La nouvelle évangélisation : une Reconquista catholique ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 novembre 2012. dans La une, Religions, Vie spirituelle

La nouvelle évangélisation : une Reconquista catholique ?

La Reconquista (reconquête) catholique de l’Espagne musulmane s’étendit sur quatre siècles (du XIème au XIVème siècle) sous l’égide de saint Jacques le Majeur (Santiago Matamoros = Jacques le tueur de maures, sic !). Elle fut sanglante et intolérante : les musulmans « reconquis » n’avaient d’autre choix que la conversion ou l’exil…

L’actuelle tentative d’évangélisation est plus pacifique : elle n’est dirigée contre personne en particulier, il s’agit plutôt de faire reculer non l’athéisme mais l’indifférence et l’inculture religieuse de notre temps. Le message final du synode des évêques consacré à ce sujet, publié le 26 octobre 2012 propose plusieurs pistes :

– ré-évangéliser les pratiquants

– inciter les familles à évangéliser les enfants

– favoriser le « dialogue » avec la société sécularisée et les autres religions.

Vaste programme. Il faut dire que la situation de l’Eglise catholique est préoccupante. Certains clercs la comparent au naufrage du Titanic : seulement 4 à 5% de la population allant régulièrement à l’église, la confession n’intéressant qu’à peine 1%… Certes, on se console en se disant qu’un catholicisme « sociologique », fait d’habitudes et de conformisme, a fait place à un catholicisme de « conviction », autrement dit, moins de fidèles, mais des fidèles à la foi plus authentique. Il reste que le problème concerne aussi le petit nombre qui continue à fréquenter les lieux de culte. Comme le dit un théologien catholique, le Père Humbrecht o.p. : « ce n’est pas – ce n’est plus – le clergé qui est en crise, ce sont les chrétiens qui ne sont plus chrétiens ».

Vrai ! Qu’on me permette de raconter ici une anecdote personnelle. Dans les années 90, je fus chargé, en tant qu’intervenant orthodoxe, de visiter un collège salésien, dans le cadre de la semaine pour l’unité des chrétiens, afin de présenter l’Eglise orthodoxe. Je m’adressais ainsi à une classe de terminale (près de dix ans de catéchisme !). Avant de leur parler des spécificités orthodoxes, je cherchais d’abord à vérifier leur connaissance du christianisme en général. Je posais donc une question indiscrète : qu’est-ce que la Trinité ? Une seule élève fut capable de répondre : Père, Fils, Saint Esprit… Le directeur de l’école, présent dans la salle de classe, regardait ses chaussures.

Et cela va bien au-delà de l’insuffisance du catéchisme – on cherche davantage à « éveiller » à la foi plutôt qu’à faire apprendre des notions précises – ce qui menace, c’est un véritable désintérêt de la religion. Celle-ci étant présentée comme un humanisme assez sympa, le seul argumentaire destiné à inciter les anciens ou futurs pratiquants à (re)venir se résume à : « venez donc ! Vous serez plus heureux avec nous et avec Dieu ».

Le cœur du problème se situe donc ailleurs : dans la disparition ou l’occultation de la notion de salut. Au sein de l’Eglise primitive, être sauvé ou se perdre (aller en enfer) constituait le dilemme à la base de toute conversion : « Engeance de vipères, dit saint Jean baptiste (Lc. 3,7), qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ». C’est la raison même de ce qu’on appelait le pédobaptisme : le baptême aussi près que possible de la naissance ; saint Augustin ne disait-il pas que les enfants morts sans avoir été baptisés allaient non en enfer, mais dans les « limbes », lieu indéterminé s’apparentant au purgatoire ? Maintenant on baptise les enfants des mois, voire des années après leur naissance… Si tant est qu’on les baptise !

Bien sûr, la disparition de la « pastorale de la peur », comme dit Delumeau, est une bonne chose. Mais sans inquiétude quant à l’après-mort, sans enjeu d’éternité, le mobile de la pratique religieuse se réduit à la quête moderne du toujours plus de bonheur. Mobile faible, car tant d’autres choses, à part la religion, sont susceptibles d’apporter « plus » de bonheur.

La nouvelle évangélisation s’apparente donc à un combat perdu d’avance. Malgré les efforts de « visibilité », malgré le nouveau catéchisme de l’Eglise catholique, paru en 1992, malgré un certain renouveau identitaire (« catholique et fier de l’être »), les catholiques sont devenus, de manière irréversible, minoritaires. Une petite secte (au bon sens du terme) comme au début. Après tout, Loisy n’écrivait-il pas : « une religion, c’est une secte qui a réussi » ?

 

Jean-François Vincent

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (4)

  • Mélisande

    Mélisande

    18 novembre 2012 à 10:40 |
    L'Eglise catholique n'a que ce qu'elle mérite! Elle a tué au nom de Dieu , tout au long des siècles, mutilant les textes, les expurgeant de leur ésotérisme , notamment en supprimant la femme et le féminin de la Création, ou en la réduisant à la vierge , la mère et la putain en quelque sorte, de toutes façons, le problème que posait aux hommes la rencontre avec la femme et la sexualité hétérosexuelle, a été réglé vite fait par une homosexualité de fait.
    La religion: étymologiquement le lien, reviendra dans le coeur de l'Homme quand il y aura un vrai désintérêt matérialiste et un vrai exemple de "pureté " d'intention chez ceux censés représentés une quelconque église. Mais tout est basé sur une relation dominant dominée de récupération éhontée du mouvement inné de l'être humain, vers Dieu: Chacun a une conscience , même enfouie du divin, et des valeurs morales. Qui peut accepter des leçons de foi d'hommes qui en ont si peu derrière le moi et la fausseté absolue de leurs motivations.??.Ces gens qui peuplent les églises le dimanche , font parfois peur pour certains, tellement on perçoit une dichotomie entre leur être réel, souvent haineux, et leur moi social bien adapté..
    Le principe de Dieu est en l'homme il doit le découvrir, dans l'épreuve de la vie et des choix profonds qu'elle impose .
    Un homme ,IMC, qui se nomme Alexandre Jollien, est à écouter en ce moment: il lève les foules , ses cycles de conférences sont bouclés ,et il fait salle pleine.
    Le connaissez vous.?

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      18 novembre 2012 à 19:39 |
      Non, je ne connais pas Alexandre Jollien. Pour ce qui est de l'Eglise (catholique, protestante ou orthodoxe), je ne puis que vous référer à ce paradoxe : elle est sainte car elle constitue le corps dont Dieu est la tête; mais elle se compose de pécheurs, à commencer par le clergé bien sûr!

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    18 novembre 2012 à 09:00 |
    toujours formateurs, vos billets ; merci. Dans mon enfance campagnarde, le " caté" considéré comme obligation sociale plus ou moins obligatoire se tenait avant l'école, à pas d'heure, dans une église glacée ; la " dame du catéchisme" était une bigote, célibataire, bien sûr, et je crois, moustachue ; on ânonnait des réponses à des questions toutes prêtes ; pas bien loin, au fond, du temps de Molière, tout ça !! ça ne fabriquait pas grand chose en termes de croyants !

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      18 novembre 2012 à 19:15 |
      Oui, mais il y avait le fameux système des questions-réponses : qu'est-ce que la Trinité? Père, Fils et Saint Esprit. Rébarbatif mais efficace. Les radicaux anticléricaux du temps du petit père Combes étaient de fins connaisseurs de la Bible. Aujourd'hui personne - croyants ou athées - ne connait plus grand chose...Je me souviens d'un rapport d'agreg de philo, datant des années 80 (depuis la situation n'a fait qu'empirer), où le jury se plaignait de ce que les agrégatifs, analysant un texte de Spinoza, n'avait pas identifié qui était un certain Paul dont parlait l'illustre philosophe...

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