Philosophie

27 avril 2012 - l'Un, l'Autre et les autres

Ecrit par Léon-Marc Levy le 27 avril 2012. dans Philosophie, La une, Société

27 avril 2012 - l'Un, l'Autre et les autres

 

L’actualité remet encore – jusqu’à la nausée – la question de l’identité au centre du débat national. Le front national est là bien dans ses bottes, dans son fonds de commerce habituel. Nicolas Sarkozy, dans une dérive désastreuse de fin de règne, en est devenu le gérant provisoire et pathétique.

Au-delà de la désolation que les républicains peuvent en éprouver, ce moment pénible pose une question qui n’a cessé de hanter et de parasiter les sociétés occidentales depuis trop longue mémoire.

Le lien dialectique du particulier et de l’universel est la question la plus difficile de toute philosophie. On le sait, au moins, depuis Platon en ce qui concerne la pensée occidentale. C’est qu’elle implique des mouvements fusionnels et divisionnels non pas séparés mais simultanés. L’un et le tout, l’un dans le tout, l’un hors du tout, le tout sans l’un. Mao avait compris (Ecrits, 1964), dans la lignée confucianiste, que la question du monde tournait autour de cet axe : « Un se divise en deux » énonce-t-il face à ceux qui prétendaient (les infâmes idéalistes !) que « Deux fusionnent en un ».

La dialectique du singulier et de l'universel selon Sibony

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 février 2012. dans Philosophie, La une, Psychologie

La dialectique du singulier et de l'universel selon Sibony


Recension du livre de Daniel Sibony, De l’identité à l’existence, l’apport du peuple juif, Paris, 2012.


Ce qui frappe dans le livre de Daniel Sibony, c’est la ternarité du cycle qui va de l’identité à l’universalité. Au commencement, il y a l’être, l’être humain comme l’Être divin. Sibony, à cet égard, fait un gros contresens herméneutique : le « Je suis Celui qui est » de la Genèse n’est pas « l’Être » abstrait et impersonnel, à la manière d’un Saint-Thomas d’Aquin, qui « définit » Dieu comme un « actus purus essendi », l’Être en acte, l’Être par excellence ; c’est, au contraire, un être personnel : le « Je » compte ici autant, voire même plus, que le « suis » ! Mais, soit ! L’être donc, de l’homme comme de Dieu, est le socle, l’origine de tout et de tous. Cette identité est confortable mais incarcérante, elle est amour mais aussi « esclavage de ce que l’on est » ; et cet esclavage est perçu comme une faille, une tension ad extra, qui pousse à ex-sister, à sortir hors de ce que l’on est pour se confronter à l’extérieur, et ainsi se transformer. Ensuite, après être sorti de soi et avoir intégré l’altérité, on peut rentrer, revenir d’où l’on était parti, enrichi.

La passion d'analyser. De Newton à Freud

Ecrit par Eva Talineau le 27 janvier 2012. dans Philosophie, La une, Psychologie

La passion d'analyser. De Newton à Freud

 

Stig Dagerman, Dieu rend visite à Newton (1727) extraits (1) :

 

 

« Parfois, Dieu se lasse de son être de lumière et de silence. L’éternité lui donne la nausée, il laisse tomber son manteau. Nous voyons une ombre se dessiner parmi les étoiles, la nuit vient. Dans la maison de Newton, on se dispose, sans le savoir, à recevoir l’étrange visite »… « Et voici Dieu qui pénètre dans le cabinet de travail de Newton… C’est une pièce où, d’un commun accord entre Newton et le reste du monde, personne ne parle. Durant toute sa vie, Newton a amassé du silence, dans cette pièce immense… Il y a là le silence ionien, le silence conjugal, le silence de la mer de Chine, celui des sommets des Alpes… » « près du foyer, loin derrière le vieux Newton, un serviteur en livrée rouge prépare le thé de minuit… il écarte les salamandres, qui se rassemblent autour du trépied… Il voudrait les chasser à grands cris comme le font les soldats et les servantes, mais il est muet, né de parents muets. Ils ont tous été muets, depuis les origines des temps, tous ceux de sa famille. Même son cœur est muet et bat sans bruit. Les choses même deviennent muettes entre ses mains. Si cet homme frappe une pierre d’un marteau, marteau et pierre se taisent, et s’il approche un âne qui brait, l’âne devient muet. Il est le fils du silence, et Newton l’aime ».

L'universalisme juif

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 décembre 2011. dans Monde, Philosophie, La une, Religions, Politique

L'universalisme juif


Recension du livre d’Alexandre Adler, Le peuple-monde, Paris, Albin Michel, 2011


On ne présente plus Alexandre Adler. Normalien agrégé, journaliste spécialiste de géopolitique, rien ne le prédisposait à parler du Judaïsme et de la judéité : issu d’une famille sécularisée, voire, pour certains de ses membres, carrément athée, initié au marxisme par son maître à normale sup, Louis Althusser, adhérent au PCF jusqu’à très tard (1980), il s’est réapproprié une religion et une culture, « le Judaïsme malgré tout », comme il le dit lui-même d’un ton presque résigné. Son essai est une vision très personnelle d’un peuple et de sa vocation historique.

« Chema Israël, Adonaï Elohenou, Adonaï Ehad ». C’est par cette citation du Deutéronome que commence le premier chapitre : « écoute, Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est un ». Ehad, l’unicité de Dieu est aussi son unité, au sens numérique du terme : Dieu est aleph, le chiffre 1. C’est pour cela que la création commence, non pas par l’aleph indicible et inaccessible, mais par le beth (b ou 2 comme on voudra) de Berechit (la Genèse).

Séminaire de Daniel SIBONY

Ecrit par La Rédaction le 09 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie, Religions, Vie spirituelle

Séminaire de Daniel SIBONY

 

PSYCHANALYSE ÉTHIQUE

 

Les Conférences du Séminaire de

DANIEL SIBONY

 

 

L’EXISTENTIEL

 

 

Le mercredi 14 décembre 2011 de 19h à 21h

 

 

Le peuple juif comme métaphore de l’écrivain

 

Enseigner les droits de l'homme, une contradiction performative ?

Ecrit par Pierre Windecker le 02 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Education

Enseigner les droits de l'homme, une contradiction performative ?

 

Un article de Léon-Marc Lévy dans Reflets du temps montre qu’il serait vain de vouloir transmettre la compréhension et le souci des droits de l’homme sous la forme d’un enseignement qui leur serait expressément dédié. La transmission scolaire, ici, ne peut être qu’oblique, s’effectuant par l’enseignement de savoirs critiques d’une part, par la vie de (et dans) l’institution scolaire de l’autre.

Mais demandons-nous un instant ce que pourrait être un « enseignement des droits de l’homme ».

Tout droit est ce qui permet la transposition d’un conflit potentiel sous la forme d’un litige susceptible d’être réglé, c’est-à-dire de recevoir une solution partielle, relative, fondamentalement problématique, mais acceptable tout de même, au nom de la justice, par toutes les parties en cause. Les droits de l’homme, au premier abord du moins, ne portent pas trace de cette conflictualité qui rend le droit possible et nécessaire : ils apparaissent plutôt comme une totalité harmonieuse, chaque droit pouvant se déduire de l’autre dans une évidence continuée : c’est ainsi que la propriété, ou la faculté de résister à l’oppression, se déduisent aisément de la liberté.

Revue KITEJ N°2

Ecrit par Olivier Verdun le 02 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Média/Web, Littérature

Revue KITEJ N°2

 

En cette rentrée littéraire logorrhéique, la fraîche émoulue Kitej, qui vient de publier son deuxième numéro, est une merveille d’intelligence et d’audace tant dans sa facture plastique que dans la richesse de son contenu. Dirigée de main de maître par Fabien Ollier, cette revue, qui n’a pas sa pareille dans le paysage intellectuel français, fait l’effet d’une petite bombe où se manigancent, avec sa frappe abrupte sur nos capitalismes intérieurs, maints sabotages amoureux, où fusent, éclateurs de vérité, d’incroyables missiles théoriques.

Que le lecteur chloroformé passe son chemin : l’air qu’on y respire est aussi grisant que les hauts plateaux de montagne. C’est que Kitej, dans sa quête rimbaldienne d’un ailleurs toujours lointain, a des yeux de voyant, puisqu’il s’agit de dire l’indicible, de voir l’invisible, de penser l’impensable, en croisant, sans concession au consumérisme ambiant, philosophie, poésie, peinture, dessin ou encore collages. Kitej, dont la première livraison (automne 2010) est consacrée aux « Éclipses de la vie », n’est du reste que la continuation, sous un autre nom et avec quelques perspectives nouvelles, de la revue Mortibus, née en juin 2005.

Droits de l'homme, l'enseignement impossible ?

Ecrit par Léon-Marc Levy le 25 novembre 2011. dans Philosophie, La une, Education

Droits de l'homme, l'enseignement impossible ?


Dès l’aube de la République, la tentation est forte, pour ses fondateurs et ses continuateurs, de trouver les outils qui permettraient de former, d’éduquer les citoyens, et en particulier les jeunes citoyens en devenir, aux principes fondateurs des Lumières : essentiellement au texte de référence, la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 (puis à la déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948). Tentation qui sera une véritable obsession républicaine pendant les deux siècles qui suivent 89 : « missionnaires » des temps nouveaux, les républicains utiliseront tous les moyens possibles. Dans un contexte difficile au XIXème siècle (opposition farouche des royalistes encore puissants, périodes de Restauration, pression hostile et écrasante de l’Eglise), les « croisés » des droits de l’homme seront sur le front de la littérature, de la presse, de l’affrontement politique.

Avec les lois Ferry de 1882 et la Loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905, commence une ère nouvelle qui va ouvrir des rêves nouveaux pour les républicains : l’école de la République, débarrassée de la chape idéologique de la religion, devient alors le théâtre premier d’un enjeu fondamental : former des citoyens, conjuguer l’enseignement des savoirs cognitifs (sciences, humanités, langues) et celui des Droits de l’homme. L’école est l’outil rêvé !

Homorectus catholicus contre Muray

Ecrit par Alain Jugnon le 18 novembre 2011. dans Philosophie, La une, Religions

Homorectus catholicus contre Muray


Dans Les enfants humiliés, son journal des années de guerre, Georges Bernanos, l’écrivain catholique, veut en finir avec l’humanisme des imbéciles, les mauvais soldats et les vrais pharisiens ; il préfère l’enfant humilié au monstre conscient et post-humain : « Bref, c’est par les saints et les héros que je suis, les saints et les héros m’ont jadis rassasié de rêves et préservé des illusions. Je n’ai jamais pris, par exemple, les bigots pour des chrétiens, les militaires pour des soldats, les grandes personnes pour autre chose que des enfants monstrueux, couverts de poil. A qui servent-ils ? me demandai-je. Au fond je me le demande encore. Le fait est qu’ils ne m’ont servi à rien » (1).

On rêvera, dans les années soixante-dix, une fin de l’homme avec beaucoup moins de nerfs, de sang dans les yeux et de grandeur dans la foi. Pour la modernité, Bernanos apparaît un peu comme notre Père humiliant, un peu comme un autre Claudel revenu des enfers et mitraillant les âmes, fuyant tout mais armé évangéliquement.

Maxence Caron, dans un livre qui vient de paraître, jouit de cette humiliation là et en profite pour descendre un ami.

Le Christ en personne est un idiot

Ecrit par Alain Jugnon le 23 septembre 2011. dans Philosophie, La une, Religions

Le Christ en personne est un idiot

« Les ravissements que Nietzsche a décrits, l’allégement riant, les moments de liberté folle, ces humeurs de guignol inhérentes aux “états les plus élevés”… : cette immanence impie serait-elle un présent de la souffrance ? Combien, par sa légèreté, ce déni de la transcendance, de ses commandements redoutable, est beau » (1). Georges Bataille.


L’église, toujours, jouit des formes qu’elle donne au rien. L’église fait nécessairement face à l’idiotie de son objet, ce qui a eu lieu, ce qui s’est manifesté, ce qui est advenu sont, en tout et pour tout, ce rien qu’il s’agit de faire mousser, de monter comme une sauce sacerdotale et religieuse.

On trouve ici la définition vraie du religieux : faire tenir ce qui se défait sans cela. La religion est toute dans cette émulsion. La religion, soyons radical, est l’émulsion d’un vide. Il est vrai : l’important réside dans le choix et la détermination du vide qui, faisant défaut, fera ce qu’il faut, c’est-à-dire, cette chose qui prend, une émulsion stabilisée comme émulsion. Le christ est pour le christianisme (comme sauce), cette chose qui a pris.

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