Philosophie

30 ans après ... Jacques Lacan

Ecrit par La Rédaction le 09 septembre 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie

30 ans après ... Jacques Lacan

 

Il y a 30 ans, le 9 septembre 1981, Jacques Lacan cessait sa quête des arcanes de l'inconscient. Pendant près de 50 ans, il a illuminé le ciel de la pensée psychanalytique et de la pensée française de ses fulgurances.


Lors de l'une de ses dernières apparitions publiques il a déclaré : "Soyez lacaniens si vous le voulez. Moi, je suis freudien".


"Reflets du Temps" a rendu hommage à Lacan il y a quelques semaines déjà, le 20 juin 2011 :

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=1047&Itemid=2


La Rédaction


Dieu degré zéro

Ecrit par Alain Jugnon le 08 août 2011. dans Philosophie, La une, Société

Dieu degré zéro

Il faut, pour commencer à penser, le savoir : chez les hommes, on ne touche pas au corps, on ne joue pas avec la chose, on ne moque pas l’être là où il est. Car ce qui est là, ce qui vit et ce qui gît, c’est le même, c’est la personne humaine, celle qui ne demande rien à personne, ne demande rien à un dieu, ne veut rien avoir à faire avec un dieu. Sachant qu’il n’est pas d’autre monde ni d’outre monde que ce monde, il n’est qu’un ici et un maintenant pour être, pour y être. C’est beaucoup, c’est suffisant et nécessaire pour un homme. On aura, alors, beau dire, beau faire, baver et hurler, faire l’ange et faire le loup, on n’aura pas l’air malin, on cherchera entre ses propres jambes à cacher la petite chose, petite mort, que l’on prend pour une épée, un sabre même, ou pire une croix. Ou un mort, un jésus, un crucifié. Depuis deux mille ans au moins, les hommes se trompent de jésus : le vrai crucifié, mis au clou, c’est Artaud, sain Arto, pas un autre.

Le philosophe en tant que poète n’a pas mieux à dire et à faire, il doit ridiculiser le théologien en évoquant et glorifiant le corps du pesteux, le corps du poète Arto. Le théologien et son christ sonnent creux depuis l’heure même où au cours de leur nuit noire, ils ont cru se rencontrer comme des hommes alors qu’ils jouaient encore au papa, à la maman et à la poupée.

Du côté de chez Nietzsche

Ecrit par Léon-Marc Levy le 18 juillet 2011. dans Philosophie, La une, Histoire

Du côté de chez Nietzsche


La question de la philosophie de Friedrich Nietzsche est récurrente. Plus précisément, la question de ses effets au XXème siècle. Pas seulement (je dirais même pas particulièrement) chez les philosophes. Elle revient, de façon itérative, même dans les cercles les moins férus de philosophie. Et on comprend aisément pourquoi. La question de Nietzsche n’est pas seulement philosophique. Elle déborde bien sûr non seulement sur les territoires de la  psychologie mais aussi (et ce bien malgré Nietzsche lui-même) sur l’histoire contemporaine dans ses pages les plus sombres.


Une cohorte de philosophes, de penseurs, de politiques, a entrepris, depuis le vivant même de Nietzsche, un effort constant pour tisser un lien structurel entre la pensée nietzschéenne et le nazisme, un amalgame imaginaire entre deux conceptions du monde aux opposés l’une de l’autre. La logique qui préside à cette volonté d’amalgame est clairement lisible :

Le christianisme est une idée de droite

Ecrit par Alain Jugnon le 15 juillet 2011. dans Economie, Philosophie, La une, Religions

Le christianisme est une idée de droite

 

Chers amis, la vie n’est pas réglée par le hasard, elle n’est pas accidentelle. Votre existence personnelle a été voulue par Dieu, bénie par Lui et il lui a été donné un but ! La vie n’est pas une simple succession de faits et d’expériences, même si de tels événements peuvent être utiles. Elle est une recherche de ce qui est vrai, bien et beau. C’est précisément en vue de tels objectifs que nous accomplissons nos choix, que nous exerçons notre liberté et en cela, c’est-à-dire en ce qui est vrai, bien et beau, nous trouvons le bonheur et la joie. Ne vous laissez pas tromper par ceux qui voient en vous de simples consommateurs sur un marché offrant de multiples possibilités, où le choix en lui-même devient le bien, la nouveauté se fait passer pour beauté, l’expérience subjective remplace la vérité.

Beaucoup prétendent aujourd’hui que Dieu doit être laissé de côté et que la religion et la foi, acceptables sur le plan individuel, doivent être, ou exclues de la vie publique, ou utilisées uniquement pour poursuivre des objectifs pragmatiques limités. Cette vision sécularisée tente d’expliquer la vie humaine et de modeler la société en se référant peu ou sans se référer du tout au Créateur.

Heidegger contre Nietzsche (2)

Ecrit par Jean Le Mosellan le 08 juillet 2011. dans Philosophie, La une

Heidegger contre Nietzsche (2)


A l’autorité disparue de Dieu, et de l’enseignement de l’Église, succède l’autorité de la conscience et de la raison. Le but d’une félicité dans l’au-delà se change en celui du bonheur pour tous, ici-bas. Nietzsche proclame, dès lors, que « les valeurs les plus haut placées se dévalorisent ».

Mais Heidegger note que dans l’hypothèse où « Dieu a quitté sa place dans le monde suprasensible, cette place quoique vide demeure ». Place vide qui demande à être occupée pendant un temps par le nihilisme incomplet tel que le socialisme, voire pêle-mêle le wagnérisme (!) et ce qui reste du christianisme « à bout de souffle ».

Au nihilisme incomplet, analysé dans Volonté de puissance, allait succéder le nihilisme complet, qui devra « supprimer le lieu même des valeurs, le suprasensible », amenant à « l’inversion des valeurs », lesquelles ne viennent plus que du sensible. Évidemment, « la valeur est valeur dans la mesure où elle vaut. Elle vaut dans la mesure où elle est posée comme ce qui importe ». Arbitrairement. Décision fondée simplement sur la conservation de la vie. Conservation ne va pas sans accroissement.

Variantes oisives sur le mythe de Sisyphe

Ecrit par Kamel Daoud le 04 juillet 2011. dans Philosophie, Monde, La une, Politique, Littérature

Variantes oisives sur le mythe de Sisyphe

Parce qu’il trompa les instincts profonds, les lois de la nature ou les dieux grecs (leur anciens synonymes), un homme qui s’appelle Sisyphe a été condamné à pousser vers le haut d’une colline un énorme rocher qui irait rouler vers le bas dès que le but est atteint et ainsi de suite. Sans fin. Pas même la mort, car le châtiment a lieu après la mort justement.

Albert Camus en fit un mythe encore plus moderne et l’illustration de la condition humaine absurde, sauf avec la dignité de l’effort. L’homme était l’homme, et le rocher son univers : condamné à faire n’importe quoi, le plus longtemps possible dans un monde qui n’a pas de sens. Fascinante illustration qui laisse deviner un abîme de variantes.

On s’imagine par exemple un Sisyphe croyant : il refuse de pousser la pierre, y sculpte un Dieu et s’agenouille devant lui pour que la pierre roule d’elle-même, sans effort, dans le calme miracle de la transgression de la pesanteur. On s’imagine aussi Sisyphe refusant de pousser la pierre, s’assoir en haut de la colline et attendre que quelqu’un passe, comme le font les tiers-mondistes depuis les décolonisations. Ou faire le contraire : s’assoir en haut de la colline, coloniser un pays, prendre ses hommes et les obliger à pousser la pierre à sa place comme le fit l’Occident.

Heidegger contre Nietzsche (1)

Ecrit par Jean Le Mosellan le 04 juillet 2011. dans Philosophie, La une

Heidegger contre Nietzsche (1)


Pour Heidegger le monde moderne est caractérisé par une situation de « vacance par rapport à Dieu et aux dieux ». Cet état n’exclut pas la religiosité. « Le mot de Nietzsche Dieu est mort » le heurte, et il essaie d’en comprendre le sens. Entreprise hardie et ardue mais éclairante sur le rôle de la philosophie nietzschéenne dans l’émergence du nazisme.

Le contenu de Nietzsche Wort, dit Heidegger, « repose sur mes Cours sur Nietzsche faits à l’Université de Fribourg-en-Brisgau pendant cinq semaines durant les années 1936-1940 ». Le régime politique de l’Allemagne, alors en plein triomphe, a recueilli son adhésion, comme chacun sait. Faute politique, qui ne saurait amoindrir l’importance philosophique de son œuvre.

Son éclairage sur la doctrine du Surhomme nous paraît essentiel pour des raisons tenant à la date du rapport et à sa position de penseur dans la philosophie occidentale. Cette étude critique sur Nietzsche s’inscrit pleinement dans le temps de l’hégémonie allemande, sous-tendue par la volonté de puissance et par l’extension de son espace de domination, autrement nommé espace vital.

30 ans après ...

Ecrit par Léon-Marc Levy le 20 juin 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie

30 ans après ...


Ça commémore, ça comme est mort.

J’ai hésité à intituler cette chronique « Jacques là quand ? », en un calembour digne de l’almanach Vermot, ou, pour être d’emblée dans le propos, digne de Jacques Lacan. Pour vous donner quelque idée de la passion de Lacan pour le calembour, je ne citerai que l’intitulé de deux de ses derniers séminaires de l’ancienne fac de droit : « Les non-dupes errent », et « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile a mourre ». Dans le cas du second, nous sommes encore un certain nombre à nous demander comment le « déconstruire » (ça joue sur Unbewusste = inconscient chez Freud) ! C’est que parfois, ce goût du maître pour le jeu de mots nous mettait sacrément dans l’embarras ! Un souvenir précis : Lacan dit, lors d’une rencontre, « De préférer, somme toute, à la trique la bonace ». On prend des notes frénétiquement. « Eh ! Comment tu écris bonace ? 2 ss ou c ? » « bonasse » (simple, sans malice, peu d’esprit) ou « bonace » (mer calme, par exemple dans un port) ? Un autre : Le séminaire de 75-76 s’intitulait le « Sinthome ». On a passé l’année à se demander, chaque fois qu’il prononçait le mot, s’il s’agissait du sinthome ou du symptôme.

L'idole d'un crépuscule

Ecrit par Léon-Marc Levy le 06 juin 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie

L'idole d'un crépuscule

Le rejet de Freud et de son oeuvre, comme la grippe, revient par saisons, obstiné, agaçant mais jamais bien grave : même souche virale et mêmes symptômes. Il n’est pas même utile de soigner, ça passe tout seul après quelques semaines de légère fièvre. Le dernier épisode en date de cette pandémie chronique a un an à présent et porte le nom de Michel Onfray. Je ne pensais pas m’intéresser un jour à cet homme, spécialisé depuis des années dans la vente du « bric-à-brac philosopheux » : Kant cachait Eichmann, St Jean préfigurait Hitler. On peut raisonnablement penser aussi que Caïn annonçait Jack l’Eventreur ? Il  est loin de son coup d’essai. Son traité d’athéologie procédait des mêmes approximations oiseuses. (1)

Bien avant de lancer son pavé, Onfray était déjà sur les plateaux TV, préparant la sortie du produit. Il avait trouvé, entre autres, en Franz-Olivier Giesbert, son premier hôte. « Ah ! Qu’est-ce que vous lui mettez au vieux Freud ! Avec ce livre vous tapez en plein dans le mille ! » FOG se trompait, ce n’était pas « dans le mille » mais dans bien plus que notre Onfray entendait taper. Il visait haut en termes de négoce et, comme marchand, il s’en sort bien en général. Il vaut mieux, parce qu’en termes de « pensée »...

En finir avec la psychanalyse ?

Ecrit par Daniel Sibony le 16 mai 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie

En finir avec la psychanalyse ?

Nouvelle offensive, ces temps-ci, contre la psychanalyse : « livre noir (1) », dossiers « noirs » et vieux procès, toujours le même, les mêmes arguments qu'on opposait déjà à Freud. C'est donc un rituel. Périodiquement on dira : « Mais vous ne l'avez pas vraiment guéri ! » ou bien : « Vous interprétez le rêve dans le sens qui vous arrange ! »

A quoi la «psy» répondra : je lui ai permis de vivre. Et pour le rêve, on dira : il y a des règles pour interpréter mais leur usage dépend de chaque cas, et la justesse dépend autant de la suite que des données initiales, et cette justesse ne s'acquiert pas par mimétisme.

Il faut croire que la psychanalyse a quelque chose d'increvable pour susciter et supporter ces attaques rituelles, sans sourciller, dans un silence ­ analytique ­ peut inviter ceux qui font ce rituel à se questionner sur lui et sur les grossièretés qu'il charrie, qui sont toutes réfutables, même si le rite, lui, relève d'une autre raison. Y compris d'une contestation infantile dont voici un exemple. Freud dit à la mère qui lui demande des conseils pour élever son enfant : « Faites comme vous voudrez, de toute façon ce sera mal. » Et la docte psychologue qui relève ça dans le dossier s'indigne : « Il veut la culpabiliser ! »

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