Deus Sive Lux

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 juillet 2010. dans Religions, Vie spirituelle

Deus Sive Lux

La lumière thaborique selon saint Grégoire Palamas

Notre ami et co-chroniqueur Jean le Mosellan a récemment parlé d’une radiation primordiale concomitante au Big Bang et qui pourrait, selon certains, être une théophanie.

La tradition judéo-chrétienne est riche de métaphores lumineuses concernant Dieu ; mais, dans la plupart des cas, il s’agit de simples images ou alors de créatures, certes au plus proche de Dieu, mais distinctes de Lui. La Shekinah, par exemple, que l’on traduit parfois par « gloire » n’est pas Hashem, Lui-même, mais Son habitation, le lieu où Il réside, « shochan ». Pour la théologie chrétienne occidentale, en particulier saint Thomas d’Aquin, la lumière divine est une « grâce créée ». Seule l’Orthodoxie gréco-russe va jusqu’à prétendre que Dieu EST ses attributs : de même que Dieu est amour (1 Jean 4,8), un théologien byzantin du XIVème siècle, saint Grégoire Palamas, ose écrire : « Dieu est appelé lumière, non selon son essence mais selon son énergie ».

Il s’agit, bien sûr, non pas de la lumière ordinaire, mais du resplendissement qui aveugla les apôtres sur le mont Thabor, lors de la Transfiguration du Christ (Matt 17, 1-13) : « Il fut transfiguré devant eux; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière ». Cette lumière est une lumière eschatologique, celle-là même qui luit sur la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse (Ap21, 23) : « et la ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer , parce que la gloire de Dieu l’illumine et que l’Agneau en est la lampe ». La lumière du Thabor, pour Grégoire Palamas, est Dieu, mais elle n’est pas tout ce qu’est Dieu, au sens où elle n’épuise pas Son essence, Sa nature profonde. D’où la distinction palamite entre essence et énergie, cette dernière – energai en grec, actus en latin – correspondant à ce qui émane réellement, en acte, naturellement dit même Palamas, de Dieu : Dieu répands Sa Lumière, comme Il communique Son Amour. Ce que tout un chacun verra au siècle futur est réservé ici-bas à quelques élus.

Transfiguration se dit metamorphosis en grec ; et cette métamorphose, ce changement d’aspect affecte non seulement le Christ, mais d’une manière générale les justes ressuscités à la fin des temps, « Les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Matt 13,43). Pour Palamas, percevoir la lumière divine ne signifie rien de moins que se transformer en cette lumière divine : l’illumination n’est autre qu’une divinisation (theosis), au sens d’une participation à la vie divine. Dans la spiritualité russe, on rapporte au moins un exemple de transfiguration transfigurante , celui de saint Séraphin de Sarov. Au disciple, témoin et acteur du phénomène lumineux, qui s’inquiète, saint Séraphin répond : « ne craignez rien, en ce moment, vous êtes devenu aussi clair que moi. Vous êtes à présent dans la plénitude de l’Esprit de Dieu ; autrement vous ne pourriez me voir tel que vous me voyez. »

Cette participation à la lumière divine nous place donc, selon Palamas, aux confins du Créateur et de la créature, : elle n’exclut pas la transcendance, tout au contraire ; à la différence du panthéisme d’un Spinoza – Deus sive natura ! – elle jette un pont au-dessus d’un abîme apparemment infranchissable, celui qui sépare le créé de l’incréé, ce qui est éphémère de ce qui a toujours été et toujours sera. L’unio mystica est une union sans confusion.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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