Travaux Pratiques de théologie

Ecrit par Eric Thuillier le 23 décembre 2011. dans La une, Religions, Vie spirituelle

Travaux Pratiques de théologie

 

S’il se trouve encore quelques pauvres Abandonnés, voici pour eux un exercice simple qui leur apportera la preuve de l’existence ou de la non existence de Dieu.

Qu’ils m’attrapent, me pendent par les pieds et m’égorgent, non sans m’avoir assez proprement assommé, car comme vous l’allez voir, il est de première importance que je ne gueule pas comme un cochon.

Il faut être au moins quatre, et très concentrés.

Ces conditions réunies, écoutez bien.

Ecoutez bien.

Ecoutez si, portées sur le filet de mon sang, vous entendez quelques notes de musique.

Ecoutez bien.

Si vous n’entendez rien, rien d’autre que le bruit du sang dans le récipient (les sons formés par la chute des premières gouttes sur le cristal ne compte pas, il faut que ces notes sortent manifestement de l’intérieur de moi) si vous n’entendez rien c’est que Dieu existe.

Car il est impossible qu’un homme imprégné comme je le suis de musique soit saigné sans laisser échapper une note, comme il est impossible qu’une éponge imprégnée d’eau n’en rende à l’étreinte.

Je ne vous apprends pas qu’on ne voit pas seulement avec les yeux, qu’on n’entend pas seulement avec les oreilles, mais que les yeux et les oreilles sont des outils qui permettent de voir et d’entendre avec le corps entier, avec toute les parties du corps, avec tout son âge, et que sans intervention divine il est impossible que le sang qui circule partout ne porte aucune trace de musique lorsqu’on a partout entre chair et peau, et os et chair, entre moelle et os, des accents de violons injectés à profondeur d’archets.

Il faut, pour que des choses ainsi confondues ne se mêlent pas, l’interposition d’une puissance radicale. Il faut un grand ordonnateur qui les classe et veille sans cesse à ce qu’elles restent dans leur classement.

Si vous n’entendez pas de musique, vous êtes désormais éclairés, Dieu existe. Toutefois si vous en entendez, n’y voyez pas une preuve suffisante de son inexistence. Ceci dit pour les esprits empreints d’une forme rustique de rationalisme qui voudrait qu’une démonstration contrariée confirme le contraire de l’hypothèse dont on recherche la confirmation. La science ne fonctionne pas de cette manière.

 

NB : L’expérience faite, et avant de courir les routes pour annoncer la bonne nouvelle – si bien entendue elle est avérée – je vous prie de tempérer un instant votre enthousiasme, le temps de me décrocher et de me porter en terre avec les honneurs dus à mon rang d’inventeur des TPT.

 

 

Eric Thuillier

 

A propos de l'auteur

Eric Thuillier

Rédacteur

Artisan électricien

Auteur de chroniques sur "Le Monde.fr"

Commentaires (4)

  • myriam

    myriam

    14 février 2012 à 14:09 |
    Vous commencez votre article par des images qui nous approchent plutôt de l’abjection humaine que de l’existence de Dieu !

    Saint Augustin disait : « Ce qu’il y a de bon en moi est ton œuvre et ta grâce, ce qu’il y a de mauvais en moi est ma faute et ton jugement »

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  • eva talineau

    eva talineau

    27 décembre 2011 à 18:24 |
    "si vous n'entendez rien" - pas de musique, donc, accompagnant le sang qui s'écoule -"c'est que Dieu n'existe pas". C'est une conclusion possible à cette expérimentation fictive. Une autre serait de dire que Dieu étant musique, les notes qui sortiraient de vous, en même temps que le sang, s'enrouleraient dans lui en silence - ce silence plein de musique contenant potentiellement toutes les notes chantées/tues que les humains déployent en même temps que leurs vies, à travers lesquelles, aussi, ils se mélangent harmonieusement ou dys/harmonieusement, aux autres.
    Tout de même, j'espère que vous ne trouverez pas trop vite vos quatre acolytes pour tenter l'expérience, nous ne sommes pas si pressés de savoir..

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    24 décembre 2011 à 06:15 |
    Dans la Genèse, ce n’est pas de la musique qu’émet le sang du premier assassiné – Abel ! – mais bien sa voix elle-même ! C’est ainsi que Dieu est averti du meurtre (Gen 4,10) : « qu’as-tu fait ? Ecoute le sang de ton frère monter vers moi du sol ». De là à penser que le sang véhicule l’essence même de chacun, ce qu’en termes platoniciens, on appellerait « l’âme », et qui se nomme, en hébreu, « nefesh », il n'y a qu'un pas que n’ont pas hésité à franchir les Témoins de Jéhovah, lesquels fondent leur interdiction absolue de toute absorption de sang (y compris par transfusion) sur ce texte…En ce, sens, un sang « silencieux » prouverait que tout ceci n’est qu’une fable, et que donc Dieu n’existe pas ! Bref, le contraire de ce que vous dites !
    Ceci pour dire que l’existence – ou l’inexistence – de Dieu ne se prête pas à la démonstration ou à la preuve : on est dans le domaine non de la science, mais de la foi, de la conviction, donc, dirait Platon, de l’opinion. Au fait, « doxa », en grec , signifie « opinion », mais aussi….Gloire ! La « shekinah » de Dieu n’est pas si loin !

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  • Mélisande

    Mélisande

    23 décembre 2011 à 16:50 |
    La musique, dans notre être, sur les routes de la vie, qui jamais ne nous laisse sourds à ses accents, disant quelque part: "si tu ne crois plus en l'être humain, ton frère, ne ferme pas tes oreilles , il y a un chemin en dehors des hommes, qui te donnera plus d'espérance!"et si ce principe que l'on nomme divin, accorde tout en une symphonie des plus harmonieuses, alors, oui, je viens!

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