, de falaises plongeant, sauvages, dans les flots en furie. Ile entourée d'îles, émergeant, telles des cathédrales, de l'écume bouillonnante. Lacs, miroirs d'eau, d'une placidité noire, ou parsemés de vaguelettes, de roseaux, de nénuphars. Rivières poissonneuses. Montagnes " pelées " par les vents forts et l'appétit féroce des moutons qui les constellent. Sommets lunaires, parfois. Flancs quadrillés de murs de pierres scellées par des lambeaux de ciel. Landes de bruyère et d'ajoncs. Chaumières blanches et villes bigarrées. Pays des animaux en liberté, des châteaux et des abbayes sévères.

Le Poulet Deshi (traduit de Ricker Winsor "Deshi chicken")

Ecrit par Jean-François Vincent, Ricker Winsor le 14 janvier 2011. dans Ecrits, La une, Humour, Voyages

Le Poulet Deshi (traduit de Ricker Winsor

Ce texte est la traduction en français par Jean-François VINCENT du texte de Ricker WINSOR "Deshi Chicken" publié lundi dernier.

A Katmandou, je plongeai dans mon curry de poulet népalais, servi dans un bol de soupe où nagent ici et là les morceaux de poulet. En mordant le premier morceau, un flot de souvenirs me revinrent à l’esprit : à n’en pas douter c’était bien un poulet Deshi, un vrai poulet bicyclette comme en Afrique (1). Ce poulet avait vécu à l’extérieur, mangeant toutes les choses innommables que mangent les poulets, tout en sillonnant les collines du Népal. Comment je le sais ? En voici le premier signe : quand on le mord, il se rebiffe. « Putain ! Pas si vite, mec ! Tu vas la MORDRE ma cuisse et la mâcher ! J’espère que t’as la gueule bien musclée ».  Cela me fit penser au roi de tous les  poulets Deshi.

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