Philosophie

Une citation, quatre thèses. Les causeries du samedi

Ecrit par Johann Lefebvre le 06 avril 2013. dans Philosophie, La une, Société

Une citation, quatre thèses. Les causeries du samedi

« Dans les mouvements que les machines exigent de ceux qui les font marcher, il y a déjà la brusquerie, l’insistance saccadée et la violence qui caractérisent les brutalités fascistes. S’il y a dépérissement de l’expérience acquise, la faute en revient pour une très large part au fait que les choses étant soumises à des impératifs purement utilitaires, leur forme exclut qu’on en fasse autre chose que de s’en servir ; il n’y est plus toléré le moindre superflu, ni dans la liberté des comportements ni dans l’autonomie des choses, or c’est ce superflu qui peut survivre comme un noyau d’expérience car il ne s’épuise pas dans l’instant de l’action ».

Theodor Adorno, Minima Moralia

 

1. Les fissures grandissantes de la société marchande génèrent de terribles angoisses, à la fois chez ses promoteurs et chez ses victimes. Les premiers y voient l’annonce d’un écroulement, d’une révolution – ils ont raison – et tentent encore de colmater les brèches brûlantes qui s’approfondissent en écrivant de nouvelles réglementations réduisant les libertés individuelles et collectives, et en effaçant celles qu’ils considèrent comme des entraves à la circulation des marchandises et à la diffusion des informations falsifiées. Les secondes craignent pour leurs emplois, entre autres, et découvrent avec effroi que ce monde qui s’écroule n’est que la vitrine d’une survie, le mirage de la vraie vie. Le travail salarié, autrefois une des valeurs fondamentales du capitalisme, est peu à peu abandonné par celui-ci au profit de la valorisation stricte de la valeur de départ, l’argent, mettant en œuvre une production de plus en plus automatisée de biens inutiles ou de services superfétatoires, projetant davantage encore une masse de représentations avec des broutilles technologiques et des loisirs débiles, et de plus en plus souvent au détriment des équilibres écologiques.

Quelle liberté ?

Ecrit par Patrick Chavardès le 09 mars 2013. dans Philosophie, La une, Ecrits

Quelle liberté ?

Tout alla-t-il de soi à une certaine époque ? Du moins nous en avions l’impression… Toujours est-il que nous nous sentions libres. Nous partagions presque tout. Nous ne nous posions pas de questions sur nous-mêmes tellement nous étions tournés vers un ailleurs à conquérir ou à inventer. Notre quête solidaire brillait comme un soleil. C’était clair et chaud, bon et beau. Nous vivions sur des idées, pour des idées, avec des idées qui nous servaient d’armes et de monnaie d’échange. Et cela suffisait à créer un monde parallèle bien vivant où les contradictions ne nous déchiraient pas, où les conflits ne nous tuaient pas. Nous étions en pleine croissance. Or nous menions une expérience dont on revient difficilement : celle de changer la vie.

Avons-nous réellement pu nous connaître et connaître la valeur de nos actions ? Sans doute, est-ce seulement entre nous que nous en avons entrevu la valeur d’usage et quelquefois la valeur d’échange. Nous avons fait l’expérience d’une révolte collective en rejetant les valeurs d’après-guerre, tout un bloc où s’agglutinaient travail, famille, patrie, hiérarchie, obéissance, bref, tout ce qui représentait à nos yeux l’ordre, le profit et leurs violences. Il y eut le mouvement fusionnel de mai, pendant quelques semaines la vie comme une grande fête où nous pûmes jouir sans entraves. Mais l’essence de la révolution c’est le plaisir de la rébellion. Ce n’est pas ce qui vient après. La révolution n’est pas faite pour réussir quoi que ce soit, c’est un mouvement désintéressé par lequel un certain nombre d’individus s’insurgent contre l’autorité en place et par là même se rendent tous libres de paroles et d’actions envers chacun.

Théologie du démon

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 janvier 2013. dans Philosophie, La une, Religions

Théologie du démon

A propos du livre d’Ishay Rosen-Zvi, Demonic desires, Yetzer hara and the problem of evil in late antiquity, university of Pennsylvania press, 2011

 

L’existence du mal, à la fois physique et moral, a toujours posé un problème de théodicée : comment ce mal est-il compatible avec la notion d’un Dieu juste (diké = justice) ? Comment même expliquer l’apparition d’un mal dans une Création que Dieu Lui-même qualifie de « bonne » (cf. Gen 1,31 « et voilà, c’était très bon ») ?

(Best of 2012) SOCIETE: l'Un, l'Autre et les autres

Ecrit par Léon-Marc Levy le 22 décembre 2012. dans Philosophie, La une, Société

(Best of 2012) SOCIETE: l'Un, l'Autre et les autres

 

L’actualité remet encore – jusqu’à la nausée – la question de l’identité au centre du débat national. Le front national est là bien dans ses bottes, dans son fonds de commerce habituel. Nicolas Sarkozy, dans une dérive désastreuse de fin de règne, en est devenu le gérant provisoire et pathétique.

Au-delà de la désolation que les républicains peuvent en éprouver, ce moment pénible pose une question qui n’a cessé de hanter et de parasiter les sociétés occidentales depuis trop longue mémoire.

Le lien dialectique du particulier et de l’universel est la question la plus difficile de toute philosophie. On le sait, au moins, depuis Platon en ce qui concerne la pensée occidentale. C’est qu’elle implique des mouvements fusionnels et divisionnels non pas séparés mais simultanés. L’un et le tout, l’un dans le tout, l’un hors du tout, le tout sans l’un. Mao avait compris (Ecrits, 1964), dans la lignée confucianiste, que la question du monde tournait autour de cet axe : « Un se divise en deux » énonce-t-il face à ceux qui prétendaient (les infâmes idéalistes !) que « Deux fusionnent en un ».

Y-a-t-il une nature propre à la femme (et à l'homme) ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 15 décembre 2012. dans Philosophie, La une, Société

La théorie du genre contre l’essentialisme catholique

Y-a-t-il une nature propre à la femme (et à l'homme) ?

Depuis qu’en 1949, Simone de Beauvoir proclamait : « on ne naît pas femme, on le devient », l’idée selon laquelle l’identité sexuelle n’est que le fruit d’une construction sociale a fait son chemin. Dans les années 90, Judith Butler a été une des pionnières des « Gender studies » ; son livre, Gender trouble, paru en 1990, est devenu une sorte de Bible. Pour elle, l’« identité » mâle ou femelle résulte non de l’expérience empirique, vécue, mais d’un « idéal normatif ». Cet idéal, c’est le couple hétérosexuel. La société fait donc violence aux individus par « une hétérosexualisation du désir qui requiert, institue et produit des oppositions asymétriques entre le masculin et le féminin, lesquelles sont perçues comme les attributs de ce qui est “mâle” ou “femelle” ». Il s’agit donc d’une « compulsory heterosexuality », d’une hétérosexualité obligatoire/compulsive. D’où une « oppression » dira même Charlotte Witt, auteure d’une « métaphysique du genre » (The metaphysics of gender), qui définit un véritable féminisme révolutionnaire visant à « reconfigurer » la société : « l’objet du féminisme, selon moi, est de retravailler et reconfigurer les structures sociales, de telle sorte qu’elles n’oppressent ni n’exploitent les femmes ».

Qu'est-ce que la Vie ?

Ecrit par Luc Sénécal le 29 septembre 2012. dans Philosophie, La une, Psychologie, Vie spirituelle

Qu'est-ce que la Vie ?

La Vie c’est la mort. C’est un court passage à l’échelle du temps et de l’espace, plus court pour certaines espèces, relativement plus long pour d’autres. Mais la Vie sur cette planète, c’est la planète elle-même. Toutes les expressions du vivant sont une projection de la planète. Expressions diversifiées qu’elle peut produire selon le contexte des milieux qui la caractérisent.

Or il est une règle du vivant indispensable pour en assurer la durée, celle de la prédation. Et qui dit prédation dit prédateurs et victimes de la prédation. Ce, quelle qu’en soit l’échelle. Sauf que l’évolution de la Vie a permis l’apparition d’une espèce pourvue de capacités intellectuelles qui lui permet de mesurer en amont et en aval ses actes, leurs causes et leurs conséquences. L’homme. Car l’Homme, vous le savez, est pourvu d’intelligence. Ou du moins d’une intelligence plus évoluée que le reste du règne animal.

Pour en mesurer toutes ses capacités, je vous propose un exemple. Celui d’un débat qui a eu lieu à un moment X donné sur l’échelle de l’existence de cette espèce remarquable :

Onfrayseries

Ecrit par Eva Talineau le 30 juin 2012. dans Philosophie, La une, Religions

Onfrayseries

Eva Talineau recommande la lecture dans ce commentaire - chronique de l'article de Yeshaya Dalsace, paru dans «  La Règle du jeu », dont nous fournissons le lien : "Les bourdes (bibliques) de M. Onfray" ; texte répondant à un article récent de Michel Onfray dans «  le Point » : "Jean Soler, l'homme qui a déclaré la guerre aux monothéismes". Nous faisons également apparaître le lien de l'article de Michel Onfray, et celui d'une chronique de Léon Marc Levy, concernant Michel Onfray, parue dans «  Reflets du temps » : "l'idole d'un crépuscule".

Chronique, autres articles croisés ; un sujet porteur d'interrogations multiples : la « pensée » de  Michel Onfray. Voilà ce qu'on aime dans «  Reflets du temps ». Place à la «  disputatio » !

La rédaction de Reflets du temps.

 

Ce texte, de Yeshaya Dalsace, répond point par point à un article de Michel Onfray publié dans Le Point du 7 juin 2012. On se demande d’ailleurs comment le comité de Rédaction de cet hebdomadaire a pu souhaiter publier une telle chose. L’ont-ils lue, seulement ?

Ce qui est Vs ce qui devrait être

Ecrit par Jean-François Vincent le 26 mai 2012. dans Philosophie, La une, Politique

Ce qui est Vs ce qui devrait être

Penser à droite, Emmanuel Terray, Editions Galilée, Paris, 2012

 

Emmanuel Terray, agrégé de philosophie et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, n’a pas écrit un livre de sociologie politique, mais bien de psychologie politique : il ne s’agit point ici de doctrines mais de mécanismes de pensée ; non pas « dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es », mais « dis-moi comment tu penses et je te dirai qui tu es ».

« La pensée de droite » affirme Terray « est d’abord un réalisme ». La droite s’arque-boute sur ce qui existe ici et maintenant, sur la réalité tangible. « Cet existant est identifié au réel (…) Le possible existe en “puissance”, dans le rêve, dans l’espérance, dans l’imaginaire ». La gauche incarne donc le possible, le potentiel ; la droite, elle, le véritable, l’actuel (au sens étymologique d’actus = ce qui existe vraiment). D’où une méfiance à l’égard des essais, des tentatives, de la recherche d’un mieux, dénoncé de prime abord comme utopique. « Keine Experimente ! » s’était déjà écrié le chancelier Adenauer, en bon démocrate-chrétien. « La pensée de droite », conclut Terray, « apparaît bien comme une pensée de l’acquiescement, une résignation mélancolique ».

Daniel Sibony : Le séminaire 2011-2012

Ecrit par Daniel Sibony le 12 mai 2012. dans Philosophie, La une, Psychologie, Société

Daniel Sibony : Le séminaire 2011-2012

 

Année 2011-2012

Séminaire

Psychanalyse éthique de

 

Daniel Sibony

sur

L'EXISTENTIEL

 

le mercredi 23 mai 2012 à 19h :

 

avec une contribution de Catherine Clément

 

L'EXISTENTIEL ET LES PHILOSOPHES

 

27 avril 2012 - l'Un, l'Autre et les autres

Ecrit par Léon-Marc Levy le 27 avril 2012. dans Philosophie, La une, Société

27 avril 2012 - l'Un, l'Autre et les autres

 

L’actualité remet encore – jusqu’à la nausée – la question de l’identité au centre du débat national. Le front national est là bien dans ses bottes, dans son fonds de commerce habituel. Nicolas Sarkozy, dans une dérive désastreuse de fin de règne, en est devenu le gérant provisoire et pathétique.

Au-delà de la désolation que les républicains peuvent en éprouver, ce moment pénible pose une question qui n’a cessé de hanter et de parasiter les sociétés occidentales depuis trop longue mémoire.

Le lien dialectique du particulier et de l’universel est la question la plus difficile de toute philosophie. On le sait, au moins, depuis Platon en ce qui concerne la pensée occidentale. C’est qu’elle implique des mouvements fusionnels et divisionnels non pas séparés mais simultanés. L’un et le tout, l’un dans le tout, l’un hors du tout, le tout sans l’un. Mao avait compris (Ecrits, 1964), dans la lignée confucianiste, que la question du monde tournait autour de cet axe : « Un se divise en deux » énonce-t-il face à ceux qui prétendaient (les infâmes idéalistes !) que « Deux fusionnent en un ».

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