Jardin quand tu nous tiens

Ecrit par Sabine Vaillant le 17 septembre 2010. dans Vie quotidienne, La une, Voyages

Jardin quand tu nous tiens

La clé tourne difficilement dans la serrure. Le mécanisme un peu rouillé peine à s'ouvrir. Un bain d'odeurs envahit l'air. Du jardin s'échappent joyeusement, sans aucune retenue, une végétation débordante. Les tiges, les feuilles s'avancent comme autant de mains à serrer en signe de bienvenue. Attention, certaines piquent!

La porte cède enfin sans lancer ses notes de musique, il faudra huiler le mécanisme. C'est sûr, un an a passé. La boite à lettres est invisible dans l'entrelacis végétal. Pas besoin de longs discours, c'est le chaos!

A commencer par le sol. Les arbres ont déposé un épais tapis gris-brun d'épines de pins au doux nom de sapinettes, de feuilles mortes et sèches au dernier degré, les massifs d'arbustes ont pris leurs aises et les herbes folles du printemps ont séché sur pied.

A hauteur d'œil, c'est un enchevêtrement de branches d'arbustes qui se disputent pour accéder, le plus rapidement possible, à la lumière. Que de têtes échevelées, un peu folles, qui s'agitent au souffle léger du vent. Des épines de pins en suspension dans le vert des feuilles ajoutent au piquant de la scène.

En levant les yeux, les arbres laissent apercevoir leurs branches qui courent sans aucune mesure. Les plus hautes cimes jettent des regards désapprobateurs sur cette pagaille. Feuilles et épines se recroquevillent sous le soleil. La fronde gronde.

Halte aux feux et ce n'est pas un euphémisme! C'est l'été, prudence, les feux avides de pinèdes, garrigues et autres lieux, assoiffés sont un fléau. La sécurité mais aussi le plaisir des yeux imposent un nettoyage en profondeur. Il va falloir s'y mettre sérieusement!

Râteaux, pelles, sécateurs, cisailles, scies et lames affûtés sont les armes des preux chevaliers de l'Ordre du Jardin. A l'assaut de la végétation, les dos souffrent, bras et pectoraux se développent, les jambes se fortifient. Les individus peu rompus à ce type d'exercice transpirent abondamment.

Tandis que les corps s'aguerrissent, une escouade, en rangs serrés, perfidement silencieuse, attaque en rase motte. La bataille fait rage. Les pertes ennemies sont nombreuses mais les blessures infligées aux chevaliers se révèlent cuisantes. Les moustiques ont envahi les lieux et les disputent ardemment, compliquant la tâche. Ecologie oblige, la municipalité ne traite plus fossés et trous d'eau.

Près de trois semaines plus tard, le jardin allégé, arrosé par les orages du 15 août, respire! Les arbres ont redressé la tête, les arbustes sont domestiqués, les herbes folles, branches et troncs morts, sapinettes et autres feuilles ont rejoint en ordre serré la déchetterie lors d' épiques voyages. Les pierres encadrant les massifs, patiemment apportées par les générations précédentes, sont à nouveau visibles. L'escalier et la terrasse en pierres deviennent praticables.

Les valeureux chevaliers fourbus, harassés ont rempli leur mission, ils astiquent leurs armes avant de les remiser pour la grande campagne de l'été prochain.

Juste le temps de : saluer les écureuils qui d'arbres en arbres traversent les jardins, les geais dont les plumes bleues allument les troncs gris, les tourterelles avides de nouvelles, les mésanges à tête bleue nettoyeuses de troncs quand les piverts désertent, les crapauds « géants » surprenants visiteurs nocturnes , le coucou et ... il faut transhumer vers la ville.

Finis les couchers de soleil sur la pierre rose, les ballades dans les collines, les bains de mer, je rends mon passeport de senteurs méditerranéennes et confie la clé aux cigales. Dommage, le figuier croule sous ses fruits, presque mûrs!

A propos de l'auteur

Sabine Vaillant

Rédactrice

Commentaires (7)

  • Vaillant Sabine

    Vaillant Sabine

    18 septembre 2010 à 22:05 |
    C'est exact!
    C'est pourquoi il est nécessaire de se ménager des instants magiques, ou tout simplement agréables.
    Si vous êtes sur Paris ou région parisienne, courrez aux serres du Sénat, dans les jardins du Luxembourg.
    C'est un régal.
    Bonne visite.
    S.V.

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  • Martine L

    Martine L

    18 septembre 2010 à 18:12 |
    Merci! c'est tellement joli, et si peu habituel, de savoir parler des écureuils et des jardins ! on en a un ,à RDT qui pourrait tenir une belle place, dans votre partition,mais, je ne sais plus trop où il est parti!

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  • OLIVIER EYQUEM

    OLIVIER EYQUEM

    18 septembre 2010 à 17:36 |
    Tous ces efforts pour des plantes qui ne vous en ont aucune reconnaissance (même le saule pleureur fait seulement semblant d'être triste quand vous repartez)! Face à tant d'ingratitude, et dans l'intention bien établie de ménager mes vertèbres et mes muscles avachis, j'ai planté du gazon artificiel, des palmiers en plastique et quantité de fleurs d'une matière synthétique non identifiée, au toucher caoutchouteux, que je fais veiller par une armée de nains. Le jardin n'attend rien de moi ; d'année en année, je le retrouve inchangé, je gagne un temps précieux, et en plus, j'ai le sentiment de ne pas vieillir.

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    • Vaillant Sabine

      Vaillant Sabine

      19 septembre 2010 à 14:28 |
      Quel bel humour!
      Au fait comment "vieillit" le plastique avec le soleil, la pluie, le froid...? Peut-être ce jardin est-il sous cloche et non soumis à toutes ces contraintes?
      Sabine Vaillant

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  • Isabelle Blavet

    Isabelle Blavet

    18 septembre 2010 à 14:43 |
    Votre jolie chronique me frappe par l'absurdité qu'elle révèle de nos vies. Nous aimerions vivre là où nous sommes quelques semaines et non pas où nous sommes toute l'année. Or nos vies c'est de faire l'inverse. Une totale aliénation.
    Il faut attendre la retraite pour vivre ? Dans ce cas je crains que ce soit mal parti !

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    17 septembre 2010 à 22:42 |
    Un tapis d’épines de pins ce n’est pas une sapinette,mais une épinette. Quand vous savez la toucher,elle chante.

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    • Vaillant Sabine

      Vaillant Sabine

      18 septembre 2010 à 09:57 |
      Joli, Vous avez le verbe chanteur!
      Qui sait aujourd'hui qu'une épinette est un instrument de musique?
      Merci!
      Sabine

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